C’est donc possible : Le Québec renforce très sérieusement le statut des artistes-auteurs

On aimerait lire un jour dans la presse française ce qu’on lit dans celle du Québec aujourd’hui :

Jour « historique » pour le milieu de la culture : après des années d’attente, la réforme du statut de l’artiste a finalement et été adoptée à l’unanimité vendredi à l’Assemblée nationale »

Les auteurs pourront négocier des conventions collectives. […]

Le Tribunal administratif du travail a plus de pouvoirs […]

La nouvelle loi sur le statut de l’artiste offre des dispositions supplémentaires aux artistes en cas de harcèlement psychologique au travail. […]

La ministre Roy s’est félicitée de contribuer à l’amélioration des conditions de travail des artistes. « Le Québec peut maintenant s’enorgueillir d’avoir une nouvelle loi équilibrée, qui permet aux artistes québécois d’avoir accès à de meilleures conditions de travail et d’exercer leur art dans un environnement sain et sécuritaire, et plus largement, de contribuer au plein développement de l’ensemble du milieu culturel québécois » […]

www.ledevoir.com

Peu de temps après sa création, la Ligue des auteurs professionnels avait rencontré l’UNEQ, L’union des écrivains et écrivaines québécois, et avait été impressionnée des avancées en cours chez nos cousins d’outre-atlantique (voir : ligue.auteurs.pro). La loi que vient de voter le parlement québécois répond en partie à ce que la Ligue porte depuis ses origines : s’il était essentiel de protéger les œuvres par le droit d’auteur, il est maintenant urgent de protéger aussi les travailleurs et travailleuses que sont les artistes-auteurs. Cette réflexion avait fortement influencé la mission Bruno Racine, mais on sait, hélas, comment la plupart des propositions de son rapport final ont été depuis enterrées.

Cher Ministère de la Culture, il va bien falloir que tu admettes que ce que proposait le rapport Bruno Racine n’avait rien de fantaisiste. Combien de temps vas-tu continuer à faire comme s’il n’y avait pas un énorme problème de statut des artistes-auteurs ? Combien de fois va-t-on devoir te le redire ? Combien de temps vas-tu mettre à enfin légiférer pour renforcer sérieusement la protection des travailleurs et travailleuses que sont ces artistes-auteurs ? Combien de temps vas-tu mettre à comprendre la leçon que le Québec donne aujourd’hui à la France ?

« C’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle époque qui commence pour les autrices et les auteurs québécois », affirme Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ. « Après de longues années d’attente et de travail, après une mobilisation exceptionnelle de ses membres, notre Union est fière d’avoir démontré au gouvernement du Québec l’absolue nécessité d’offrir un statut d’artiste à part entière aux écrivaines et aux écrivains. »

ww.uneq.qc.ca

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Panser le droit d’auteur

S’il y a une certitude que j’ai acquise en travaillant sur la question du droit d’auteur ces dernières années, c’est que ceux qui disent « le droit d’auteur protège les auteurs » sont déconnectés de la réalité. Ils ignorent que le droit d’auteur protège, aujourd’hui, surtout ceux qui arrivent à prendre le contrôle de l’exploitation de l’œuvre d’un auteur. Et donc à en capter les profits.

Ce n’est pas pour rien que les producteurs et les éditeurs sont toujours en première ligne pour défendre le droit d’auteur en Europe. C’est parce qu’il leur est très favorable. Si le droit d’auteur protégeait les auteurs des abus comme le droit du travail protège les salariés des abus du patron, le droit d’auteur ne serait pas autant défendu par toute l’industrie culturelle. Les producteurs et les éditeurs se battraient même contre lui à chaque occasion.

Le droit d’auteur a donc, à mon avis, été détourné de sa fonction initiale : protéger l’auteur. Ce constat, il est vraiment temps que les juristes, les spécialistes de la propriété intellectuelle et le législateur le comprenne. J’espère bien que Panser le droit d’auteur aidera à y parvenir.

Lancement de Panser le droit d’auteur

C’est aujourd’hui que nous annonçons la naissance de Panser le droit d’auteur.

Il s’agit d’un espace d’échanges, dont la raison d’être est d’attirer l’attention sur les pratiques abusives dont sont victimes les artistes-autrices et auteurs.

Il s’agit aussi de faire évoluer la connaissance du droit des auteurs, aujourd’hui centré sur le droit d’auteur, vers une meilleure compréhension de tous les droits des artistes-autrices et auteurs (civil, fiscal, social etc.).

Cet espace est destiné à la publication de contributions par des professionnels du droit et des artistes-autrices et auteurs, désireux de mettre en lumière des problématiques qu’ils rencontrent, entretenues par les insuffisances du droit applicable, notamment les usages, ainsi que par l’écosystème de la création (politiques publiques, rôle des différentes directions du ministère de la culture, organismes de gestion collective, syndicats d’exploitants, organisations d’auteurs, etc.).

Son objectif est de permettre à tout professionnel du monde de la culture et du droit, ainsi qu’à tout décideur public ou parlementaire, d’appréhender la réalité des difficultés rencontrées par les artistes-autrices et auteurs, et la fréquente inadéquation entre les différentes branches du droit qui leurs sont applicables.

Il part d’un constat partagé par de nombreuses autrices et auteurs, ainsi que par des professionnels du droit, qui constatent un décalage entre l’approche théorique du droit d’auteur, censée être favorable aux auteurs, et son approche pratique qui contourne cette vocation initiale.

Pour en savoir plus : www.panserledroitdauteur.org

www.facebook.com

L’atelier des années 90

Hier, j’ai publié cette photo sur les réseaux sociaux commentée d’un « Retrouvailles de l’atelier des années 90. De gauche à droite, Xavier Dorison, Alex Alice, Denis Bajram et Mathieu Lauffray ». Beaucoup de lecteurs ont eu l’air de découvrir à ce moment les liens qui nous unissent tous les quatre. C’est vrai que nous nous étalons rarement sur nos parcours, préférant laisser parler nos livres. Alors, ouvrons la boîte à souvenirs.

En 1990, après une année de maths à Jussieu puis deux ans aux Beaux-Arts de Caen, j’ai eu la chance d’être admis dans la prestigieuse École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris. J’y ai rencontré plein d’autres étudiants et étudiantes, plus doués les uns que les autres. Mais la rencontre la plus marquante fut celle d’un certain… Mathieu Lauffray. Ce fut particulièrement pendant les cours de « morphostructure » (manière compliquée de dire géométrie) que nous avons commencé à discuter, en particulier de BD et de comics dont nous étions fans tous les deux. Un jour, en sortant des cours, je l’ai donc suivi à son petit appartement, au pied de la montagne Sainte Geneviève où se situait l’école, et donc en plein quartier des libraires BD.

De proche en proche, j’ai fini par venir de plus en plus souvent pour squatter le second bureau du petit atelier qui occupait la moitié des lieux. On a beaucoup échangé, lui m’initiant aux arcanes de l’illustration ou de l’encrage, moi lui faisant découvrir en échange les subtilités de la narration graphique propre à la Bande Dessinée. Si nous avions tous les deux déjà beaucoup travaillé nos pratiques artistiques, nous l’avions fait dans des axes très différents, et nous avions donc énormément à nous apprendre l’un à l’autre. Finalement, au milieu des années 90, Mathieu signa chez les encore jeunes éditions Delcourt pour son premier album, Le Serment de l’Ambre et je ne tardais pas à le suivre avec Cryozone.

D’autres dessinateurs passaient à l’atelier, les amis de Mathieu bien sûr comme Marc Botta, François Baranger, Nicolas Bouvier aka Sparth… J’y amenais aussi les miens. En parallèle de mes études, j’avais animé des fanzines de BD et participé à l’organisation de festivals. C’est dans le cadre de celui des grandes écoles que j’avais rencontré Xavier Dorison, étudiant en école de commerce qui voulait devenir scénariste. Il m’avait à son tour présenté son comparse dessinateur, Alex Alice, avec lequel ils essayaient de monter un projet BD, très original à l’époque, nommé Le Troisième testament. de la « catholic-fantasy » comme il était amusant de le résumer. Très vite, les présentations avec Mathieu furent faites, et très vite aussi toute la bande s’entendit au mieux.

Mais, après avoir bien gagné ma vie comme graphiste chez Hachette, je me retrouvais jeune auteur de BD sans le sou. N’arrivant plus à me payer un loyer parisien, je dû partir à Angoulême en 1995. La place libérée, Alex travailla ses pages chez Mathieu. Mais il passa aussi du temps chez moi à Angoulême pour s’initier à la narration et à la mise en page. Et enfin, Xavier et lui signèrent Le Troisième Testament chez Glénat.

Mathieu, me voyant dépérir à Angoulême, profita d’un projet de nouvel atelier pour me rapatrier dans son ancien appartement parisien (encore mille mercis, Mathieu, tu m’as sauvé la vie ce jour-là !). En effet, sa nouvelle habitation avait été choisie beaucoup plus vaste pour pouvoir accueillir un très grand lieu de travail collectif.

C’est dans une petite cour de la rue Saint-Denis que la magie allait de nouveau fonctionner. En plus de Mathieu, d’Alex, de Xavier (qui nous rendait visite en sortant de son boulot) et de votre serviteur, les principaux habitués furent Christian Mattiucci ami graphiste rencontré aux Arts déco, Patrick Pion, que j’avais connu à Angoulême, Robin Recht, sans oublier tous ceux passèrent nous voir là-bas plus ou moins fréquemment…

Ce vendredi, profitant de mon passage au festival du Livre de Paris, nous avons réuni le noyau dur historique de l’atelier des années 90. Franchement, quel plaisir de se retrouver ainsi au soleil pour un long repas en terrasse avec Mathieu, Alex et Xavier. Et, pour une fois, on n’allait pas oublier de faire une photo.

En la publiant sur les réseaux sociaux, j’ai bien vu que beaucoup y voyaient une magnifique « dream team » de la BD. C’est vrai que nous avons tous les quatre eu la chance énorme de connaître le succès, parfois même en travaillant les uns avec les autres. Mais ce qui compte pour moi, c’est l’amitié qui nous réunit tous les quatre. Elle est riche d’être à la fois humaine et artistique. Et elle est riche de durer depuis trois décennies. Que ce soit dit, je vous aime, les copains !

 

 

 

Nous n’irons plus en festival

Valérie et moi sommes toujours franchement malades du COVID, onze jours après être rentrés du festival d’Angoulême. Grosse toux permanente, nez transformé en rivière, fatigue continue… le tout bien confirmé par deux nouveaux tests positifs avant-hier. Ce n’est pas qu’un gros rhume, ni même qu’une bonne grippe, c’est bien plus pénible, et nous commençons à être sévèrement fatigués. Bref, nous payons bien cher la levée prématurée des règles sanitaires.

Nous serons donc très probablement absents ce week-end au festival d’Hérouville-Saint-Clair, afin de ne contaminer personne. Même si le test de vendredi se montrait négatif, nous ne voyons pas trop comment nous serions en état physique d’ici là. Car si c’est pour tousser toutes les minutes dans son masque, ça va vite être intenable. Dommage, on ne verra pas tous les copains, la team Goldorak, l’Atelier virtuel… Nous sommes aussi bien sûr désolés pour nos lecteurs comme pour les organisateurs.

Pour la suite, il est assez probable que nous allons refuser de nous rendre en festival tant que la pandémie battra son plein et tant que des mesures sanitaires bien plus sévères ne seront pas appliquées par l’État ou par les organisateurs d’événements. En effet, on le sait maintenant, les variants actuels du COVID peuvent recontaminer n’importe qui quelques semaines seulement après avoir été malade ou vacciné. Même si nous ne sommes pas les pires victimes (il y a toujours plus de cent morts par jour), nous ne sommes pas prêts à revivre ce que nous traversons en ce moment. Sans parler du risque de refiler cette ***** à d’autres.

Nous étions trop K.O. cette semaine pour participer à la rédaction de ce message de la Ligue des auteurs professionnels sur le sujet, reproduit en bas de cet article. Nous sommes évidemment tout à fait d’accord avec ses recommandations mais nous irons personnellement sans doute plus loin, en tout cas tant que le virus circulera avec une telle intensité : si le festival ou la librairie n’impose pas le port strict du masque, ce sera sans nous.

Voilà, espérons que nous vous donnerons de meilleures nouvelles de notre santé bientôt. Surtout, bon courage à tous dans cette sixième vague. Surtout, protégez-vous : le COVID-19 n’est pas toujours qu’un rhume ou qu’une grippette.

Covid 19 : le monde du livre face à ses responsabilités

Communiqué de presse de la Ligue des auteurs professionnels

Depuis le 14 mars 2022, le port du masque n’est plus obligatoire en intérieur sauf dans les transports collectifs de voyageurs et les établissements de santé. Une décision gouvernementale qui n’est pas sans conséquence sur les lieux culturels et lieux de rencontre, à l’image des festivals et salons littéraires. En effet, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui se tenait du 17 au 20 mars a subi de plein fouet les conséquences de cet assouplissement des mesures sanitaires, avec la création d’un cluster qui a touché de nombreux auteurs et autrices et de nombreux festivaliers et festivalières. Une « édition sans masques ni pass sanitaire » (ndlr : l’affiche officielle du FIBD) qui a eu de graves conséquences sur les participants de ce festival.

Malgré ce relâchement des pouvoirs publics concernant les gestes barrières, il est utile de rappeler que les contaminations au Covid 19 continuent de progresser en France, avec plus de 127 000 nouveaux cas par jour enregistrés en moyenne sur 7 jours. Le 27 mars, on comptabilisait 110 000 nouveaux cas supplémentaires en 24 heures. Les personnes les plus fragiles, personnes âgées, malades chroniques, avec des comorbidités sont une fois de plus mises en danger par cette remontée épidémique. Également, les effets du « Covid long » commencent à peine à être quantifiés et ont de graves conséquences sur l’ensemble des malades.

C’est dans ce contexte que la Ligue des Auteurs Professionnels incite les organisateurs de festivals et salons littéraires à prendre des mesures pour protéger les participants à leurs événements, et encourage d’autant plus les auteurs et autrices à redoubler de vigilance. Il est essentiel que chacun mesure les conséquences de son comportement individuel sur le collectif.

Pour les festivals et salons littéraires, nous encourageons la mise en place d’un protocole renforcé :

  • Incitation au port du masque envers tous les festivaliers ;
  • Distribution gratuite de masques FFP2 ;
  • Protocole fiable d’aération des espaces tout au long de la journée ;
  • Communication responsable autour des gestes barrières ;
  • Gel hydroalcoolique à disposition ;
  • Protection des personnes à risques.

Pour les auteurs et autrices, nous invitons à la responsabilité individuelle :

  • Test antigénique ou PCR effectué avant le départ ;
  • Port du masque lors des dédicaces et des interventions ;
  • Eviter les rassemblements lors des moments de restauration en intérieur ;
  • Eviter les contacts physiques.

Tous ensemble, nous pouvons limiter les risques et éviter la formation de nouveaux clusters dans les événements culturels, salons et festivals, si importants pour nos professions !https://ligue.auteurs.pro/


Mise à jour

Dans la droite ligne de cette note de blog, j’ai signé la tribune « Rencontres culturelles : non aux clusters » : actualitte.com

Les coloristes existent, il serait temps de s’en apercevoir

Excellente intervention de Yoann Guillo, auteur des couleurs de notre Goldorak, au sujet de la place des coloristes dans la bande dessinée. C’est en fait un retour d’expérience, puisque nous, les cinq co-auteurs, avons tenu dès le début de la promotion de notre album à mettre en avant le travail de la couleur. Il est temps que les coloristes et leur art aient la visibilité qu’ils méritent !

Je viens de lire la récente actualité d’Isabelle Merlet sur son mur FB et les nombreux commentaires qui en découlent. Pour la faire courte, cela tourne autour d’un coup de gueule à propos de l’invisibilisation des coloristes, dans certaines maisons d’éditions, sur certains sites, par certaines personnes…
Le coup de gueule d’Isabelle est motivé par le fait que n’étant pas créditée comme il se doit, on fini par attribuer son travail à quelqu’un d’autre, pour la énième fois…
Ça pourrait paraître capricieux qu’une coloriste se plaigne que son nom ne soit pas quelque part, c’est vrai quoi, il y a plein de professions où ce n’est pas le cas, pourquoi ça serait un problème là ?

Eh bien parce-que la couleur prend une part entière dans la manière dont l’ouvrage sera perçu par le lecteur. Le talent ou les univers graphiques de certains coloristes sont tels, qu’il est impossible de les interchanger sans que cela ait un impact sur le ressenti du lecteur.
Pour citer Isabelle, la couleur est à la BD ce que la musique est au cinéma. Vous comprendrez très bien l’histoire sans la musique, mais elle peut transformer votre film en navet ou en chef d’œuvre.

Au-delà de l’aspect artistique, il y a une seconde raison pour laquelle la quasi-totalité de nos BD sont en couleurs : c’est que la couleur fait vendre.
Alors oui, on pourrait discuter longtemps pour savoir si le coloriste doit ou ne doit pas avoir son nom en couverture, doit ou ne doit pas être considéré comme auteur.
Le problème n’est pas vraiment là.

Le problème est que de par leur invisibilité médiatique, les coloristes sont souvent considérés comme la cinquième roue du carrosse dans leur propre milieu professionnel.
Et ils en voient des vertes et des pas mûres : travail sans contrat, tarifs dégueulasses, délais absurdes, mépris de classe d’une partie de la profession, relations de travail infantilisantes, débarquements brutaux des projets, modifications de plannings multiples, “des délais trop court pour finir l’album ? rassure-toi coloriste, on va prendre un second coloriste”, re-colorisation de vieux albums pour récupérer les éventuels droits d’auteurs, et j’en passe.
J’ai une pensée pour Bruno Tatti, coloriste aux ambiances magnifiques, dont le nom a récemment été oublié de l’un de ses albums…

Avec Goldorak, j’ai eu la chance de travailler avec des amis qui ont la même vision que moi sur la situation des auteurs, et en particulier des coloristes et du rôle de la couleur, ainsi qu’ avec Kana, une maison d’édition qui a accepté de jouer le jeu, à savoir : un coloriste peut aussi être un auteur à part entière. Ce qui implique d’avoir son nom sur la couverture, un contrat d’auteur avec une part des droits non rétrocédés, et d’être complètement intégré au processus créatif et éditorial.

Dès le début sur Goldorak, une part belle a été donnée à la couleur. Elle a été mentionnée sur plusieurs pages de la plaquette pédagogique “Dans l’atelier” (une trentaine de pages) que Kana a fourni aux libraires et aux journalistes quelques mois avant la sortie de l’album.

Cette politique à l’intention du travail de la couleur a eu un résultat des plus impressionnants : de très nombreuses interviews (une trentaine peut-être, dont plusieurs passages télé) ont eu une ou plusieurs questions sur la couleur. J’ai même eu l’occasion de faire deux directs télévisés sur la chaîne belge LN24, moi, un coloriste, et dans l’un deux la présentatrice Brigitte Weberman a même fait l’éloge des couleurs de l’album. La couleur est complimentée dans presque toutes les critiques, et il arrive que certaines me soient spécialement adressées, du jamais vu.
£L’énorme licence Goldorak nous a permis d’éclairer avec un gros projecteur le métier de coloriste, son importance, et l’intérêt qu’il peut susciter auprès du public.

Voilà, j’espère que mon message saura convaincre d’autres professionnels de la BD de ne plus considérer les coloristes comme une sorte de « mal nécessaire », mais comme un collaborateur de grande importance qu’il faut valoriser. Car ils participent grandement au succès de certains albums ; le grand public étant sensible à cet aspect graphique, qu’il s’en rende compte ou non.
Ah, et au passage, il faudrait aussi payer les coloristes correctement et les intéresser à la vente, car inciter quelqu’un qui va passer de nombreuses heures sur chacune de vos pages à considérer que le succès de l’album lui importe peu, me semble un bien mauvais calcul…

www.facebook.com

Grave pénurie de papier dans l’édition

La pénurie de papier et de carton est en train de faire du dégât dans l’édition. De plus en plus d’auteurs et autrices voient même la parution de leurs livres décalée à 2022, hélas. Pour les livres déjà parus, on ne saurait trop recommander aux libraires de sécuriser aujourd’hui leurs commandes pour Noël, car les réimpressions sont elles aussi menacées…

La pénurie de papier, un nouveau coup dur pour le monde de la BD

La pandémie n’a pas fini de perturber le secteur de la bande dessinée. Cette fois, c’est la production qui ne suit plus.

Suite aux confinements, de nombreux albums avaient vu leur sortie repoussée pour ne pas paraître durant la fermeture des librairies. Et l’autre conséquence inédite de la crise sanitaire, c’est la pénurie de matière première : le carton, le papier et même l’encre viennent à manquer.

Tous les lecteurs de bande dessinée qui se promènent sur les réseaux sociaux, et en librairies, en ont entendu parler. Les éditeurs s’excusent régulièrement de reports de parutions, malheureusement pour les lecteurs impatients… et aussi pour les auteurs […]

Lire la suite : www.bubblebd.com

 

Roselyne Bachelot se plaint… de sa propre inaction

« Quant au reste, régler les conflits qu’il y a entre les artistes-auteurs, je préfèrerais régler les conflits territoriaux en mer de Chine, ce serait plus simple pour moi. »

J’avoue que j’ai été consterné d’entendre notre actuelle Ministre de la Culture oser se plaindre en ces mots des désaccords entre les différentes organisations qui parlent aujourd’hui au nom des artistes-auteurs.

La solution à cette confusion est pourtant des plus simples : il suffit, comme le recommandait le rapport Bruno Racine il y a un an, d’organiser des élections professionnelles. Comme ça les artistes-auteurs décideront enfin eux-mêmes quelles orientations ils veulent pour l’avenir et qui va les représenter. Cette solution de l’élection professionnelle est évidemment la plus démocratique. C’est aussi celle qui prévaut pour quasiment tous les autres travailleurs. Mais madame Bachelot l’a balayée d’un revers de main, comme la plupart des grands changements proposés par la mission Racine, remplacés aujourd’hui par des mesurettes imparfaites et souvent inutiles

Bref, je trouve notre ministre de la Culture franchement gonflée de venir se plaindre du problème alors qu’elle a elle-même refusé la solution ! En fait, elle reproche aux autres sa propre inaction. Le courage politique se cantonnerait-il à tout oser dire pour se défausser ? Les artistes, auteurs et autrices précarisées apprécieront.

 

Pour en savoir plus, je vous recommande la lecture de la réponse de l’intersyndicale artistes-auteurs aux propos de la ministre de la Culture :

#créerestunmétier

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a lancé uen campagne à laquele participe la Ligue des auteurs professionnels : #créerestunmétier. Voici mon témoignage.

Depuis 27 ans, créer est un métier pour moi. Mais comme c’est un métier sans salaire ni revenu minimum ni code du travail, ça a été un métier qui m’a à peine nourri pendant de longues années. Et puis, j’ai eu la chance que mes bandes dessinée rencontrent le succès et je suis rentré dans le club très fermé des auteurs qui s’en sortent bien. Mais ça ne veut pas dire que mon métier est beaucoup plus encadré. Souvent, je consacre 90 heures par semaine au travail, surtout quand je suis au dessin. C’est le seul moyen que le résultat soit à peu près au niveau de mes aspirations…

Bref, créer est un métier très exigeant même quand tout se passe au mieux. Alors imaginez la difficulté pour la très grande majorité des créateurs et créatrices qui n’ont pas la chance d’avoir rencontré un vrai succès, mais dont le travail fait tout de même tourner toutes les industries et les commerces culturels !

Créer est un métier et il serait temps que les artistes-auteurs aient enfin un statut professionnel à la hauteur de leur travail.

Pour voir les autres témoignages :

#metoo dans l’édition

Mediapart vient de publier une longue enquête sur Stéphane Marsan, le patron des éditions Bragelonne. Entre remarques sexistes, mains aux fesses et menaces à peine voilées, c’est un portrait assez terrifiant que dressent les nombreux témoignages présentés par l’article.

Bref, c’est à vomir, et on se demande comment il a pu se comporter ainsi aussi longtemps sans avoir à en payer les conséquences. Au moins, maintenant, tout le monde sait.

Le jour ou Samantha Bailly démissionna

Je ne peux que relayer aujourd’hui le message de Samantha Bailly. En plus de 20 ans d’engagement associatif et syndical pour la cause des auteurs, c’est la militante la plus investie, solide et compétente avec qui j’ai pu travailler. Mais tout ce qu’elle et moi, et tant d’autres, avons tenté de changer en faveur des créateurs et créatrices depuis des années se fracasse aujourd’hui sur l’inconséquence des politiques et des pouvoirs publics.
Le message de Samantha :

Suite aux annonces de la ministre Roselyne Bachelot qui enterre les mesures du #RapportRacine, après 3 années intenses d’engagement pour mes pairs, je cesse tous mes mandats. Un tel mépris pour la parole des auteurs et autrices eux-mêmes et pour le dialogue social défie l’imagination.

Voilà désormais 3 ans que je suis engagée bénévolement au quotidien pour l’amélioration des conditions sociales de ma profession. Cela a commencé en 2017 au conseil d’administration de la La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse puis en 2018 à travers la fondation puis la consolidation de la Ligue des auteurs professionnels. J’ai présidé ces deux organisations professionnelles avec enthousiasme et travail acharné, épaulée constamment par des auteurs et autrices formidablement engagés et compétents. Je tiens ici à les remercier du fond du cœur : je n’aurais pas tenu une semaine sans la solidarité à toute épreuve de ceux et celles qui pensent constamment à l’intérêt collectif, à savoir : comprendre les clefs de cet écosystème complexe et agir avec fermeté pour améliorer la condition sociale de nos professions.

Car oui, il s’agit bien d’un combat. D’un combat syndical. Il nous aura fallu longtemps avant de prononcer le mot syndicat et d’en comprendre toute la signification, nous qui baignons dans l’univers du livre. Par sa représentation romantisée de l’acte de création, le monde de la culture tient méticuleusement à distance toute référence au travail pour les créateurs et créatrices. Et pourtant, sans ambiguïté, créer est aussi un travail. Le secteur de la culture emploie 670 000 personnes et pèse pour 2,3% du PIB français : cette richesse économique vient de créateurs et créatrices d’œuvres qui cotisent comme des professionnels et à qui l’on nie encore aujourd’hui des droits fondamentaux en matière de droits sociaux. Les raisons de ce déni ? Notre singularité de créateur et créatrice nous exclurait de facto de toutes les règles de droit commun quand il s’agit de protéger nos professions (mais étrangement, pas quand il s’agit de contribuer !). Cette singularité ferait de nous des individus à part, pour le pire socialement et non pas le meilleur. Cette singularité en viendrait à nier que nous sommes des citoyens et citoyennes français à part entière.

Je voulais vous écrire aujourd’hui pour une raison bien précise. Le jour où la Ligue des auteurs professionnels a franchi la porte d’entrée d’une salle du ministère de la culture, pour rencontrer la mission Racine, Denis Bajram et moi-même avions formulé une promesse à leur équipe. Si la mission Racine échouait, nous rendrions nos mandats. Non par défaitisme. Mais pour dire publiquement l’inaction des pouvoirs publics alors que ces derniers auraient, nous l’espérions, désormais toutes les cartes en main pour agir.

Le rapport Racine le démontrait brillamment : le cœur des enjeux est bien la reconnaissance d’une profession. Tant que cette profession sera niée, tant que le mot travail ne pourra pas être prononcé, alors nous continuerons à vivre le grand n’importe quoi que nous connaissons depuis des décennies – spoliation des droits à la retraite, dégradation des rémunérations, absence de minimums de rémunérations, absence d’élections professionnelles et d’une démocratie sociale, dialogue social entaché de conflits d’intérêts, accès aux prestations sociales plus que chaotique, etc.
Pour que rien ne change… il fallait enterrer les mesures Racine. C’est chose faite officiellement depuis les annonces de la ministre Roselyne Bachelot, qui a pris le parti de « reculer », comme l’indique Le Monde. Les pouvoirs publics ont une immense responsabilité dans la souffrance professionnelle des artistes-auteurs, par leur inaction qui est bien correspond à un manque criant de courage face à des lobbies très installés.

Je vous épargne le traditionnel bilan des actions de ces 3 dernières années : les rapports d’activité des organisations professionnelles jouent très bien ce rôle. Je quitte aussi le conseil d’administration du Centre National du Livre, où ne siègent pas des organisations professionnelles mais des « personnalités qualifiées ». Mon mandat arrive à sa fin, et comme répété mille fois aux pouvoirs publics : il faut que des organisations professionnelles siègent dans les instances concernant les artistes-auteurs, et non pas des personnes, aussi qualifiées ou compétentes soient-elles. Si la personnification importante a ses avantages dans le combat, notamment quand des créateurs et créatrices utilisent leur notoriété pour servir la cause, elle a ses limites. On l’a vu dans le cadre de l’affaire SGDL/ Joann Sfar : la violence de certaines institutions à l’encontre des auteurs et autrices eux-mêmes, des individus donc, a redoublé. Il est bien plus facile de cibler des individus engagés pour tenter de faire taire un mouvement. À ce titre, j’ai moi-même fait l’objet de nombreuses menaces et tentatives d’intimidations depuis le début de l’exercice de mon mandat – et je passe sur les attaques sexistes. Ce n’est pas acceptable. Nous avons besoin d’organisations professionnelles puissantes qui protègent des individus qui se retrouvent de facto en position de partie faible.

J’insiste sur l’importance de distinguer la défense du droit d’auteur de la défense de nos intérêts professionnels. Le droit d’auteur est fondamental, mais n’est ne correspond pas toujours à la défense des intérêts professionnels des auteurs. Le droit d’auteur, par essence, est un droit de propriété qui a en France la particularité de se transmettre aux exploitants des œuvres sans véritables garde-fou concrets pour que nous puissions en contrôler l’exploitation. Il est vital d’établir enfin des règles de représentativité conformes à une démocratie sociale, en cessant de confondre les organismes de gestion collective (sociétés privées sous tutelle du ministère de la Culture) et les syndicats. Comme il a été vital d’enfin faire comprendre que les intérêts des maisons d’édition sont parfois convergents avec ceux des auteurs et autrices, mais souvent divergents. Il y a peu de temps encore, on entendait dire que les auteurs et autrices étaient représentés par les maisons d’édition…

Rien ne change institutionnellement, et pourtant tout change dans nos mentalités. Car il existe bien désormais un mouvement inédit de solidarité entre artistes-auteurs. Une compréhension de plus en plus fine et accrue des enjeux et des points de blocage vers l’obtention de droits sociaux. Et surtout, une détermination à gagner en expertise. Car soyons clairs : les artistes-auteurs ont peu de moyens, en revanche ils auront toujours pour eux leur solidarité, leur créativité et leur capacité à saisir l’outil du droit pour se défendre.

C’est avec beaucoup d’émotion que je vois aujourd’hui la Ligue des auteurs professionnels, simple collectif il y a deux ans, mettre au vote sa transformation en puissant syndicat. Je quitte ma fonction de présidente avec espoir : l’espoir de voir tout ce travail collectif se consolider. La joie à ma petite échelle d’avoir contribué à ce combat collectif si essentiel pour l’avenir de nos professions plus malmenées que jamais. Mais j’éprouve aussi une tristesse profonde : celle de voir qu’aujourd’hui, l’argent du droit d’auteur, l’argent des auteurs donc, est utilisé dans un lobbying à l’encontre de leurs intérêts professionnels. Il y a un gouffre immense entre la représentation que l’on se fait des auteurs et autrices, et la réalité très concrète de leurs droits qui sont constamment bafoués. L’application des mesures du rapport Racine aurait pu changer la donne de façon inédite et historique, elle aurait pu avoir des effets très concrets sur la vie des créateurs et créatrices… Cette chance n’a pas été saisie par les pouvoirs publics. Le combat continue. Il est plus nécessaire que jamais dans cette période.

Samantha Bailly

En relisant les mots de Samantha, et en réfléchissant à la discussion que nous avons eu hier, je repense au long article que j’avais écrit il y a trois ans sur la catastrophe cuturelle que des décennies de mauvaises politiques envers les artistes-auteurs était en train de créer. J’avais nommé cet article Le jour ou la France s’arrêta. En voyant à quel point les espoirs qui avaient été ouverts par le rapport Racine ont finalement été douchés, je me dis que ce jour ou la France s’arrête, ça pourrait ressembler à aujourd’hui.

En conclusion, je ne peux que recommander aux auteurs et autrices du livre qui ne l’auraient déjà fait d’adhérer à la Ligue des auteurs professionnels :

Dessin de Sandrine Bonini