Baroque romantique

Vu que mes status sur la musique classique ne passionnent pas les foules, je continue. Né en 1970, j’ai été éduqué à écouter Bach dans des interprétations baroques, très baroques même. Des versions rapides, vives, scandées, détaillées, parfois même rugueuses. Sur les ondes de France Musique et dans les pages de Diapason, il était de bon ton d’afficher son mépris pour les interprétations classiques ou romantiques qui avaient précédé cette résurrection du baroque. Déjà elles avaient le mauvais goût d’être bien mal informées historiquement, d’ignorer comment on jouait ces œuvres à l’époque de Bach. Au-delà des instruments trop modernes, du mauvais diapason, on les trouvait trop lentes, trop lourdes, trop pompeuses, voire pompier.

J’ai un vinyle en mauvais état de la Passion selon St Matthieu par Karl Richter chez Deustche Grammophon (enregistrement de 1971, je pense) que je n’écoutais plus depuis longtemps car il me plaisait bien moins que mes Corboz, Leonhardt, Herreweghe et autres Gardiner. Cependant, depuis quelques temps, j’ai entendu ci et là dire à nouveau du bien de la première version enregistrée par ce même Karl Richter en 1958 et je viens donc d’en acheter le coffret CD remastérisé en 2001 par Archiv Produktion.

Eh bien, Karl Richter, à la tête de ses chœur et orchestre Bach de Munich, c’est peut-être, en effet, trop lent : cette version dure 3h 18 contre seulement 2h 37 pour celle de Gardiner ! C’est sans doute aussi, trop appuyé voire trop lourd pour les gardiens du temple baroque. Mais, pourtant, que c’est beau ! Cette version de 1958 offre tout ce qu’il y a de plus saisissant dans la vision romantique, mais annonce dans sa mise en place parfaite et ses détails ciselés ce que seront les interprétations baroques des décennies suivantes. Et quels solistes, leur maitrise technique est ahurissante. Mais surtout, quelle ferveur d’ensemble ! On est à Jérusalem à mourir avec le Christ, qu’on y croit ou pas. Extraordinaire !

Côté son, cet enregistrement des débuts de la stéréo tient sacrément le choc et sa remastérisation numérique est lumineuse et transparente. Côté prix, c’est à peine plus de 20 euros pour un coffret de trois CDs, c’est donc tout à fait correct. Pour en savoir plus : www.discogs.com

On trouve plusieurs fois cet enregistrement en intégral sur Youtube (il est grand le mystère du piratage). La qualité en est inévitablement un peu dégradée, mais bon, ce sera suffisant pour vous en faire une idée :

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Magie au Walt Disney Hall

Je continue à acheter des disques, je ne sais pas très bien pourquoi. Sans doute parce que cela m’oblige à faire des choix, que c’est un moyen de réfléchir à ce que j’écoute, que cela me permet de résister au gavage, à l’ensevelissement sous une offre devenue démesurée. Sur le serveur hifi de l’atelier, il n’y a donc quasiment que des disques que nous avons acquis “physiquement”. Grâce à cela, nous sommes sûr que chaque morceau et chaque album est rejoué tous les trois ou quatre ans. Réécouter. Revoir. Relire. Le seul moyen d’affiner son approche des œuvres.

Orgue du Walt Disney Hall à Los Angeles © www.musiqueorguequebec.ca

Bref, aujourd’hui, je viens d’encoder les dernières nouveautés arrivées à la maison. Entre autres merveilles dont je parlerai peut-être plus tard, nous avons acquis un disque d’orgue assez étonnant, Once Upon A Time… At The Walt Disney Concert Hall. Jean-Baptiste Robin y interprète des transcriptions et œuvres originales autour de l’idée du conte de fée sur l’incroyable orgue du Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Cet instrument, en photo ci dessus, est venu parachever la magnifique salle de concert construite au début des années 2000 par Frank Gehry.

Ce disque rend un bel hommage aux dimensions et aux possibilités de cet instrument. Pour vous en faire une idée, écoutez la transcription du Prélude no15 de Chopin, devenu presque terrifiante jouée ainsi :

Pour en savoir plus, en particulier sur cet orgue, je vous recommande l’excellente critique qui m’a appris l’existence de ce disque :

Une lecture à compléter par cette fiche descriptive de l’instrument qui revient aussi sur l’histoire du Walt Disney Concert Hall de Los Angeles :

Les CD de Brilliant Classics sont très peu chers, il vous coutera moins de 8 euros pour acquérir celui-ci. En attendant, vous pouvez l’écouter intégralement en ligne :

 

Sous les Bulles 2020, les auteurs contre-attaquent

En 2013, le documentaire Sous les bulles, l’autre visage du monde de la Bande dessinée faisait grand bruit en mettant les pieds dans le plat de la surproduction de livres et de la déprofessionnalisation des auteurs et autrices.

Aujourd’hui, Maiana Bidegain et Joel Callede ont décidé de proposer un second volet. Car, en sept ans, la situation a fait plus que changer, et pas dans le bon sens. Tandis que les problèmes évoqués dans Sous les bulles continuaient à détruire les conditions de travail des auteurs, plusieurs réformes sociales catastrophiques se sont enchainées pour eux… Ce furent donc sept années de luttes. Dont les auteurs et autrices ne sortent pour l’instant pas vainqueurs, soyons clairs. Et aujourd’hui, voilà que s’y ajoute une effrayante crise sanitaire et économique…

Ce projet de documentaire Sous les Bulles 2020, les auteurs contre-attaquent est donc plus qu’important. Comme il se construit avec un financement participatif, je ne peux que vous recommander d’y apporter votre contribution, même modeste :

En voici la bande annonce :

Et pour ceux qui voudraient revoir le premier documentaire, il est disponible en ligne :

Rencontre aux Arts et métiers

Amis parisiens, je vous donne rendez-vous vendredi prochain, 22 novembre, de 19h à 20h30, au Musée des arts et métiers pour une table ronde consacrée à la vision du futur par la science-fiction :

Le futur a-t-il (encore) de l’avenir ?

Lors de cette rencontre au sommet, animée par Thierry Bellefroid et Eric Dubois, co-commissaires de l’exposition Scientifiction, Blake et Mortimer au musée des Arts et Métiers, trois éminents acteurs et spécialistes incontestés de la science-fiction mondiale débattront des futurs possibles explorés par les auteurs de bande dessinée, de littérature fantastique et de cinéma au cours des XXe et XXIe siècles. Le passage en revue des représentations contradictoires des sciences comme imaginaire subversif, mythe moderne alternatif ou contre-projet politique promettent un débat passionné et passionnant. Le futur a t-il encore de l’avenir ?

Denis Bajram est un scénariste et dessinateur de bande dessinée.
Jean-Pierre Dionnet est un producteur, scénariste, journaliste, éditeur de bande dessinée et animateur de télévision français.
Roland Lehoucq est un astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique, enseignant, auteur et vulgarisateur. Il est le président du festival de science-fiction Utopiales Nantes.

Vendredi 22 novembre 2019 de 19h à 20h30
Amphi Abbé Grégoire, accès par l’entrée du Cnam au 292 rue Saint Martin 75003 Paris

Entrée gratuite, dans la limite des places disponibles. Réservation conseillée, inscrivez-vous ici :


 

Politique et science-fiction

Où en est l’école politique de la science fiction française ? Table ronde aux Utopiales 2019 avec Alain Damasio, Yannick Rumpala, Denis Bajram et Xavier Mauméjean.

On a parlé de politique, de société et de science-fiction. C’était riche, on a évoqué, parfois trop vite, un tas de sujets plus passionnants les uns que les autres. Cet exercice n’était pas simple : il devient difficile de se positionner politiquement en pensant à demain tellement tous les horizons paraissent le plus souvent bouchés vus d’aujourd’hui. Et je ne sais toujours pas s’il fallait répondre comme je l’ai fait à la juste question de la dernière intervenante dans le public. Bref, on m’invite souvent à des tables rondes en pensant que j’ai des choses à affirmer, mais j’en reviens plutôt avec de nouvelles idées et surtout avec beaucoup de doutes…

Merci à Actusf pour la captation vidéo.

Aux armes, citoyen ?

Ce matin, j’ai répondu à France Culture au sujet de la Red Team que va créer le ministère des armées avec des auteurs de science-fiction pour nourrir ses capacités d’innovation. Pourquoi m’interroger moi, alors que le recrutement ne commencera qu’à la rentrée ? En fait, j’avais fait partie d’une première expérience du genre qui avait eu lieu, discrètement, pendant les Utopiales de Nantes, le grand festival de la science-fiction.

Je me souviens que, quand on m’avait proposé d’y participer, cela m’avait posé un vrai problème de conscience. La Marine venait nous chercher, moi et deux autres auteurs de SF, dans l’espoir, je cite, de « s’affranchir autant que possible des moyens habituels de la prospective ». Nous devions apporter dans ce petit groupe de travail mixte avec des officiers « la créativité de la SF ». Ça, je m’en sentais capable, d’autant plus que la guerre de demain, voire universelle, c’est clairement dans ma réflexion d’auteur. Et puis, avec un peu de chance, on allait enfin me construire le robot géant dont je rêvais gamin.

Plus sérieusement, je m’étais posé une vraie question : est-ce que j’avais envie, est-ce que j’étais même simplement prêt à travailler, même ponctuellement, avec l’armée de mon pays ?

D’un côté, l’étudiant des beaux-arts qui avait tout fait pour être réformé du service militaire me criait « Non, mais ça ne va pas ? Tu veux les aider à tuer des gens ? Et si par hasard, tu les aidais à faire émerger une idée qui s’avérerait meurtrière ? Genre bombe nucléaire, virus Ebola ou Terminator ? » Au-delà de cette angoisse viscérale, j’essaye depuis toujours d’éviter le conflit et la destruction, tentant, vainement souvent, de rassembler et de construire…  Il n’y a donc pas grande chose de pire pour moi que de prendre les armes, de partir en guerre, même intellectuellement…

De l’autre côté, à presque 50 ans, j’en ai fini avec un certain romantisme, voire un certain angélisme, et j’ai bien compris que nous n’avons pas que des amis autour de nous. Je ne suis pas prêt à dire : « OK, démantelons nos arsenaux et notre armée et, devant tant de bonne volonté, les autres vont s’incliner et faire de même. ». Je me suis donc demandé s’il n’y avait pas quelque chose de l’ordre du faux-cul à se laver les mains des questions militaires. Genre moi je suis monsieur propre, mais je compte quand même sur l’armée pour me défendre…

Comme c’était pour un seul atelier, une seule après-midi, j’ai dit oui. C’était le meilleur moyen d’éprouver la réalité de tous ces sentiments entremêlés. Et puis, bon, en quelques heures, je ne risquais pas de changer le destin de l’humanité.

J’ai bien fait d’y aller, ce fut passionnant, comme toujours quand on échange avec des gens très différents. Je me suis rendu compte qu’au-delà d’avoir des idées originales d’auteur de SF, le fait de pouvoir dessiner des schémas, voire des engins qui me passaient par la tête était un vrai plus pour mes interlocuteurs. J’ai découvert beaucoup de choses et rencontré des gens plus qu’intéressants. Bref, j’ai passé un bon moment. Et je n’ai eu à tuer personne.

Je suis sorti de cette rencontre sans avoir réussi à trancher dans mes sentiments très contradictoires. Je ne sais toujours pas si c’est la place ou le rôle d’un auteur de SF.

En fait, quelque part, ça rejoint ce que je vis dans la lutte syndicale en faveur des auteurs. Je ne suis pas, politiquement, un grand supporter du libéralisme économique, ni de l’actuel gouvernement. Mais, « en même temps », il faut bien réussir à travailler avec lui. Car si je ne devais travailler qu’avec les pouvoirs publics qui auraient exactement les mêmes valeurs sociétales et politiques que moi, je pourrais attendre longtemps…

Ceci est valable, en fait, pour l’ensemble de nos interactions. À un moment, il faut faire avec le réel, pas avec nos fantasmes.

Bref, quand j’étais plus jeune, j’étais un idéaliste qui se refusait à tout compromis. J’avais fière allure, j’étais bien drapé dans ma dignité, et je pouvais contempler le reste du monde avec les certitudes de celui qui croit connaître le bien et le mal. Depuis, j’ai compris que tout était bien plus compliqué. J’ai appris qu’il n’y avait rien de plus immobilisant que d’avoir peur de se salir les mains. J’ai compris qu’avancer, construire, faire, voire simplement exister ne pouvait se faire sans compromis. J’ai compris que vivre, pleinement, c’était accepter de se tromper. Souvent.

 

Sujet Red Team à 12 mn :

Un métier génial ?

C’est quoi ces auteurs et ces artistes qui se plaignent encore ? Tout le monde a des augmentations de charges, non ?!

C’est sûr, mais pas de cette ampleur… Car si la réforme de la retraite universelle passe sans ménagement, un auteur gagnant l’équivalent d’une fois et demi le SMIC brut aura vu ses cotisations obligatoires passer de 16,6% à plus de 36% entre 2004 et 2025… des cotisations multipliées par plus de deux ! 20% de baisse de pouvoir d’achat rien que par la hausse des cotisations sociales !

Lorsque, auteurs et artistes, nous osons nous plaindre, beaucoup pensent que nous avons déjà la chance de faire un métier génial. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que si nous ne demandons pas à être riches, nous demandons juste à pouvoir gagner assez pour pouvoir continuer à faire ce métier génial, justement.

Je pense que beaucoup ne réalisent pas que ce “gagner assez pour pouvoir continuer à faire ce métier”, c’est gagner le plus souvent bien moins que le SMIC, et trop souvent vivre sous le seuil de pauvreté. Quand un auteur pense “bien gagner sa vie”, wow, l’extase, c’est qu’il arrive enfin à gagner l’équivalent d’un SMIC… Bref, il faut bien comprendre que les quelques auteurs à succès sont les sequoias qui cachent une forêt de brindilles fragiles.

Aujourd’hui, entre crise et hausses de cotisations sociales, de plus en plus d’auteurs passent, année après année, sous le minimum vital de revenus… et doivent donc arrêter de faire ce métier. Alors justifier de ne pas se soucier des auteurs parce qu’ils font un métier génial, c’est juste faire qu’ils ne feront plus ce métier du tout.

Vous êtes prévenus.

 


Si vous voulez aider les auteurs et artistes, nous vous proposons d’écrire à vos parlementaires. C’est très simple ça prendra 5 minutes de votre vie, tout est expliqué ici :

Une exoplanète gonflée à l’hélium

Après la revue scientifique internationale de référence Nature, j’ai réalisé une illustration pour accompagner un article paru dans la toute aussi réputée revue Science.

C’est ma troisième collaboration avec l’observatoire de l’Université de Genève. Après deux images consacrées aux exoplanètes GJ436 et Kelt-9b, l’astrophysicien David Ehrenreich m’a proposé de m’attaquer à une vrai gageure : traduire visuellement leurs observations de l’exoplanète HAT-P-11b, qui a la particularité d’avoir une atmosphère gonflée à l’hélium.

J’ai commencé par dessiner l’étoile et la planète, en essayant de rendre les effets de souffle de l’étoile sur cette atmosphère d’hélium. Je ne peux que vous recommander de lire les articles que je partage en fin de ce message pour vous faire une meilleure idée du phénomène.

J’en ai aussi fait, comme les fois précédentes, une version science-fiction, que j’ai essayé de nourrir d’un peu de tendresse. Mais, comme pour le précédent article, c’est l’image la plus “sérieuse” qui a surtout été relayée par la presse. Dommage, on a bien besoin de merveilleux et de tendresse en ce moment 🙂Avec un grand merci à l’équipe de l’observatoire de l’Université de Genève pour sa confiance.

Quelques liens parmi les nombreux articles publiés sur cette découverte :

Universal music

C’est toujours un grand plaisir de voir que son travail nourrit d’autres créateurs, y compris en dehors de la Bande Dessinée. Là, je suis en train d’écouter à fond dans l’atelier un album inspiré par Universal War. Belle surprise et sacrées ambiances ! Bravo aux deux compositeurs de Visions Of Dystopia.

Je vous laisse découvrir à votre tour cet album, puisqu’il est en écoute libre sur Soundcloud :