La jungle et le zoo

Vous savez, vous devez vraiment décider où vous voulez vivre, si vous voulez vivre dans la jungle ou dans le zoo.

Si vous désirez la beauté, si vous voulez la liberté, la jungle est votre monde. Mais bien sûr, vous y êtes en danger, vous devez vivre avec des serpents, des requins, des tigres, des putois, vous savez, des moustiques et des sangsues.

Si vous voulez être en sécurité, vous devez vivre dans le zoo. Vous y êtes protégé. Si vous êtes un agneau, vous savez que le tigre ne vous attaquera pas. Vous savez que vous aurez un petit quelque chose à manger tous les jours ; c’est très bien. Vous devez travailler dur, mais vous vivez à l’abri derrière les barreaux. Et ce qui est merveilleux, c’est que de derrière ces barreaux vous rêvez de la beauté de la jungle. […]

Vous serez surpris du nombre de personnes qui préfèrent vivre dans le zoo. Ils ne sont pas prêts à payer le prix de la liberté. Ils pensent que la liberté doit être, en quelque sorte, obtenue sans effort, et même offerte, ce qui n’est jamais le cas, jamais.

Miloš Forman

Citation extraite (et traduite comme je le pouvais) d’une passionnante interview de 1997 disponible sur le site de la George Washington University :

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Michel Chapuis

J’apprends le décès du grand organiste Michel Chapuis. Son intégrale de Bach, éditée chez Valois, m’a accompagné depuis l’enfance. J’ai aussi découvert grâce à ses enregistrements bien d’autres merveilles. En particulier tout un répertoire français pour orgue du XVIIe et XVIIIe siècle que Michel Chapuis, en très grand connaisseur de la facture d’orgue et de son histoire comme en fin lecteur des partitions anciennes, avait su ressusciter. J’avoue que j’ai un gros coup de mélancolie ce soir…

Michel Plessix

J’apprends à l’instant le décès de Michel Plessix, un des auteurs de Bande Dessinée qui m’avait accueilli les bras ouverts dans ce métier. J’étais impressionné par le professionnel, l’homme était devenu un vrai ami. Durant ces 25 ans, j’ai toujours eu un grand plaisir à le voir et le revoir. On était toujours du club des auteurs qui se couchaient trop tard en festival…

Valérie et moi nous disions justement il n’y a pas très longtemps qu’on devrait prendre le temps de rendre visite à Michel et quelques autres amis qui habitent dans la même ville, histoire de refaire le monde autour d’un verre…

Michel, tu nous manques déjà.

 

En 2006, au festival de Soliès

Martin Landau

L’acteur Martin Landau est décédé hier. Il restera avant tout pour moi le commandant Koenig da la base lunaire Alpha dans la magnifique série des Anderson “Cosmos 1999”, vue gamin, planqué derrière le canapé tellement ça m’impressionnait.

Quand le festival BD d’Amiens m’avait proposé au début des 2000 de rendre un hommage dessiné à une série de mon enfance, j’avais fait un Goldorak et un Cosmos 1999 sans hésiter. Ce sont les toutes premières doses de science-fiction que j’ai reçues enfant, et elles m’ont rendu accro à vie. Quel plaisir ce fût de dessiner les vaisseau Eagles et le couple mythique de Barbara Bain et Martin Landau.

Je repense à leurs rôles dans “Mission : Impossible”. Je repense aussi à ceux de Martin dans “la Mort aux trousses” d’Hitchcock, dans “Cléopâtre”, dans un “Columbo”… Je repense enfin à la prodigieuse émotion qu’il avait su mettre dans le vieux Bela Lugosi du film “Ed Wood”. Je repense à la dimension qu’il avait su donner à la mort du vénérable acteur à la fois oublié et prodigieusement ancré dans les mémoires. Cette scène prend, hélas, un nouveau sens aujourd’hui.

Windsor McCay à Cherbourg

Nous étions hier soir à l’inauguration de la grande exposition Windsor McCay à Cherbourg pour la biennale da la Bande Dessinée 2017. Cette exposition est une pure merveille ! Rien que les nombreux originaux de Little Nemo, accompagnés des pages de journaux d’époque, méritent le déplacement. Et ils sont entourés de nombreuses autres planches, dessins, projections de dessins animés…

On sait que Windsor McCay est le génie américain de la bande dessinée et du dessin animé du début du XXe siècle. J’avais beau bien connaître son travail, je le regarde depuis hier soir encore différemment. Une expérience à ne pas manquer, donc !

Mention spéciale pour la scénographie impeccable des commissaires de l’exposition, les amis François Schuiten et Benoit Peeters. Vous aurez le plaisir d’entendre ce dernier vous présenter en video la vie et l’œuvre de McKay.

Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement de vous rendre à Cherbourg d’ici fin septembre. Vous en profiterez pour admirer la très belle collection de peinture et de sculpture du Musée Thomas-Henry ou se trouve l’exposition, et pour visiter le beau Cotentin si vous ne le connaissez pas encore.

 

De gauche à droite Daria Schmitt, Fabrice Neaud, Benoit Peeters, votre serviteur et Valérie Mangin.
Photo de Martin Zeller.

Hommage à Uderzo

Cette année, beaucoup de dessinateurs se sont passés le mot de réaliser un petit dessin pour l’anniversaire d’Albert Uderzo. J’ai toujours dit toute l’admiration que j’ai pour le dessin du créateur d’Asterix, ne serait pour son incroyable sens de la dynamique et de la vie. J’ai donc pris quelques minutes pour m’essayer à l’exercice.

 

Bernie Wrightson

Bernie Wrightson est décédé. C’était bien sûr le monstre sacré de la Bande Dessinée et de l’Illustration que tous les amateurs connaissent. Mais j’ai un rapport très particulier avec son travail.

Bernie Wrightson, Barry Windsor-Smith (son ami du “Studio”) et François Schuiten étaient les trois grandes influences de mon dessin entre 16 et 20 ans, quand j’encrais encore en style “gravure à l’ancienne”… L’admiration de Wrightson fait partie de ce qui nous a rapproché aux Arts déco, Mathieu Lauffray et moi, et nous a amené à créer ensuite notre “Studio” nous aussi. Étrangement, c’est ce que m’a appris Mathieu qui m’a fait abandonner ce style “gravure”. Mais le travail de Wrightson a été si important dans ma vie artistique que j’ai aujourd’hui le sentiment douloureux de perdre un de mes maîtres.

Je n’aurai jamais pu vous remercier de vive voix, Bernie Wrightson. Qu’importe. Mais que j’aimerai qu’il y ait un paradis des artistes ou vous seriez accueillis, bras ouverts, par Gustave Doré et Jeffrey Catherine Jones…

Prix extraordinaire

J’ai reçu le Prix extraordinaire des Utopiales 2016. Ce grand prix du plus beau festival de Science-fiction de France (voire de l’univers connu) me touche évidemment beaucoup. En particulier parce que cette année il en a été décerné deux, et que je me suis retrouvé au côté de l’immense Gérard Klein. Auteur et éditeur en effet extraordinaire, son travail m’a fait découvrir, entre autres merveilles, Dune de Frank Herbert, la saga romanesque qui a le plus marqué mon adolescence. J’étais donc très très très ému. Et je le suis encore en écrivant ces mots deux jours plus tard.. Merci à toute l’équipe des Utopiales de m’avoir fait cet honneur et cet immense plaisir !

 

Machines à Dessiner

Une vraie pépite, François Schuiten filmé pendant la réalisation de l’affiche de l’exposition Machines à Dessiner qui a lieu en ce moment même au Musée des Arts et Métiers. Je ne l’ai jamais caché, j’admire son travail depuis longtemps. Pendant l’adolescence, lui et Benoit Peeters m’ont redonné goût à la Bande Dessinée franco-belge avec La Fièvre d’Urbicande et La Tour. Merci à eux !

Ego comme x

Le premier numéro d’Ego comme X en 1994

Je viens d’apprendre qu’Ego comme x ferme ses portes. Quelle tristesse.

Ego comme x fait partie de la poignée de maisons d’édition qui ont marqué la Bande Dessinée dans les années 90. Créée à Angoulême par Fabrice Neaud, Xavier Mussat et Loïc Néhou autour de la revue éponyme, elle est principalement connue pour avoir quasi inventé l’autobiographie en bande dessinée. Pendant 23 ans, Ego comme x n’a été que pertinence et exigence, se renouvelant sans cesse sans jamais tomber dans les modes ni les facilités. Depuis 10 ans, elle s’était ouverte à la littérature avec la même sagacité. Cette tenue dans le temps, on la devait à Loïc Néhou et à son sens du sacerdoce.

J’habitais à Angoulême au milieu des années 90, et j’ai bien connu les débuts de cette aventure. Je trouvais la revue excellente, j’ai cherché à les rencontrer, et ses trois fondateurs sont devenus des amis. Au delà de cette amitié, je garde le plus grand respect pour tout ce qu’ils ont créé. Je savais les difficultés de Loïc, il s’en était ouvert à moi. Oublié par les financiers culturels locaux, en particulier le CRL Poitou-Charentes et Magelis, il n’arrivait même plus à se verser un salaire depuis cinq ans. Il jette donc finalement l’éponge. Et Angoulême perd sa plus ancienne et prestigieuse maison d’édition.

Comment est-ce possible dans cette ville, ce département et cette région ou tant de politiques et décideurs revendiquent leur action pour la Bande Dessinée ? On ne parle pas de millions de subvention, mais de quoi financer une petite structure construite pour être la plus économe possible. Heureusement que tous ces acteurs locaux sont censés défendre la Culture. Comment mieux qu’avec Ego comme X pouvaient-ils le faire ? Franchement, c’est lamentable.

Je te fais une grosse bise, Loïc.