Comment illustrer la question sociale ?

Ce n’est pas un secret, j’ai dessiné la petite Marianne écrasant par erreur les auteurs qui sert à la communication des États Généraux du Livre. Nous en avons eu l’idée pendant une des réunions préparatoires. Il fallait bien montrer que l’État nous avait déjà marché un peu dessus par inadvertance au moment de la hausse de la CSG, et que les réformes à venir pouvaient tourner au désastre si ce même État ne prenait pas la mesure de la précarité actuelle de la plupart des créateurs.

Rentré chez moi, j’ai réfléchi, il fallait que ce dessin soit à la fois très clair mais pas trop violent, afin de ne pas provoquer de rejet immédiat. C’est toujours très délicat de communiquer sur des problématiques sociales et professionnelles. Les auteurs ne veulent pas faire pleurer dans les chaumières, ils veulent juste pouvoir vivre de ce qui est pour beaucoup un travail à plein temps (et souvent plus). C’est pour ça que j’ai choisi de montrer une petite Marianne tout innocente, et de la traiter graphiquement tout aussi naïvement.

Je n’ai pas signé ce dessin pour ne pas perturber la communication avec une information visuelle en plus. J’ai aussi donné ce dessin au CPE pour qu’il en fasse ce qu’il faut comme il le veut dans le cadre de ces Etats Généraux du Livre.

Tout cela m’a pris un peu de temps, vous le devinez, alors j’espère que vous prendrez quelques petites minutes pour signer la pétition qui accompagne l’annonce de ces états généraux : https://www.change.org/p/pas-d-auteurs-pas-de-livres

Merci !

payetonauteur.com

Le site payetonauteur.com vient d’être lancé conjointement par La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse et le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) pour prolonger la solidarité de la campagne #PayeTonAuteur. C’est une très bonne nouvelle de voir les deux organisations d’auteurs se rapprocher ainsi pour mieux défendre les auteurs jeunesse et bande dessinée !

Paye ton auteur

Le salon Livre Paris se fait prier pour payer les auteurs en intervention. Et pas qu’un peu.

Ce sont les adhérents de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse qui avaient lancé l’alerte : cette année, le salon du livre ne voulait pas les rémunérer. C’était s’en prendre à un symbole, car La Charte a su obtenir depuis longtemps le paiement des interventions des auteurs et autrices jeunesse. Cette bonne pratique a même été imposée par le Centre National du Livre à tous les festivals qui touchent ses subventions.

Mais voilà, Livre Paris est un salon, c’est à dire une organisation à but lucratif, contrairement à un festival. Comme il ne touche pas de subventions du CNL, il s’est donc senti libre d’imposer la gratuité aux auteurs. Au mépris des usages, au mépris surtout du travail qu’il leur demande de fournir.

Détail plus que croustillant, c’est le SNE, le syndicat des éditeurs, qui organise ce salon, même s’il est délégué à un prestataire, Reed Expositions. C’est donc, très symboliquement, le syndicat des éditeurs qui affiche par ce biais qu’un auteur ça ne se rémunère pas.

Aujourd’hui, suite à une première bronca des auteurs de La Charte, Livre Paris a accepté de payer… enfin, pas exactement toute le monde… enfin, c’est compliqué, vous comprenez…

Chers éditeurs, il serait peut-être temps d’appeler vos élus au SNE pour râler, non ? Acceptez-vous vraiment, que le seul salon organisé par votre syndicat affiche aussi ostensiblement son mépris des auteurs ?

#PayeTonAuteur

Le marché de la BD se porte bien, pas les auteurs

Un papier de l’AFP La bande dessinée, secteur en plein essor, repris par de très nombreux sites de la grande presse, a énervé pas mal d’auteurs la semaine dernière. Nous avions été nombreux à faire remarquer qu’on ne pouvait pas se contenter du seul discours du SNE, syndicat des éditeurs, et que la situation des créateurs de BD était loin d’être triomphale, elle. Notre énervement sur les réseaux sociaux n’est pas passé inaperçu. Merci à Francis Forget de Culturebox / France Télévision d’avoir pris le sujet en main et d’avoir donné la parole aux auteurs.

Entretien avec André Schiffrin

La Fabrique venait de publier ‘L’édition sans éditeurs’ lorsque j’ai entendu la première fois André Schiffrin parler en public pendant un Autarcic Comix à Bruxelles. Je m’étais jeter sur l’ouvrage. Dès 1999, en se basant sur son expérience au USA, André Schiffrin y prédisait ce qui allait se passer en France dans la décennie suivante. Suivirent les tout autant passionnants ‘Le contrôle de la parole’ et ‘L’argent et les mots’.

du9 publie la transcription d’une table ronde avec William Henne et Xavier Guilbert de 2011, qui, comme toujours avec André Schiffrin, mais aussi Xavier, semble parler de ce que nous vivons précisément aujourd’hui. Passionnant !

La BD, un secteur en plein essor ?

LA BD VA SUPER BIEN ! SI ! Car ce qui est bien avec l’Agence France-Presse, c’est que ses articles sont repris partout. Donc, c’est officiel “la bande dessinée est un secteur en plein essor” puisque Libération, Le Figaro, L’Express, Le Point et consorts le disent tous en même temps…

Bon, bien sûr, l’AFP n’a interrogé que les gros éditeurs. Mais pourquoi aurait-elle demandé leur avis aux auteurs, par exemple ? Non, non, ces auteurs ne sont définitivement bons qu’à faire des livres et qu’à se précariser dans leur coin en silence…

Bref merci l’AFP. Vous devriez aussi faire un article sur la presse qui va super bien, en n’interrogeant que les patrons des groupes et surtout aucun journaliste…

[EDIT] Le texte de l’article, qui a disparu du site de l’AFP depuis :

La bande dessinée, secteur en plein essor

Dans un marché de l’édition morose, le secteur de la bande dessinée affiche une forme éclatante avec une croissance de 20% de son chiffre d’affaires au cours des dix dernières années, selon un rapport du Syndicat national de l’édition (SNE) divulgué mardi. Le signe le plus visible de ce dynamisme est la sortie jeudi, à un total de 5 millions d’exemplaires (dont 2 millions en français), du 37e album des aventures d’Astérix, “Astérix et la Transitalique”.

Avant Astérix, il y a eu Titeuf dont le 15e album, publié fin août, a été tiré à 550.000 exemplaires ou encore Largo Winch (350.000 exemplaires), Le Chat (300.000), Corto Maltese (250.000). D’ici la fin de l’année d’autres “locomotives” sont attendues en librairie dont la suite du Chat du rabbin (100.000 exemplaires prévus), les Tuniques bleues (110.000), les Cahiers d’Esther (100.000), les Vieux fourneaux (200.000) et Lou! (320.000). Aujourd’hui, 8,4 millions de Français achètent de la BD, soit 15,5% de la population âgée de plus de 10 ans, indique le rapport du SNE. Le secteur de la BD se situe au 3e rang de l’édition française (derrière la littérature générale et l’édition jeunesse) avec 14% de parts de marché.

L’étude du SNE montre également que l’acheteur de BD est relativement jeune (41 ans en moyenne contre 44 ans pour un acheteur de littérature générale), féminin (53% des acheteurs de BD sont des femmes) et appartient plutôt aux catégories socio-professionnels supérieures. Si la BD franco-belge (Astérix, Lucky Luke, Corto Maltese…) attire encore le plus grand nombre d’acheteurs (près de 7 millions), l’étude relève que l’achat de mangas (environ 5 millions d’acheteurs) se renforce régulièrement.

Lire ou élire ?

En un an le marché du livre s’effondre de 9%

Le livre va mal. Après une relative stabilisation du marché entre 2015 et 2016, l’année écoulée est de mauvaise augure pour le secteur.

Le marché du livre a accusé une baisse de 9% en euros courants et de 9,3% en volume, tous circuits confondus, par rapport à avril 2016, selon l’étude menée par Livres Hebdo avec l’institut I+C. […]

Lire la suite surculturebox.francetvinfo.fr

Dans le milieu du livre, les années électorales ont la réputation d’être mauvaises pour la librairie. Des lecteurs moins attentifs, plus angoissés par l’avenir, trop occupés à discuter pour lire, les explications étaient multiples.

Mais, aujourd’hui, force est de constater que de plus en plus d’éditeurs retardent la sortie des livres sur lesquels il y a des enjeux économiques, préférant en tirer tout le profit possible un peu plus tard. Cette année, beaucoup de libraires disent ouvertement s’être retrouvés en manque de nouveautés importantes, et ce depuis des mois. On sait que cela durera jusqu’à la fin de la séquence électorale, donc jusqu’à la rentrée littéraire, qui elle va se retrouver probablement saturée de ces nouveautés à enjeux commerciaux, qui vont donc se marcher les unes sur les autres…

Il y avait sans doute un phénomène année électorale en librairie, mais la trouille et les tactiques à court terme de trop d’éditeurs va-t-elle finir par transformer, tous les cinq ans, cette difficulté en vraie catastrophe ?

Ego comme x

Le premier numéro d’Ego comme X en 1994

Je viens d’apprendre qu’Ego comme x ferme ses portes. Quelle tristesse.

Ego comme x fait partie de la poignée de maisons d’édition qui ont marqué la Bande Dessinée dans les années 90. Créée à Angoulême par Fabrice Neaud, Xavier Mussat et Loïc Néhou autour de la revue éponyme, elle est principalement connue pour avoir quasi inventé l’autobiographie en bande dessinée. Pendant 23 ans, Ego comme x n’a été que pertinence et exigence, se renouvelant sans cesse sans jamais tomber dans les modes ni les facilités. Depuis 10 ans, elle s’était ouverte à la littérature avec la même sagacité. Cette tenue dans le temps, on la devait à Loïc Néhou et à son sens du sacerdoce.

J’habitais à Angoulême au milieu des années 90, et j’ai bien connu les débuts de cette aventure. Je trouvais la revue excellente, j’ai cherché à les rencontrer, et ses trois fondateurs sont devenus des amis. Au delà de cette amitié, je garde le plus grand respect pour tout ce qu’ils ont créé. Je savais les difficultés de Loïc, il s’en était ouvert à moi. Oublié par les financiers culturels locaux, en particulier le CRL Poitou-Charentes et Magelis, il n’arrivait même plus à se verser un salaire depuis cinq ans. Il jette donc finalement l’éponge. Et Angoulême perd sa plus ancienne et prestigieuse maison d’édition.

Comment est-ce possible dans cette ville, ce département et cette région ou tant de politiques et décideurs revendiquent leur action pour la Bande Dessinée ? On ne parle pas de millions de subvention, mais de quoi financer une petite structure construite pour être la plus économe possible. Heureusement que tous ces acteurs locaux sont censés défendre la Culture. Comment mieux qu’avec Ego comme X pouvaient-ils le faire ? Franchement, c’est lamentable.

Je te fais une grosse bise, Loïc.

Un album sans droits d’auteur

Quand je disais il y a quelques jours que « un des plus gros éditeurs de France va publier un album sans payer un seul centime de droits d’auteur » c’est de Pepper & Carrot que je parlais. Bon papier de Xavier Guilbert qui pointe bien la zone de conflit.

Avouons-le : après un été sans histoire, on se préparait à une rentrée qui ne l’était pas moins. Sauf que. Le 30 août, soit juste avant la reprise du chemin de l’école, Calimaq (aka Lionel Maurel, « juriste & bibliothécaire » comme il l’indique sur son site) décide d’attirer l’attention sur Pepper & Carrot, projet atypique s’il en est. L’info était passée inaperçue en juillet — magie des réseaux sociaux, la voilà qui se répand comme une traînée de poudre en septembre.

Commençons par résumer les faits, le plus simplement possible :
En mai 2014, David Revoy (auteur français de son état) publie sur son site le premier épisode de son webcomic, Pepper & Carrot. Cet épisode, ainsi que les 17 autres parus à ce jour, est réalisé uniquement à l’aide de logiciels libres, et proposé gratuitement sous licence « Creative Commons Attribution » (aussi appelée, pour aller vite, « CC-BY »). La seule rémunération de l’auteur pour cette oeuvre provient du mécénat, par le biais des sites Patreon (pour les utilisateurs de dollars) et Tippee (pour ceux qui sont en euros) […]Lire la suitewww.du9.org

Adieu au Préambule

Malgré les efforts de tous, la librairie de Bayeux, Le Préambule, va hélas fermer ses portes. Valérie et moi souhaitons chance et bonheur à Patricia, Maryline et Charles pour leurs vies prochaines.

En octobre, c’est deux jeunes qui tenteront l’aventure folle de faire et aimer et de vendre des livres dans les mêmes murs. Bonne chance à eux aussi !