Une exoplanète gonflée à l’hélium

Après la revue scientifique internationale de référence Nature, j’ai réalisé une illustration pour accompagner un article paru dans la toute aussi réputée revue Science.

C’est ma troisième collaboration avec l’observatoire de l’Université de Genève. Après deux images consacrées aux exoplanètes GJ436 et Kelt-9b, l’astrophysicien David Ehrenreich m’a proposé de m’attaquer à une vrai gageure : traduire visuellement leurs observations de l’exoplanète HAT-P-11b, qui a la particularité d’avoir une atmosphère gonflée à l’hélium.

J’ai commencé par dessiner l’étoile et la planète, en essayant de rendre les effets de souffle de l’étoile sur cette atmosphère d’hélium. Je ne peux que vous recommander de lire les articles que je partage en fin de ce message pour vous faire une meilleure idée du phénomène.

J’en ai aussi fait, comme les fois précédentes, une version science-fiction, que j’ai essayé de nourrir d’un peu de tendresse. Mais, comme pour le précédent article, c’est l’image la plus “sérieuse” qui a surtout été relayée par la presse. Dommage, on a bien besoin de merveilleux et de tendresse en ce moment 🙂Avec un grand merci à l’équipe de l’observatoire de l’Université de Genève pour sa confiance.

Quelques liens parmi les nombreux articles publiés sur cette découverte :

Jeu des sept erreurs, pardon, horreurs

Un ami a partagé une photo d’immeubles biscornus typiquement parisiens. J’ai voulu lui montrer où cela se trouvait, car cette vue, j’ai eu plaisir à l’admirer tous les jours en sortant de chez moi à la fin des années 90. En allant sur Google Maps, j’ai eu un étrange sentiment. Quelque chose clochait…

Après vérification, c’est devenu évident. Cette carte postale pittoresque a tout simplement été massacrée entre temps. Vu les dates des travaux qu’on peut voir sur Google Maps, vers 2008, le bâtiment vert a été relevé d’un bon mètre à partir du dessus de la fenêtre du premier étage. Déjà, ce mur aveugle est très laid et ne correspond à rien en termes d’architecture. Mais en plus, cela a gommé le différentiel de hauteur entre les deux maisons qui faisait une bonne partie du charme de la vue…

On est juste en face de Notre-Dame, il a donc fallu que non seulement la Ville de Paris, mais aussi probablement les Monuments historiques donnent leur accord à cette horreur. Résultat, de la fausse architecture “authentique”. La disneylandisation de Paris n’en finira-t-elle donc jamais ?

PS : Valérie et moi passons devant cet endroit, mais en vue opposée, dans Abymes tome 3, notre autobiographie décalée.

Bonne année 2019

Le 21 juillet 1969 , un homme posait pour la première fois le pied sur la Lune. En pleine guerre froide, la compétition entre l’URSS et les USA avait permis en moins de deux décennies de passer des tous premiers missiles balistiques inspirés des V2 de l’Allemagne nazi à de gigantesques fusées civiles.

Le projet Apollo, c’est un budget cumulé de plus de 18 milliards de dollars de l’époque, environ 150 milliards d’aujourd’hui. Au plus fort du programme, 400 000 personnes travaillaient pour la NASA, qui consommait à elle seule 4,5% du budget fédéral des USA. Le projet Apollo, c’est 17 lancements de fusées Saturn V, dont 6 des 7 derniers vols ont été se poser sur la Lune. Le projet Apollo, c’est donc 12 astronautes qui ont pu fouler le sol lunaire et en ramener 382 Kg de roches qui enchantent depuis les laboratoires et musées du monde entier. C’est 3 réflecteurs posés sur ce sol lunaire qui permettent encore aujourd’hui de mesurer la distance qui nous sépare de notre satellite avec un simple laser.

Et pourtant, lentement, a commencé à monter la rumeur que tout cela n’aurait pas eu lieu. Que les images télévisées des hommes sur la Lune étaient réalisées en studio. Que tout n’était qu’une gigantesque conspiration aux buts variés et aux contours protéiformes. Au début, on se disait que ce déni venait d’une rupture de confiance  d’une partie des Américains envers leur gouvernement fédéral, en particulier depuis qu’ils avaient découvert les pratiques obscures de la CIA, du complexe militaro-industriel et même de leur président avec l’affaire du Watergate. Aujourd’hui, cette défiance s’est mondialisée : en 2018, un sondage de l’IFOP révélait que 16% des Français doutaient que les Américains aient jamais marché sur la Lune.

C’est toute la science voire la rationalité qui sont maintenant menacées par cette vague de rejet. Tous les faits ou preuves scientifiques peuvent se retrouver contestés comme si c’était juste des opinions parmi d’autres. Sachant que toutes les études montrent que ce rejet est particulièrement marqué pour les plus jeunes générations. En 2018, en France, près d’un sondé sur dix était d’accord avec l’affirmation « il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école ».

Si nous avons un souhait pour l’avenir, c’est que la défiance, légitime, envers les autorités ne tourne pas à l’obscurantisme généralisé. Car, contrairement à ce que pensent ceux qui doutent de tout, ce n’est pas leur liberté de penser qu’ils défendent, mais un grand fatras sans queue ni tête qui ne peut que profiter à ceux qui sauront en abuser : les systèmes totalitaires, les seigneurs de guerre, les intégristes religieux de tous bords… Bref, à tous ceux qui exigeront, eux, que nous nous soumettions vraiment à une seule et unique vision du monde : la leur.

Alors, en ces 50 ans des premiers pas de l’humanité sur la Lune, souhaitons-nous une bonne et rationnelle année 2019 !

Denis Bajram & Valérie Mangin

Universal music

C’est toujours un grand plaisir de voir que son travail nourrit d’autres créateurs, y compris en dehors de la Bande Dessinée. Là, je suis en train d’écouter à fond dans l’atelier un album inspiré par Universal War. Belle surprise et sacrées ambiances ! Bravo aux deux compositeurs de Visions Of Dystopia.

Je vous laisse découvrir à votre tour cet album, puisqu’il est en écoute libre sur Soundcloud :

Autofichage politique

Dans les années 70, on avait pris conscience qu’avec l’informatique, les citoyens pouvaient être fichés comme jamais, et que ce fichage était dangereux pour les libertés collectives et individuelles. En 1978, on vota la Loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, et la CNIL fut créée.

Quarante ans après, cette loi, et les directives européennes qui ont suivi, nous protègent toujours d’un fichage abusif. Cela veut dire, entre autres que personne n’a le droit d’utiliser des scripts informatiques pour parcourir les réseaux sociaux afin d’établir des fichiers sur les citoyens, en particulier des fichiers sur leurs opinions politiques, religieuses ou philosophiques. Heureusement, car la plupart des gens y donnent de quoi savoir assez précisément qui ils sont et ce qu’ils pensent.

Je viens de découvrir un groupe Facebook qui a été créé le 27 novembre par des gilets jaunes avec la volonté de se compter. Le principe est simple, il suffit à tout un chacun de s’inscrire dessus pour faire monter le compteur. En quatre jours, au moment où j’écris, le groupe a déjà 1 423 440 membres (même s’il en annonce par image 2 200 000 gilets jaunes, je ne sais pas sur quel principe).

Ce groupe est public, donc la liste de ses membres est publique. N’importe qui peut donc, avec une simple recherche, savoir si quelqu’un se revendique gilet jaune ou pas. N’importe qui peut savoir qui est gilet jaune parmi ses amis, ses clients, ses relations de travail. On peut même en un clic voir lesquels de ses amis Facebook sont gilets jaunes…

De plus, il est facile, techniquement, de récupérer cette liste des gilets jaunes. Ce sont donc déjà près d’un million et demi de citoyens qui se sont auto-fichées “politiquement” et ont offert ce fichier à qui le voudra. Ce fichier d’opinion étant déclaratif et public, il est a priori aussi légal qu’il est libre d’utilisation…

Il va vraiment falloir que les citoyens comprennent mieux les enjeux de la société de l’information, autrement ils vont continuer de fabriquer eux-mêmes les armes contre leurs propres libertés.


Addendum

On me fait remarquer que n’importe qui peut être ajouté à ce groupe sans qu’on ne lui demande rien. En parcourant la liste de ses membres, on voit que c’est très souvent le cas. Ce groupe mixe donc à la fois des membres qui se sont auto-fichés et des citoyens qu’on a fichés de manière totalement illégale et sur aucune base. Charmant.


Addendum

Finalement, ce 19 janvier, il n’est plus possible d’inscrire quelqu’un malgré lui dans un groupe Facebook. Les nombreux utilisateurs (dont moi) qui réclamaient ce changement depuis des années à Facebook ont enfin été entendus.

Et cela à eu des conséquences sur le groupe des comptage des gilets jaunes dont je parlais : Il est passé de 2,8 millions à 1,8 millions de membres juste en retirant tous ceux qui avaient été inscrits par un tiers et n’avaient jamais participé. Ça en faisait des gens désignés comme gilets jaunes malgré eux. Et le problème est exactement le même si on est, malgré soi, désigné comme macroniste, nationaliste, communiste, échangiste ou amateur de saucisse fumée du Pérou…

On peut même se demander si ce type de fichage politique public forcé n’a pas joué dans cette décision de Facebook. La société américaine prenait sans doute un trop gros risque légal à laisser faire…

UW1 au musée

Photo ¢ Centre Belge de la Bande DessinéeLe Centre Belge de la Bande Dessinée me prévient que la planche originale d’Universal War One qu’ils m’ont demandée de leur prêter est maintenant installée dans l’espace Art de la BD.

C’est un grand bonheur d’être exposé dans un musée que j’ai eu tant de plaisir à fréquenter quand j’habitais Bruxelles.

Fans d’UW1, c’est le moment de visiter ou de revisiter cette belle institution !

Utopiales 2018

Comme tous les ans, je serai présent aux Utopiales, le rendez-vous incontournable de la science-fiction. Il se tient cette année du 31 octobre au 5 novembre 2018 à la Cité des congrès de Nantes.

Grande nouvelle, vous pourrez y découvrir l’expérience de réalité virtuelle Universal War One qui était installée tout cet été à Poitiers. Elle sera présentée aux Utopiales dans une version encore améliorée. Attention, il n’y a “que” quatre casques de réalité virtuelle, donc essayez de venir en dehors des heures de pointe.

Je serais plus souvent possible dans les parages pour répondre à toutes vos question et signer vos livres. D’ailleurs, n’hésitez pas à m’arrêter n’importe ou et n’importe quand dans le festival : je viens pour vous rencontrer.

Comme tous les ans, j’interviendrai aussi dans des tables-rondes variées. Cette année, les Utopiales m’ont en plus demandé de me prêter à l’exercice de la conférence en solo. À croire que je parle facilement… 🙂

Voici le programme de ces interventions :


Le corps des machines

Laurent Genefort, Denis Bajram, Marcus Dupont-Besnard

Mercredi 31 Octobre – 16:00 / 17hh00 – Salle Hypérion

Qui n’a jamais insulté son ordinateur récalcitrant ou jeté un téléphone fonctionnel mais démodé ? L’obsolescence programmée encourage et autorise ce type d’usage des machines tandis que les robots deviennent de plus en plus interactifs à défaut d’être conscients comme les réplicants de Blade Runner. Une éthique vis-à-vis des machines est-elle à envisager ? Faut-il aussi être soigneux pour un développement durable ?


Les réseaux, nouveaux organes de démocratie ?

Avec Denis Bajram, Jeanne-A Debats, Christopher Priest.
Modération : Magali Couzigou

Jeudi 1er Novembre – 18h00 / 19h00 – Scène Shayol

1970, Sur l’Onde de Choc de John Brunner : la révélation d’un secret fait tomber des entreprises nocives. Aujourd’hui, les citoyens, en désaccord avec la politique d’une institution ou d’une entreprise, le font savoir. Et parfois, ils obtiennent satisfaction. Entre danger de censure populaire et expression d’une démocratie directe, où va le corps social du réseau ? Est-il déjà le 5e pouvoir ?

Les cités biomimétiques ou les nouveaux jardins de Babylone

Baptiste Grard, Agnès Lelièvre, Kij Johnson – Modération : Denis Bajram

Samedi 3 Novembre – 15:30 / 16h30 – Scène Shayol

La science-fiction a rêvé toutes sortes de villes, souvent mégalopoles dystopiques où le citoyen insecte peine à trouver son chemin dans la fourmilière. Mais parfois il s’agit plutôt de cités vivantes, quasi végétales, elles aussi, tels les « habitarbres de Schuitten dans ses songes archiborescents. Ces agglomérations à taille humaine feront de leurs habitants non plus des consommateurs mais les acteurs de ces nouveaux écosystèmes. Êtes-vous prêts à déménager dans le futur ?

Rigueur scientifique et bande dessinée

Université Éphémère des Utopiale – Denis Bajram

Samedi 3 Novembre – 17h00 / 18h00 – Lieu Unique

L’imagerie de science-fiction pourrait sembler n’avoir eu de frein que la frénésie des auteurs. Pourtant, dès l’aube du genre, ils se sont souvent tournés vers la science pour créer des êtres ou des machines « réalistes ». Ainsi les spéculations sur les canaux martiens ou bien les formes des vaisseaux. À l’heure de la théorie des cordes, quelles nouvelles inspirations et contraintes scientifiques pour les auteurs ?

Le constat sur le statut des auteurs

Aujourd’hui, la Ligue des Auteurs Professionnels publie son constat sur le statut des auteurs. Cela fait des semaines que nous discutons, échangeons, expertisons et essayons de rendre toute cette analyse la plus claire et accessible possible.

Ce constat n’est que le début de notre travail. La Ligue travaille d’ores et déjà sur les pistes de réformes.

Je ne peux que recommander aux auteurs, mais aussi aux lecteurs que leur sort intéresse, de lire ce constat.

Calculez vos droits d’auteur

Je viens de mettre en ligne un outil qui devrait rendre de très grands services à la plupart des auteurs : un simulateur de droits d’auteur.

Cet outil est basé sur une feuille de calcul Excel que j’ai créée il y a plus de 15 ans. Valérie et moi avons passé à cette moulinette tous les contrats que nous avons signés depuis et cela nous a permis plus d’une fois de ne pas nous tromper. J’ai toujours eu envie de partager ce fichier Excel, mais je ne l’ai pas fait parce qu’il était assez compliqué à utiliser, qu’il pouvait donc facilement induire des collègues en erreur.

En travaillant sur une version web, j’ai souhaité faire tout le contraire : le rendre à la fois le plus simple possible et le plus ouvert possible. J’ai intégré une aide au remplissage. J’ai aussi fait en sorte que les éventuelles incohérences de saisie soient bien signalées à l’utilisateur. Côté fonctions, on peut ajouter autant d’auteurs que nécessaire, autant de paliers de droits, mettre des prix par page ou en global, gérer le fixe, l’avance etc… Enfin, une option particulièrement utile est le calcul de la proportionnelle. Pour plus d’explications sur tout cela, je vous renvoie à l’aide intégrée.

Enfin, je précise que ce simulateur est en bêta test. Ça veut dire déjà qu’il ne faut pas se fier à 100% à ses calculs, je pourrais avoir fait une erreur de programmation. Ça veut aussi dire qu’il ne faut pas hésiter à me signaler des bugs qui auraient échappé aux tests faits avec les copains de l’atelier virtuel et du SNAC.

PS : Quelques infos pour les geeks : j’ai pour l’occasion développé une librairie de type tableur, que j’ai appelée WSS, Web Spread Sheet. Tout le contenu est généré en Javascript à la volée (sans jQuery). Enfin, j’ai packagé le tout dans un plugin WordPress, histoire de pouvoir le distribuer à l’avenir à des organisations d’auteurs.

 

Métal brûlant

Cela fait bizarre de se réveiller avec un de ses dessins reproduit dans le presse du monde entier. Il faut dire que cette image accompagne une publication scientifique dans la prestigieuse revue Nature, ce qui explique cette importante diffusion.

C’est ma seconde collaboration avec l’observatoire de l’Université de Genève. Après une première illustration consacrée à l’exoplanète GJ436, c’est à une autre, Kelt-9b, que l’astrophysicien David Ehrenreich m’a proposé de m’attaquer. Avec une vraie difficulté, représenter une géante gazeuse tellement proche de son soleil que son atmosphère contient du fer et du titane gazéifiés par la chaleur intense (4000°).

L’idée était de faire encore une fois une image de science-fiction. Nous avons eu de nombreux échanges, entre autres pour représenter le plus justement possible les couleurs de l’étoile et de l’atmosphère de la planète. Nous sommes tombés d’accord pour montrer des vaisseaux récoltant du métal au moment où il se condense en brume liquide, à la limite entre les faces sombre et éclairée et de la planète.

Mais la science-fiction comme outil pédagogique et machine à faire rêver le grand public a toujours du mal à être légitime en science, même quand il s’agit de vulgarisation. C’est la version sans les vaisseaux qui a finalement été diffusée en presse.

Je milite depuis des années pour qu’on utilise le “merveilleux scientifique” pour intéresser beaucoup plus le grand public aux sciences. J’ai donc évidemment un petit regret. L’erreur a sans doute été de laisser le choix aux médias.

Avec un grand merci à David Ehrenreich, ce fut encore une fois passionnant !

Quelques liens parmi les centaines d’articles publiés sur cette découverte :


Addendum

Le Huffington Post m’a demandé s’il pouvait publier cette note de blog. J’ai évidemment dit oui. Voilà qui renoue avec de bons souvenirs, lorsque j’avais été rédacteur-en-chef du futur pour leur site.