Valérie et moi serons cette année à la Foire du livre de Bruxelles à la fois pour nos dernières parutions et pour les États Généraux de la Bande Dessinée.
Je signerai le vendredi 27 de 17 h à 20 h les albums de Goldorak chez Kana (stand 102). Avec peut-être une grosse surprise, mais je n’en dis pas plus.
Juste à côté, chez Le Lombard, Valérie Mangin et Christophe Bec signeront leur Thorgal aux mêmes horaires ainsi que le samedi 28 de 10 h 30 à 13 h et de 15 à 17 h, et le dimanche 29 de 10 h 30 à 13 h.
Enfin, nous serons rejoints par Benoît Peeters au Théâtre de l’imaginaire le samedi 28 mars de 18 h pour une nouvelle session des États Généraux de la Bande Dessinée. Cette présentation des résultats de l’enquête auteurs sera suivie d’un débat en présence de Lison Ferné de l’ABDIL.
Venez nombreux !
Lien :
Infos pratiques :
flb.be


Après avoir été présentés le lundi 23 mars à l’Assemblée nationale, les résultats de la seconde enquête auteurs des États Généraux de la Bande Dessinée sont maintenant en ligne sur le site www.etatsgenerauxbd.org.
Avec près de 1200 réponses, c’est un échantillon très représentatif de la population des auteurs et autrices de Bande Dessinée qui a répondu à cette enquête. Les premiers résultats sont présentés sous la forme d’un document d’infographie statistique le plus accessible possible à tous. Il commence par un résumé en 11 points, puis offre près de 100 pages de graphiques et d’analyses.
Ne nous le cachons pas, cet état des lieux confirme et amplifie le constat de précarité de la première enquête de 2015. La situation est, hélas, toujours plus inquiétante pour la très grande majorité des auteurs et autrices et ce sur le plan social, financier mais aussi éditorial. C’est leur avenir même qui semble menacé.
L’équipe des États Généraux de la Bande Dessinée va continuer à exploiter les données de cette enquête, en particulier selon les demandes qui lui seront faites. De nombreux rendez-vous de présentation et de discussion sont aussi en cours d’organisation. Nous espérons surtout que les résultats de cette enquête vont amener enfin toute la filière de la BD comme les pouvoirs publics à se concerter et à prendre les décisions nécessaires à assurer un avenir aux auteurs et autrices. Il est urgent de reconstruire, ensemble, un futur pour la Bande Dessinée.
Les États Généraux de la Bande Dessinée
Libération m’apprend que le délégué général du FIBD d’Angoulême, Franck Bondoux, a déclaré dans sa conférence de presse de jeudi : « Denis Bajram a oublié que le festival a ouvert grand ses bras aux états généraux de la BD ».
Je n’ai pas oublié et les EGBD non plus. Encore merci, même. Mais, en 2015, je ne me rendais pas compte qu’utiliser la scène du théâtre d’Angoulême pendant le festival pour lancer les États Généraux de la Bande Dessinée voulait dire que je devenais un vassal du FIBD et que je ne pourrais plus jamais lui reprocher quoi que ce soit. Je croyais, innocemment, que le festival faisait ça pour aider les auteurs et autrices.
Je n’avais pas compris non plus qu’il faudrait aussi, après que l’association du FIBD et 9eArt+ aient réussit à provoquer leur boycott massif par les auteurs et les éditeurs, renier le juste combat de tous mes collègues, autrices en tête, pour aller m’immoler avec mes nouveaux maîtres.
Il aurait fallu me présenter un contrat à signer avec mon sang, j’aurais été plus prudent…
Vous ne comprenez plus rien au Festival de la BD d’Angoulême ? Vous vous demandez pourquoi les auteurs et autrices ont boycotté l’édition 2026 ? Pourquoi les éditeurs ont suivi ? Vous vous demandez ce que sont ces « girlxcott » ou « grand off » qui vont avoir lieu fin janvier alors que les ruines du FIBD sont toujours fumantes ? Vous vous demandez enfin si le festival va ressusciter en 2027 ? Et pourquoi on parle d’un tout nouvel événement organisé par une mystérieuse ADBDA ?
On est d’accord, ce qui est arrivé est complètement fou et tout cela reste très compliqué à suivre. L’Atelier virtuel vous a donc organisé une nouvelle émission « On en a gros » avec des gens bien informés, à savoir des autrices et auteurs impliqués dans tous ces événements. Comme ça vous allez enfin y voir clair sur ce qui s’est passé et savoir exactement où on en est aujourd’hui.
Tandis que les données de l’enquête auteurs des États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD) sont en cours d’analyse, on apprend que L’Association, éditeur le plus connu des grandes heures de l’édition alternative, est en grande difficulté financière. On en parle trop peu, mais la crise économique est en train de faire de terribles dégâts dans la Bande Dessinée, que ce soit chez les éditeurs, les libraires ou les auteurs.
En fin de message, l’Association appelle les pouvoirs publics à donner enfin suite au rapport Racine. Rappelons que la mission Racine est née des demandes qu’avait réussi à porter la toute jeune Ligue des auteurs professionnels auprès du ministre de la Culture d’alors. Rappelons que la Ligue est clairement née de l’émoi provoqué par la première enquête des EGBD. On en revient donc au point de départ, 10 ans après, sans que le terrible constat de l’époque n’ait convaincu les pouvoirs publics de protéger enfin sérieusement la création BD.
Dans quelques mois, feront-ils de même avec les nouveaux résultats que les EGBD publieront ? Si c’est le cas, l’« exception culturelle francophone que le monde nous envie » dont parle l’Association n’aura sans doute pas grand avenir.
Bon courage à l’Association. Si vous souhaitez les aider et lire le texte dont je parle, c’est ici :
Dix ans après la première, les États Généraux de la Bande Dessinée vont relancer une nouvelle étude sur la situation économique et sociale des auteurs et autrices de BD. Le bureau de l’association, constitué de Benoit Peeters, Valérie et Mangin et de votre serviteur, explique le pourquoi et le comment dans l’excellent podcast R2PI.
La semaine dernière j’étais dans les vénérables murs du Collège de France pour le colloque Nouveaux chemins de la bande dessinée qui venait conclure l’année de cours de Benoît Peeters. On y a entendu des interventions passionnantes. Si vous voulez vous faire une idée des enjeux actuels, c’est à écouter ou réécouter.
Lors de l’intervention que je partageais avec Loo Hui Phang et Pierre Nocerino (ci-dessus) j’ai essayé, sans taire les immenses difficultés actuelles des auteurs et autrices, de finir sur une note un peu plus ambitieuse.
Petit détail amusant : quand Benoît a présenté mon travail en début de de table ronde, j’ai vu s’afficher sur l’écran géant la couverture de mon dernier album paru. Je vais donc pouvoir me gargariser d’avoir permis à Goldorak d’entrer au Collège de France 🙂
Voici l’ensemble des vidéos, dans l’ordre chronologique :
- Introduction
Benoît Peeters
- Une bande dessinée de poésie
Jan Baetens (auteur)
- La bande dessinée de non-fiction
David Vandermeulen (auteur)
- Au-delà du papier, vers le numérique
Julien Baudry (université Bordeaux Montaigne) :
- La recherche et l’enseignement de la bande dessinée.
Thierry Groensteen (auteur), Irène Leroy-Ladurie (revue Neuvième art), Sylvain Lesage (université de Lille)
- Les évolutions du marchéXavier Guilbert (site Du9)
- Éditer la bande dessinée.
Christel Hoolans (Kana – Le Lombard), Benoît Mouchart (Casterman), Serge Ewenczyk (Çà et là)
- Auteurs et autrices, un métier en danger ?
Pierre Nocerino (chercheur), Loo Hui Phang (autrice), Denis Bajram (auteur)
- Lire et faire lire la bande dessinée.
Vincent Poirier (libraire), Sonia Déchamps (journaliste-modératrice), Pascal Mériaux (BD Amiens)
- Exposer et conserver la bande dessinée.
Anne-Hélène Hoog (CIBDI Angoulême), François Schuiten (auteur), Jean-Baptiste Barbier (galeriste)
Depuis octobre 2022, le Collège de France consacre à la Bande Dessinée un cycle de cours, de séminaires et de colloques sous la direction de Benoît Peeters. Pour ceux qui l’ignoreraient, le Collège de France, c’est le graal de la reconnaissance intellectuelle et universitaire.
En octobre 2020, dans le cadre de l’Année de la BD, la vénérable institution avait demandé à Benoît Peeters d’organiser une journée sur le 9e Art. Benoît est évidemment un des scénaristes, historiens et théoriciens les plus respectés de la BD, mais a aussi animé à nos côtés les
États généraux de la Bande Dessinée qui ont provoqué, entre autres, le rapport Lungheretti et cette Année de la BD 2020.
Deux ans plus tard, le Collège de France a décidé d’aller plus loin et de confier à Benoît la chaire
Création artistique. Cours, séminaires, colloques, c’est un très riche ensemble qui nous est proposé durant toute cette année académique 2022-2023.
J’avoue que Valérie et moi regrettons bien de ne plus habiter Paris pour aller écouter de vive voix notre ami Benoît. Heureusement, l’ensemble des cours du Collège de France sont en ligne, en vidéo et en podcast. Je vous ai mis les principaux liens déjà disponibles ci dessous.
Ce cycle se conclura le 7 juin par le colloque Nouveaux chemins de la bande dessinée. J’ai l’honneur d’être dans les intervenants conviés par Benoît Peeters. Si l’on m’avait dit un jour que j’irais dire quelques mots sur la scène du Collège de France… Merci Benoît !
On aurait pu croire que la réforme des retraites allait, au moins, profiter aux plus petites pensions. Mais il devient très clair que bien peu sont concernées par la fameuse hausse à 1200 euros annoncée par le gouvernement. En gros, si vous avez une carrière incomplète, si vous avez travaillé à temps partiel ou si vous avez été sans emploi un temps, vous ne ferez pas parti des « veinards ». Quand c’est BFMTV qui l’écrit, et non l’Humanité, on commence à savoir à quel point cette réforme coûtera beaucoup à tous sans vraiment profiter aux plus faibles.
Qu’en est-il pour les auteurs et autrices ? Avec l’absence de tout contrat de travail comme de l’assurance chômage, leurs carrières sont souvent en dents de scie. Dans le milieu de la Bande Dessinée, elles ont en plus du mal à démarrer réellement avant 25 ans… Avec des cotisations en vrac, on peut donc imaginer ce qui attend les auteurs à la retraite.
On pourrait se dire qu’heureusement, dans la création artistique, on ne prend jamais réellement sa retraite, et qu’on peut cumuler des revenus de la création avec sa mauvaise pension. Ce serait penser que la plupart des artistes-auteurs sont encore au travail à 64 ans. Hélas, si on continue à créer en général jusqu’à sa mort, il est très dur de rester toute sa vie professionnel au sens d’en tirer des revenus suffisants. Suffisant ne serait-ce que pour acquérir par ce biais des trimestres de retraite.
Pour la BD, l’étude des États généraux de la Bande Dessinée de 2016 a montré cette entrée tardive dans le métier mais aussi une éviction précoce à partir de 50 ans. Dans les faits, je vois bien que la plupart de mes jeunes collègues des années 90 ont dû changer de métier depuis. Le succès est déjà rare dans nos pratiques, mais conserver un succès plusieurs décennies confine au véritable miracle. La plupart des auteurs gagnant moins que le SMIC mensuel ils finissent, à un moment, par craquer et se réfugient, s’ils le peuvent, dans un métier moins précaire. Ceux qui restent n’ont plus qu’à prier pour ne pas être ringardisés et remplacés par de jeunes entrants toujours plus nombreux et souvent moins chers…
On le voit, être artiste-auteur aujourd’hui, c’est la promesse pour la très grande majorité d’être des professionnels précaires. Et c’est la certitude derrière cela d’en payer le prix durant la retraite. Cette précarité n’est pas l’apanage des créateurs. Elle se répand dans toute notre société au fur et à mesure que le salariat est remplacé par l’indépendance. Combien de millions de Français sont-ils condamnés au minimum vieillesse ? Il est vraiment urgent de penser une réforme des retraites qui permettra à toutes et tous de vieillir dans la dignité. Et pour cela de repenser un marché du travail qui permettra à toutes et tous de travailler et de cotiser dans la dignité.
Je viens de parcourir la riche étude sociologique que Sylvain Aquatias (sociologue) et Alain François (chercheur en histoire visuelle contemporaine) ont consacré aux auteurs et autrices de Bande Dessinée en Charente.
Si vous n’avez pas le temps de la lire en entier, je vous en recommande la conclusion, qui commence page 382. Petit extrait :
Pas de champ, pas d’habitus, peu de véritable structuration professionnelle, il faut le dire clairement : les auteurs de bande dessinée ne sont quasiment jamais uniquement des auteurs de bande dessinée. Cette profession est une invention qui a permis, en son temps, de faire reconnaître la bande dessinée. Cette légitimation a été partiellement au moins la cause de la précarisation des auteurs. Ce n’est pas là un effet habituel de la légitimation d’un art, on l’admettra. Mais il n’y a pas non plus d’École Nationale ou de Conservatoire de la Bande dessinée, de Scène Actuelle de la bande dessinée, de labels nationaux distinguant un atelier, une maison d’édition, etc. C’est la conséquence d’une légitimation qui n’a pas été à son terme, quoi qu’on puisse en dire, en laissant le marché seul diriger le destin des auteurs, sans régulation aucune.
Vous pouvez télécharger l’étude complète sur le site de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image :
PS : je suis aussi heureux de voir que les travaux des États Généraux de la Bande Dessinée continuent à nourrir en profondeur la recherche sur les auteurs et autrices de Bande Dessinée.