Le jour où la France s’arrêta

Connaissez-vous la prospective ? Elle consiste non pas à prévoir précisément l’avenir, mais à réfléchir à des futurs possibles pour notre société. Elle est censée aider à prévoir les risques et à prendre des décisions stratégiques. Depuis des décennies, je pratique cet exercice de pensée en tant qu’auteur de science-fiction, mais aussi en tant que professionnel du livre qui pense l’avenir de l’édition.

Hier et aujourd’hui

Je me souviens qu’au début des années 2000, j’avais tenté d’alerter mes collègues auteurs, mais aussi les éditeurs que je connaissais, d’un gros risque de surproduction de livres. Chaque année, de plus en plus de titres paraissaient, de nouveaux éditeurs se lançaient dans l’aventure, de plus en plus d’auteurs pouvaient publier. Il paraissait évident que ce formidable dynamisme créatif et éditorial allait finir par saturer les librairies. Il paraissait tout aussi évident que la plupart des auteurs allaient voir leur part du gâteau se réduire avec tous ces confrères en plus : le gâteau, c’est-à-dire le porte-monnaie des lecteurs, n’est pas extensible à l’infini… Je me souviens que j’avais pourtant récolté, au mieux, de l’indifférence, mais le plus souvent des réactions assez goguenardes. On était en pleine euphorie dans la bande dessinée, et dans pas mal d’autres secteurs éditoriaux…

Le temps m’a hélas donné raison. Le chiffre d’affaires de l’édition oscille depuis 30 ans entre 2,4 et 2,8 milliards (en euros constants). Quant au nombre de nouveautés publiées, il a doublé, en gros, tous les 20 ans pour atteindre les 80 000 titres aujourd’hui. En bande dessinée, le nombre de titres a plus que quadruplé depuis l’an 2000, passant de 1 100 à plus de 5 000 aujourd’hui.

Cette croissance des titres s’est accompagnée, comme prévu, d’une paupérisation croissante des auteurs. Elle a, en échange, permis à plus d’auteurs de publier des travaux très variés. En bande dessinée, nous avons connu un véritable âge d’or créatif. Mais même cette explosion créative a atteint ses limites : la dégradation des conditions de vie de la très grande majorité des auteurs ne peut pas ne pas rester sans conséquence sur la qualité de leurs œuvres. Les auteurs acceptent de plus en plus de compromis créatifs, des commandes d’éditeurs inadaptées, ils acceptent de plus en plus souvent de faire des livres qui ne leur ressemblent pas. Beaucoup se perdent dans des petits boulots en parallèles, qui les éloignent de leur travail créatif. Et, avouons-le, beaucoup trop se retrouvent à devoir bâcler de plus en plus. Pourquoi ? Tout simplement pour produire plus, vu que chaque titre rapporte de moins en moins. Tout ça pour tenter de maintenir leur petit bateau juste au-dessus de la ligne de flottaison.

Et c’est précisément ce moment que choisit l’État pour charger la barque des auteurs. Au risque de la faire couler brusquement. Il faut dire qu’à la fin des années 70 ce même État leur avait fait un beau cadeau en créant l’AGESSA, un régime de sécurité sociale adapté à leurs difficultés. L’idée était simple : des prélèvements sociaux seraient perçus sur tous les droits d’auteurs pour que les créateurs qui n’avaient pas une sécurité sociale puissent s’affilier. Car la grande majorité des auteurs ont en fait déjà un travail, vu qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas vivre de leurs seuls droits. Aujourd’hui, sur 55 000 auteurs de livres qui cotisent, seuls 2 500 sont réellement affiliés à l’AGESSA. Beaucoup ont sans doute une profession en parallèle. Mais beaucoup d’autres n’ont en fait pas du tout de sécurité sociale : pour être affiliés, leurs revenus d’auteur doivent dépasser un seuil assez modeste, en gros la moitié d’un SMIC brut annuel. Hélas, trop d’auteurs, pourtant à plein temps, n’arrivent plus à gagner cette faible somme aujourd’hui.

En 2014, déjà, une très importante hausse de la retraite complémentaire des auteurs, le RAAP, avait fait tanguer leur barque, et en avait noyé quelques-uns. C’est à ce moment que Benoit Peeters, Valérie Mangin et moi avions créé les États Généraux de la Bande Dessinée en parallèle à la mobilisation du SNAC BD. Nous avions lancé une grande enquête à laquelle près de 1500 auteurs avaient répondu. Elle avait révélé une situation encore plus détériorée que nous l’avions craint. Et une tendance très nette à la baisse des revenus.

Mais cette explosion des cotisations de retraite complémentaire n’était que le début. En 2017, nous découvrions que la hausse de la CSG n’était pas compensée pour les auteurs et artistes comme elle devait l’être pour tous les actifs de ce pays. Après des mois de luttes, nous avons obtenu une promesse de compensation, mais ses modalités techniques ne sont toujours pas définies… À croire qu’il n’y a aucune urgence à éviter une perte de presque 1 % de revenu à une population déjà très précaire…

Pour 2019, le pire reste à venir. Quid du prélèvement à la source ? Les auteurs ont des revenus très aléatoires, assez imprévisibles, et parfois versés une seule fois par an. Ils auraient besoin d’un système spécifique pour que le payement de l’impôt ne grève pas leur trésorerie déjà souvent en grande difficulté. Enfin, en 2019, c’est aussi les régimes spécifiques de sécurité sociale des auteurs et des artistes que l’État démantèle, en transférant le plus gros de l’activité à l’URSAFF.

Le plus effrayant est que l’État impose sa feuille de route comme si les auteurs n’étaient pas déjà en grande difficulté. Les organisations d’auteurs et d’artistes qui réclamaient une concertation sur le dossier de la sécurité sociale depuis 5 ans ont découvert un projet déjà tout ficelé. Il faut réaliser que les métiers d’auteurs et d’artistes sont multiples, spécialisés et chacun très particulier. Les équilibres sont, déjà à la base, extrêmement précaires. Avec une évidente méconnaissance des spécificités de nos métiers, les pouvoirs publics réforment à la hache sur des bateaux qui prennent déjà trop souvent l’eau…

Toutes les organisations d’auteurs ont donc convoqué des États Généraux du Livre. Ils ont convié le Président de la République, le Premier ministre, la ministre de la Culture et celle des Affaires Sociales à venir expliquer pourquoi ils refusent toute concertation aux auteurs sur des reformes qui les concernent au premier chef, et sur lesquelles seuls les auteurs et artistes ont une expertise évidente. Le gouvernement a préféré répondre par la politique de la chaise vide.

La pression médiatique et celle sur les réseaux sociaux ont tout de même abouti à une mission interministérielle. Mais il est très tard, tout semble avoir été décidé, et janvier 2019 est dans six petits mois… Il paraît très difficile de faire comprendre à l’État qu’il faut tout suspendre pour prendre le temps de construire une bonne réforme.

Demain, si ce n’est aujourd’hui

Revenons à la prospective. Projetons-nous dans l’avenir. Suivons le chemin sur lequel nous sommes engagés. Écrivons un des scénarios probables en partant du fait que l’État impose donc des réformes inadaptées aux auteurs et aux artistes.

Parmi tous ceux pour qui la hausse de la retraite complémentaire avait déjà été la voie d’eau de trop, beaucoup passent sous la ligne de flottaison : problèmes de trésorerie, recouvrements en augmentation… Certains arrêteront, s’ils en ont la possibilité. Ce sont en général les auteurs qui ont eu un petit succès et qui peuvent se recycler ailleurs. Il y a toujours des admirateurs pour leur confier du travail dans l’industrie culturelle du cinéma, du jeu vidéo. Ou bien ils deviennent directeurs de collection ou professeurs en école d’Art.

Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde, surtout pour ceux pour qui le métier était déjà ingrat. Tous ceux qui font ça depuis 15 ou 20 ans n’ont d’autre choix que de continuer comme ils le peuvent. Ils s’accrochent à leur petit bateau devenu radeau. Ils travaillent encore plus, cassent encore plus leurs prix pour trouver des projets. C’est ça ou le chômage, à part que les auteurs n’y ont pas droit, au chômage. C’est donc ça ou le RSA.

Tirées vers le bas par l’offre, les avances sur droits continuent donc à diminuer. Les jeunes auteurs qui arrivent acceptent ces conditions de plus en plus mauvaises. Il faut dire que pour pouvoir tenir son premier livre avec son nom sur la couverture, on est souvent prêt à tous les sacrifices. Pour pouvoir continuer aussi. C’est la métaphore de la file d’attente : quand on arrive, il y a une longue file, mais on se dit que ça vaut le coup. Plus on reste dans la file, plus on se dit qu’on ne va pas quand même pas avoir fait tout ça pour rien. Même si le but semble ne pas assez se rapprocher, on continue… Pour beaucoup d’auteurs, la file d’attente sera simplement sans fin : le succès, qu’il soit critique ou commercial, ne viendra jamais couronner leur investissement. Ils se sont fait coincer par l’illusion initiale que la file d’attente ne serait pas très longue, que s’ils se donnaient à fond, ils obtiendraient bien une récompense pour tous leurs efforts à un moment ou un autre. De plus en plus se payent même des écoles d’Art privées en espérant atteindre plus vite le succès, alors que de fait ils ont investi une petite fortune dans une loterie où très peu gagneront.

Les éditeurs n’ont à ce moment aucune raison de s’opposer à ce mouvement. Eux-mêmes, pour pouvoir publier de plus en plus, ont réduit tous les coûts.

Et soudainement, à un moment, pour les jeunes qui rêvaient de devenir auteurs, cela va devenir évident que c’est une loterie quasiment ingagnable, qu’il ne faut pas aller dans cette file d’attente, que c’est trop dur et que les résultats sont devenus trop aléatoires.

Les plus « start-up nation » partiront prendre des postes dans l’industrie culturelle. L’édition y perdra sans doute les plus aptes à faire les best-sellers de demain. En plus, nul ne dit que les créateurs français, en particulier les dessinateurs, n’iront pas se réfugier dans les pays qui voudront bien leur offrir des perspectives. Les Français sont réputés pour leur créativité dans le monde entier : beaucoup préfèreront s’expatrier plutôt que de renoncer à leurs rêves. Enfin, la plupart de ceux qui resteront prendra un autre travail, et essayera de continuer à créer dans le cadre de ses loisirs, probablement sur Internet pour la plupart, et vers les plateformes de publication des géants américains. C’est ce qui se passe déjà en littérature, c’est ce qui attend les secteurs jeunesse et bande dessinée. En quelques années, on va passer d’un trop-plein de volontaires pour devenir auteurs professionnels à une pénurie.

Tous les secteurs de l’édition française qui sont aujourd’hui gavés à l’auteur pro pas cher vont devoir réapprendre à bricoler avec des créateurs peu disponibles. Il va quasiment devenir impossible de tenir des délais de parutions rapprochées pour un auteur, et de maintenir le système des séries qui a pourtant été si rentable dans la bande dessinée, par exemple, et auquel la série TV, le manga ou les auteurs young adults anglo-saxons ont habitué le public. De plus, la promotion reposant aujourd’hui déjà principalement sur les auteurs, il va aussi devenir de plus en plus en plus difficile de soutenir les lancements. Les best-sellers vont donc continuer à se faire de plus en plus rares. En plus, les maisons d’édition vont se retrouver à se battre pour les quelques auteurs qui trouveront le succès sur Internet comme elles se battent déjà aujourd’hui pour traduire les best-sellers étrangers. La rentabilité de la plupart des best-sellers en sera donc lourdement affectée.

Il est donc possible que l’édition entre à ce moment dans une crise digne de celle que les maisons de disques ont connue avec le piratage.

Il serait trop long de développer ici tous les scénarios possibles. Mais je n’en ai pas trouvé un seul qui ne soit pas au minimum pessimiste…

Après demain

Que se passera-t-il si les auteurs et l’édition française connaissent une crise majeure ? Il est à craindre qu’elle ne contamine toute l’industrie culturelle française, et même au-delà.

Il faut bien réaliser que dans le domaine des arts narratifs, le livre a un statut économique très particulier. Réaliser un film, une série TV, un jeu vidéo ou monter une pièce de théâtre, tout cela coûte la plupart du temps très cher. Le budget du moindre petit film indépendant est de 2 millions d’euros. Si on parle de plus en plus souvent en centaines de millions dans le cinéma, la série TV ou le jeu vidéo, dans l’édition, on parle modestement en dizaines de milliers d’euros. C’est normal, un livre, est réalisé par seulement quelques personnes et non par des centaines comme dans l’audiovisuel. Oui, l’économie du livre est très légère, cela explique qu’elle soit regardée avec un certain dédain parfois. Cette économie légère, voire low-cost aujourd’hui, a pourtant pour elle un énorme avantage : on peut y prendre des risques beaucoup plus facilement qu’ailleurs. On y laisse même encore souvent des auteurs faire un peu ce qui leur passe par la tête. Le livre est encore un grand lieu de liberté, d’invention et d’expérimentation. Il est devenu, de fait, le laboratoire de recherche et développement des grandes industries culturelles. Et on sait ce qui advient quand une société rogne sur la recherche et le développement : elle périclite rapidement.

Mais ce problème pourrait aller au-delà de l’audiovisuel. Les artistes sont autant menacés par les réformes que les auteurs. Quid de l’inventivité de notre industrie du luxe ? De l’automobile ? Et notre attractivité touristique ? Peut-elle survivre à un effondrement culturel du pays ? Bref, c’est toute la « french touch » économique qui vit des recherches menées à faible coût par les artistes et les auteurs. Nous sommes les premiers de cordée de toute cette réussite créative. Si nous tombons, tout le monde tombera avec nous.

Si aujourd’hui les éditeurs comme les pouvoirs publics ne comprennent pas le danger, s’ils continuent tous à agir comme si notre créativité pouvait résister à tous les coups, alors il y aura une catastrophe.

C’est déjà arrivé à d’autres pays. L’Italie était, toujours, un des pays les plus créatifs au monde dans les années 70. Fellini valait Hitchcock, le western mangeait des spaghettis, on lisait partout Moravia, Buzzati, Calvino, la bande dessinée italienne était la plus productive d‘Europe, c’est même là qu’on réalisait les aventures de Mickey et Donald. Où est passée cette Italie aujourd’hui ? Comment un si grand pays a-t-il pu être sorti aussi rapidement de la culture mondiale ?

La France n’est pas à l’abri d’un tel destin. Il faut en avoir pleinement conscience. C’est le seul moyen d’éviter un tel avenir. Je consacrerai un prochain texte à parler de ce qu’il faudrait profondément repenser pour inverser la tendance.

Évidemment, tout cela est très simplifié, c’est le principe de la prospective comme de l’anticipation de mettre le focus sur quelques éléments et de regarder comment ils se comportent dans le temps. La réalité est toujours bien plus complexe et chaotique. Mais les grandes tensions que je dessine dans ce texte sont déjà à l’œuvre. J’espère que l’avenir me donnera tort. Ne serait-ce que parce que nous aurons fait ce qu’il faut pour échapper à ce destin. Je ne voudrais surtout pas être celui qui aurait prédit le jour où la France s’arrêta.

Vidéo : auteurs de BD en crise

Stanislas Madej de France 3 Picardie m’a interviewé au sujet de la science-fiction et du space opera. Mais on a aussi été très sérieux. En effet, dans le cadre des Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens, je participerai à la journée professionnelle : C’est combien qu’on paye les auteurs, dis…?. Ce tournage fut donc l’occasion de revenir sur la crise que connaissent les auteurs de BD aujourd’hui. Avec l’idée de rendre ça compréhensible du plus grand public possible.

Entretien réalisé dans notre petit jardin à Bayeux, et juste interrompu par les cloches de la cathédrale 🙂

La Bullothèque, le blog BD de France 3 Picardie :

L’heure du bilan et des réorientations pour les États Généraux de la Bande Dessinée

Benoit Peeters, Valérie Mangin, et moi avons réalisé qu’il fallait faire un bilan des États Généraux de la Bande Dessinée. Il n’est pas très tendre avec la chaîne du livre, vous le verrez. Et il explique nos réorientations actuelles, en particulier au sujet des États Généraux du Livre et de #payetonauteur.

À lire sur www.etatsgenerauxbd.org

Festival BD d’Amiens

Je reviens avec un grand plaisir cette année aux Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. En ce week-end du 2 et 3 juin 2018, le festival s’installera dans un tout nouveau lieu, assez incroyable, une ancienne halle SNCF. Je suis très curieux de voir ça. Vous y trouverez, entre autres, une grande exposition sur les vaisseaux spatiaux de la BD. J’ai prêté à cette occasion trois planches du tome 1 d’Universal War One, et je sais que je serai bien entouré par le travail de mes confrères de SF.

Les plus curieux pourront pousser jusqu’à la bibliothèque de la ville, où se tiendra une importante exposition de mon travail de SF, avec de nombreux originaux (attention, fermée le dimanche). Je vous en parlerai ultérieurement.

Mon programme :

►Table ronde sur la rémunération des auteurs en festival et autres manifestation
Vendredi 1er juin à 13h30
Dans le cadre de la journée professionnelle du festival, avec Florabelle Rouyer du CNL (Centre National du Livre), Sam Bailly, présidente de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, Pascal Mériaux directeur du festival, ainsi qu’avec votre serviteur qui sera là pour représenter les auteurs de BD ( États Généraux de la Bande Dessinée / SNAC BD). Suivie d’un débat avec le public. Inscription obligatoire.

Plus d’information : https://www.bajram.com/2018/04/10/amiens-journee-pro/

► Fabrique de la Bande Dessinée
Samedi 2 juin  à 11h00
Démonstration / atelier. En lien avec l’exposition sur les vaisseaux spatiaux, je montrerai comment je m’y prends pour les inventer.

► Visite guidée de l’exposition vaisseaux
Samedi 2 juin à 15h00
Les auteurs répondrons à toutes vos questions sur leur travail.

►Table ronde sur l’exposition vaisseaux
Dimanche 3 juin à 14h30
Avec Emmanuel Gangler (Astrophysicien au CNRS), les scénaristes Régis Hautière  et Valérie Mangin. J’illustrerai le sujet en direct avec des petits vaisseaux sur grand écran.

►Signatures
Je signerai mes livres pendant les deux après-midis de samedi et dimanche, en dehors bien sûr des rendez-vous ci-dessus. Le festival a imprimé un ex-libris exclusif que je vous signerai aussi pour l’occasion. Attention, je rappelle que, comme depuis plus de 10 ans, je ne fais plus de dessin, que des signatures. Venez donc avec vos questions, au lieu d’attendre en file nous aurons le temps de discuter.

Et quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à m’arrêter si vous me croisez : je viens pour vous rencontrer 🙂

 

Ex-libris d’après l’affiche de l’exposition vaisseaux. On reconnaitra Jules Verne en costume de Kalish, la cathédrale d’Amiens et les trihédrons d’Universal War One.

 

Compensation de la CSG pour les auteurs : victoire ?

Je râlais encore il y a peu sur Twitter sur le fait que la promesse du gouvernement de compenser la CSG des artistes auteurs n’avait pas été traduite concrètement, qu’on attendait toujours un décret. Et bien, enfin, ce matin, ce décret est paru au journal officiel. On a envie de crier victoire, tellement il a fallu lutter pour obtenir cette compensation. Car c’est une vraie victoire, après des mois de rendez-vous, de multiples pressions politiques et médiatiques. Je ne sais pas combien de temps a été consacré à ce seul dossier. Et il aura finalement fallu que le Ministère de la Culture débloque une grosse subvention pour y parvenir (on nous a soufflé dans les 20 millions d’euros). Ouf !

Victoire ? Sans aucun doute… mais avec un goût de défaite dans la bouche. En premier parce que cela revient à remplir les caisses de la sécurité sociale avec une subvention du Ministère de la Culture. Pas terrible du tout.

Mais surtout, il risque d’y avoir des oubliés de cette mesure. C’est à dire les auteurs et artistes les plus pauvres, ceux qui sont sous le seuil d’affiliation (8 784 € en 2017). Comment l’AGESSA ou la MDA vont les prendre en compte, ces précaires qui parfois n’ont même pas de sécurité sociale ? Le décret n’en dit rien. Il renvoie même à un article de loi qui ne concerne que les affiliés.

Pourtant, dans le cas des auteurs du livre, ils sont précomptés par leurs éditeurs et payent donc la CSG et sa hausse. On ne peut pas les laisser perdre définitivement 0.95% de leur minuscule pouvoir d’achat en 2018 ! Il va falloir veiller très attentivement à ce que les conventions avec la MDA et l’AGESSA prennent en compte ces auteurs. Autrement, le gouvernement aura marché d’un pas négligent sur les plus pauvres parmi les plus pauvres des créateurs.


Addendum

Le CPE, qui rassemble les organisations d’auteur, vient de confirmer les craintes :

Communiqué suite au décret du 15 mai 2018

Le Conseil Permanent des Ecrivains prend acte de la publication du décret du 15 mai 2018 relatif à l’augmentation non compensée de la CSG pour les auteurs.

Ce décret constitue de toute évidence une étape importante pour nos revendications, mais laisse aux auteurs un certain goût d’inachevé.

La mesure proposée s’apparente à une aide financière ponctuelle, plus qu’à un véritable dispositif automatique de compensation de la hausse de la CSG permettant de rétablir une inégalité de traitement des auteurs. Elle ne s’appliquerait malheureusement, et de fait, qu’aux seuls auteurs affiliés (AGESSA/MDA) et ne constituera, en aucun cas, une augmentation de leur pouvoir d’achat.

Ce décret laisse en suspens plusieurs interrogations quant à la mise en œuvre pratique de ce dispositif et ne dit rien de la pérennité d’un système de compensation pour tous les auteurs à partir de 2019, comme annoncé par la ministre de la Culture dans un communiqué du 28 novembre 2017.

Le CPE, qui sera reçu ce soir au ministère de la Culture, aura donc l’occasion d’interroger la ministre sur l’ensemble de ces points, quelques jours avant la tenue des Etats généraux du livre le 22 mai prochain.

Par ailleurs, si le CPE déplore l’absence extrêmement dommageable des services de la Direction de la sécurité sociale à ses Etats généraux, il a récemment été informé par la ministre de la Culture qu’il sera invité à participer, au mois de juin, à une réunion de présentation de la réforme du recouvrement des cotisations sociales pour le régime des artistes auteurs, en présence des services du ministère des Affaires Sociales.

Nous souhaitons vivement que cette réunion soit l’occasion d’entamer enfin, sur ces réformes sociales déterminantes pour l’avenir des auteurs, la concertation et les échanges que nous appelons de nos vœux depuis bientôt cinq ans.

Source : http://www.conseilpermanentdesecrivains.org/communique-decret-du-15-mai-2018

États Généraux du Livre : Lettre ouverte aux responsables politiques

Aujourd’hui, le CPE, qui rassemble toutes les organisations d’auteurs du livre, est obligé de faire une lettre ouverte à nos dirigeants politiques. Nous les avons invités aux États Généraux du Livre, mais aucun n’a su se rendre disponible.

Ont-ils tous bien compris la situation des auteurs de ce pays ? Ne peuvent-ils même pas venir expliquer les réformes sociales qu’ils leur imposent sans concertation ? Ont-ils compris que ne pas nous répondre est sans doute le meilleur moyen de faire gonfler le nombre d’#auteursencolere ?

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le ministre de l’Économie,
Madame la ministre des Solidarités et de la Santé,
Madame la ministre de la Culture,

Le 22 mai 2018 de 14h à 18h30 à la Maison de la Poésie de Paris, se tiennent les premiers États Généraux du Livre organisés à l’initiative du Conseil Permanent des Écrivains.

Nous vous y avons invités à venir répondre aux légitimes questions que se posent les auteurs sur les réformes fiscales et sociales engagées.

À ce jour, aucun de vous n’a répondu favorablement à notre invitation. Cette journée est pourtant l’occasion d’exposer les réflexions sur les travaux en cours.

Nous sommes par ailleurs consternés qu’aucun représentant de la Direction de la Sécurité sociale n’ait accepté de participer à ces États Généraux.

Si votre absence se confirmait, nous ne pourrions en tirer qu’une conclusion : le total désintérêt que vous portez aux 270 000 artistes-auteurs.

Avec l’expression de toute notre considération pour les fonctions que vous assumez,

Pascal Ory, président du CPE

Des États Généraux du Livre bis… et sans les auteurs !

Ce matin, l’ensemble des organisations d’auteurs tombent des nues. On apprend que la Présidence de la République lance ses propres États Généraux du Livre, et qu’ils se tiendront la veille de ceux organisés par les auteurs !

Le CPE, qui regroupe toutes les organisations d’auteurs, avait annoncé le 15 mars, pendant le Salon du Livre de Paris, qu’il organiserait des États Généraux du Livre le 22 mai. Cette première séance allait être consacrée en particulier aux lourdes menaces qui pèsent sur le statut social des auteurs. Tous les acteurs de la chaîne du livre, les institutions et l’État étaient conviés à venir discuter des solutions.

Le 20 mars, on avait entendu Emmanuel Macron évoquer l’idée d'”États Généraux du livre en français” lors d’un discours prononcé à l’Académie française. Les auteurs s’étaient dit qu’ils étaient dans le vrai avec leurs propres États Généraux…  Et voilà que la presse nous apprend que ces “États Généraux du livre en français” voulus par le président se tiendront à Saint-Malo, pendant Étonnants Voyageurs, la veille et l’avant-veille des États Généraux du Livre organisés par les auteurs !

Déjà, faut-il rappeler que les États Généraux réunissaient sous l’Ancien Régime les représentants des trois ordres de la société : la noblesse, le clergé et le tiers état (qui regroupait la plus grande partie peuple). Organiser des États Généraux du livre sans contacter aucun des représentants des auteurs, c’est juste oublier le peuple des créateurs. C’est un contresens complet avec ce que doivent être des “États Généraux”. Bah, les livres, c’est important, mais les auteurs, franchement…

Ensuite, n’y a-t-il eu personne pour aller vérifier sur Google que les termes “États Généraux du Livre” n’étaient pas déjà utilisés ? Et réaliser qu’il allait falloir contacter les organisations d’auteurs à ce moment-là ?

Tout cela donne l’impression que le président ayant décrété, personne ne s’est soucié le moins du monde de ce qui pouvait déjà exister. Et que, quitte à parler du livre, il n’a pas semblé nécessaire de contacter les corps intermédiaires. Franchement, des syndicats représentatifs, des organisations de référence et des associations d’auteurs parfois vieilles de presque deux siècles, à quoi ça sert quand un président a parlé.

Cela fait plus de quatre ans que les organisations d’auteurs crient misère, depuis que leur retraite complémentaire leur a imposé des changements très douloureux. De très nombreux articles sont parus dans la presse nationale et culturelle sur le sujet. Le Ministère de la Culture comme le Centre National du Livre sont parfaitement au courant de cette situation, comme des États Généraux du Livre lancés par le CPE. Oser organiser d’autres “États Généraux du livre” sans contacter les organisations d’auteurs va au-delà de l’imaginable en terme de mépris de leurs difficultés actuelles.

Soit c’est volontaire, avec l’idée d’écraser sous le poids de la puissance publique les États Généraux du Livre créés à l’initiative des auteurs, et c’est, dans ce cas, une véritable déclaration de guerre aux créateurs du livre. Je n’ose le croire.

Soit, et c’est probable, c’est de l’oubli, de la maladresse, de l’ignorance. Dans ce cas, ce manque de professionnalisme retire toute crédibilité et légitimité aux organisateurs de cette manifestation.

Mais surtout, cela laisse entrevoir un profond mépris pour les auteurs du livre. Ce président de la République, qui se dit défenseur des arts et des lettres, ferait bien de prendre plus de précautions : là, il ne fait que leur marcher dessus d’un pas désinvolte.

Mon petit dessin pour les États Généraux du Livre montrant Marianne écrasant les auteurs était-il donc à ce point dans le vrai ?

 

[EDIT] Le Ministère de la Culture et le Centre National du Livre nous ont informés en fin de journée que l’événement allait être renommé en “Assises du livre en français” ? Après “oups”, “ouf” !

Video : Dans ma bulle

Depuis cinq ans qu’elle est parue chez Aire Libre, la trilogie Abymes semble toujours intriguer pas mal de nos lecteurs. La chaine Youtube Neuvième Art lui consacre un riche numéro, très illustré et documenté. Valérie Mangin et moi y parlons de notre travail, des plaisirs mais aussi des problèmes qu’ont posés les trois tomes d’Abymes. C’est aussi l’occasion de revenir sur la manière dont nous envisageons de faire de la BD, sur Trois Christs et sur la carrière de Valérie. Nous y terminons même sur le pourquoi et la situation actuelle des États Généraux de la Bande Dessinée.

Alors que j’ai plutôt du mal à me revoir en général, je me suis surpris à regarder tout jusqu’au bout, tellement c’est agréable. Bravo et merci à Ezeltoff Gzu, Reno et Julien 🙂

Amiens : journée pro : la rémunération des auteurs en festival

Table ronde d’importance lors la journée professionnelle des Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. Sujet brûlant : la rémunération des auteurs en festival et autres manifestations. Elle réunira Vincent Monadé, président du CNL (Centre National du Livre), Sam Bailly, présidente de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, Pascal Mériaux directeur du festival, ainsi que votre serviteur qui sera là pour les auteurs de BD ( États Généraux de la Bande Dessinée / Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) ) pour parler de la rémunération des auteurs en festival et autres manifestations.

On sait que La Charte a su imposer depuis longtemps le payement des interventions culturelles et éducatives des auteurs dans le secteur jeunesse, mais aussi bien au delà. On parle même des “tarifs Charte”. Le CNL a depuis deux ans rejoint le mouvement, liant ses subventions aux festivals à la rémunération des interventions des auteurs. Cette année, le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) a proposé d’aller plus loin : rémunérer tous les auteurs pour leur présence en festival, quelque soient leurs activités. En effet, la dédicace, qui est pourtant souvent l’activité le plus attractive pour le public, est exclue des rémunérations pour l’instant… Encore récemment on a vu que la question était cruciale avec #payetonauteur au Salon du Livre de Paris.

Pascal Mériaux, directeur du festival d’Amiens, est quelqu’un de très attentif aux auteurs, depuis toujours. Il m’a très vite proposé que la journée professionnelle du festival d’Amiens soit en partie consacrée à cette rémunération à la présence, question qui évidemment pose des problèmes financiers à un festival comme le sien. Et il a su y convier des acteurs de poids pour pouvoir mener une sérieuse discussion, merci à lui.

Auteurs, venez nombreux à cette journée professionnelle du vendredi 1er juin, car une partie de vos revenus de demain se joue sur cette question. La table ronde aura lieu de 13h30 à 14h45, suivi d’un long débat avec le public. Profitez-en pour venir aussi à la matinée qui sera consacrée à la place que peuvent tenir les auteurs dans le développement culturel.

Syndication

Beaucoup de gens quittent Facebook en ce moment. C’est dommage au moins sur un point : les réseaux sociaux sont d’excellents outils pour informer et fédérer. Pour les créateurs de Bande Dessinée, Facebook a joué un rôle fondamental depuis la mobilisation contre la réforme de leur retraite complémentaire, le RAAP jusqu’au récent #payetonauteur.

Collègues auteurs et autrices de BD, si vous voulez continuer à vous tenir au courant de l’actualité sociale qui vous concerne, j’ai rassemblé sur ce site les flux d’informations des principales organisations qui vous défendent. Une page à mettre dans vos favoris et à surveiller : nous pourrions bientôt avoir besoin de vous.