Le Blog

Juan Gimenez

Juan Gimenez vient de décéder du COVID-19 à l’âge de 76 ans.

Je me souviens très bien des premières fois où j’ai vu son travail. On était bien avant l’ère informatique et il était un des seuls qui savaient, à la peinture, faire les effets de lumières propres à la science-fiction. À commencer par les lasers.

C’est idiot comment on s’attache parfois à ce genre de détails dans un travail avant de remarquer tout le reste. Car l’art de Juan Gimenez n’était pas avare en talents et en morceaux de bravoure. Grâce à cette profusion, Il était un des rares à parfaitement réussir à combiner la SF d’aspect technologique et l’épique le plus baroque. En ça, il était le maître du space opera en BD. Je me suis souvent dit qu’il aurait été l’illustrateur parfait du Dune de Frank Herbert…

Je cherche un peu mes mots, pris par l’émotion. Vous l’aurez compris, c’est un monument de la bande dessinée de science-fiction qui vient de disparaitre.

Toutes mes condoléances les plus sincères aux siens.

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Albert Uderzo

J’apprends le décès d’Albert Uderzo. C’est un extraordinaire dessinateur qui vient de nous quitter. On ne l’imagine sans doute pas en voyant mes BD de science-fiction réaliste, mais J’ai toujours regardé de très près son travail. Albert Uderzo m’a donc beaucoup aidé à progresser, comme il a dû aider beaucoup d’autres dessinateurs et dessinatrices j’imagine. Hélas, je ne l’ai jamais croisé dans des circonstances un peu calmes. Je n’aurai donc jamais eu l’occasion de lui dire toute mon admiration, mais surtout de le remercier pour tout ce qu’il nous a offert.

Avec mes plus sincères condoléances aux siens.

En illustration, un dessin que j’avais posté sur les réseaux sociaux pour ses 90 ans.

 

Être responsables pour ne pas être coupables

Selon qu’on est désinvolte ou paranoïaque, l’actuel coronavirus passe pour une grippette ou pour une maladie mortelle… En fait, tout le monde a raison.

Le principal problème avec le COVID-19, c’est que pour les plus fragiles (mais pas que), il peut vite tourner au “syndrome respiratoire aigu”. Les poumons ne fonctionnent plus correctement et les gens n’arrivent plus à respirer. On peut s’en sortir en étant mis sous assistance respiratoire extra-corporelle dans un service de réanimation hospitalier : en gros, on met en place un circuit externe pour oxygéner directement votre sang.

Dans toutes les autres situations, c’est en effet une simple “grippette”. Mais si cette grippette circule librement, le nombre de cas aigus ne peut qu’augmenter. Et là est le second problème : il n’y a pas du tout assez d’équipements hospitaliers pour mettre en même temps des dizaines de milliers de patients sous assistance respiratoire extra-corporelle. Et c’est à ce moment que risque d’exploser la surmortalité…

Pour résumer, c’est une grippette, très contagieuse mais peu dangereuse. Mais comme elle est très contagieuse, il y a vite beaucoup de cas, et les cas graves ne peuvent plus être tous traités correctement par les hôpitaux. La grippette devient alors tristement mortelle.

Que faire alors ? Être très prudent, pour ralentir au maximum la pandémie. Moins il y aura de cas en même temps, plus les cas aigus auront de chance de s’en sortir.

Personnellement, je ne me sens pas vraiment menacé, mais je ne voudrais pas que quelqu’un de mon entourage meure parce que je lui ai fait la bise, parce que je ne me suis pas lavé les mains ou parce que j’ai voulu continuer à sortir comme si de rien n’était… Espérons que tout le monde comprendra que l’heure est venue de tous nous protéger les uns les autres.

 

PS : Cette réflexion vient après une longue discussion sur Skype avec des amis italiens enfermés chez eux, qui regrettent bien de ne pas avoir été, collectivement, plus prudents plus tôt.

 

Le mot « professionnel » fait toujours peur

Ce matin, je lis une tribune qui s’en prend au rapport Bruno Racine et à la Ligue des auteurs professionnels sous la plume du président de la SGDL. Voilà qui s’ajoute aux récents propos peu confraternels du SNAC. On comprend mieux les tensions qui ont poussé la Ligue à quitter le CPE.

Aujourd’hui, l’attaque porte sur la notion même de « professionnel ». Clairement, un gros mot.

Rappelons-le : la Ligue se bat pour que le plus d’artistes-auteurs possible aient accès à un solide statut professionnel. Étonnement, ce mot de « professionnel », certains nous le reprochent sans arrêt, depuis le début, comme s’il était excluant, comme s’ils avaient peur de ne pas en faire partie, de se retrouver classer dans une catégorie « amateur ». Rappelons bien de quoi nous parlons : de protection sociale, pas d’autre chose ! Pas de savoir qui fait bien ou mal ses livres ! Notre principal sujet est de mieux protéger les auteurs et autrices qui n’ont pas d’autres moyen d’avoir une protection sociale par ailleurs, parce qu’ils n’ont pas d’autre métier en fait. C’est exactement ce que nous disons dans le document que nous avons remis à la mission Bruno Racine, en proposant de mettre en place un « statut à points » qui permette, en multipliant les critères autres que les revenus, de rattraper le maximum de gens, bien en dessous des seuils actuels, et dans des pratiques bien plus ouvertes, dont l’auto-édition.

Bref, depuis des semaines, c’est l’attaque en règle contre la Ligue des auteurs professionnels, quitte à raconter n’importe quoi, quitte à tordre le bras à la réalité ou à nos propos. À les lire, on a l’impression qu’ils paniquent à l’idée qu’on change le statut des artistes-auteurs. Comme s’ils pensaient que la situation actuelle n’était pas si mal, qu’il n’y avait pas de gros problèmes, qu’il n’y avait pas d’urgence, qu’il n’y avait pas de crises grave pour les artistes-auteurs. De fait, si on évacue les immenses difficultés que rencontrent les auteurs et autrices professionnels aujourd’hui, en effet, la situation ne va pas si mal, on continue à publier des livres et ils continuent à être lus. Bref, en effet, continuons à laisser disparaître tous les professionnels, comme ça il n’y aura plus de problème.

La panique de tous ces gens est multipliée par le fait que, si les choses changent, en plus ce n’est pas du tout de leur fait. Car, oui, en un peu plus d’an d’existence, c’est la Ligue des auteurs professionnels qui a énormément fait bouger les choses. Elle est à la base de toute la séquence qui a amené au rapport Bruno Racine. Elle a longuement travaillé pour apporter une très riche contribution, là où ceux qui pleurent aujourd’hui ont fait les choses, disons, avec beaucoup moins de conviction. Notre faute est donc d’avoir osé faire bouger les choses et d’avoir travaillé pour cela ! Et trop vite, apparemment ! En effet, on nous reproche d’imposer un rythme fou, impossible à suivre. Sacrée Ligue, qui irait trop vite alors qu’elle n’est composée que d’auteurs et autrices bénévoles. Surtout, comment peut-on nous dire que nous allons trop vite ? Comment, ça, il n’y aurait pas d’urgence ? Bref, continuons à laisser disparaître tous les professionnels, comme ça il n’y aura plus d’urgence du tout.

On reproche enfin à la Ligue d’être récente, d’être bien jeune. C’est oublier qu’elle a en partie était fondée par des organisations plus anciennes, dont la Charte et ses 45 ans d’existence. C’est oublier, aussi que ces fondateurs sont des auteurs et autrices bénévoles engagés pour certains depuis 20 ans dans la défense et la représentation de leurs collègues. C’est surtout très maladroit : la Ligue a le bon goût, elle, de ne pas traiter les autres de vieillard ou d’impotent…

Tous ces gens ont fait leur possible pour que le rapport Bruno Racine soit enterré, ou ait le moins de conséquences possibles. Tous ces gens sont en particulier opposés à la création d’élections professionnelles. C’est pour ça qu’il faut s’en prendre à la notion de professionnel. Mais, et surtout, il ne faudrait surtout pas que les artistes auteurs puissent dire qui parlera en leur nom demain pour la gestion de leur statut social. À la Ligue, depuis le début, nous sommes pour cette démocratie professionnelle. Parce qu’il n’y a que les créateurs et créatrices pour savoir qui défend vraiment leurs intérêts réels, qui se bat pour régler leurs problèmes de tous les jours, qui leur offre un avenir. Bref, qui ne fait pas comme s’il n’y avait pas de graves problèmes, de vraies urgences, qui refuse que disparaissent tous les professionnels.

Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui veulent que rien ne change pour une chose : vos attaques sont tellement maladroites que vous êtes en train de faire une formidable publicité à la Ligue. Grâce à vous, les auteurs et autrices commencent à bien mieux voir qui est pour que rien ne change et qui est pour que notre statut se renforce enfin sérieusement !

Bref, auteurs, autrices, laissez tomber ceux qui vous disent que « professionnel » est un gros mot. Si vous voulez rester professionnel, ou le devenir, ou les soutenir, adhérez à la Ligue des auteurs professionnels !

Des neurones pour agrandir nos images

Ce matin, en utilisant Waifu2x, et je me suis dit qu’il pourrait rendre service à plus d’un ami, en particulier aux dessinateurs et dessinatrices.

À l’origine, Waifu2x était un outil qui permettait d’agrandir proprement des images issues de mangas et d’animes. Depuis, il a fait ses preuves sur tout type de dessins, d’images graphiques mais aussi de photos.

Au lieu de zoomer bêtement dans les pixels, avec le résultat imprécis et flou que l’on connait, Waifu2x recalcule l’image par le biais d’un réseau de neurones convolutifs. Cette branche de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle imite les processus biologiques, dans ce cas précis, ce qui se passe avec la vue dans un cerveau : filtrer, différencier, reconnaitre, apprendre, comprendre1 .

Le résultat est le plus souvent bluffant. Par exemple,  en repartant d’une photo très peu définie de Valérie et moi trouvée sur Internet :

 

Cliquez pour agrandir

 

J’ai évidemment aussi testé Waifu2x sur mes dessins. J’ai volontairement abimé mon fichier original, et la “restauration” est plus que correcte :

 

Animation des deux versions

 

Il y a plusieurs versions de cet outil disponibles, mais le plus simple, pour commencer, est d’utiliser le site web :

Notes

Pourquoi je me mets en retrait de l’action syndicale

Ce texte n’est vraiment pas facile à écrire. Mais, aujourd’hui, je n’ai d’autre choix que de me mettre en retrait de l’action syndicale.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, je suis depuis de nombreuses années très impliqué dans la défense collective des auteurs et autrices. C’est un long parcours, et une part importante de ma vie. J’ai été syndicaliste étudiant dès les années 90 aux Arts décos de Paris, puis j’ai participé à la création en 2000 de l’association des auteurs de BD, en 2007 du syndicat SNAC BD, en 2014 des États généraux de la Bande Dessinée et enfin en 2018 de la Ligue des auteurs professionnels. Chacune de ces organisations répondait aux nécessités du moment. Chacune m’a pris plus de temps que la précédente.

Ces dernières années, j’ai plus été syndicaliste qu’auteur de BD. Cela a mis en péril mon travail, cela a provoqué un report continu de la publication de nouveaux tomes d’Universal War comme de mes autres projets. Déjà parce que j’ai fini par passer un vrai plein temps sur les activités syndicales comme sur celles de lobbyiste en faveur des artistes-auteurs de la BD et aujourd’hui de l’ensemble du livre. Mais aussi parce que vivre avec tous les témoignages et les problèmes des créateurs et créatrices est quelque chose d’extrêmement difficile à supporter si on a un minimum d’empathie.

Ne plus écrire et dessiner est un enfer pour moi. Je n’ai pas choisi ce métier pour passer mon temps à lire les projets de loi de finance de la Sécurité Sociale ou à écrire des synthèses en langage administratif. Je n’ai pas choisi ce métier pour que mon mur Facebook ne soit quasiment plus qu’un fil d’information syndical.

Ne pas publier de livre a évidemment eu des conséquences réelles sur mes revenus : je gagne aujourd’hui deux fois moins qu’il y a quelques années. Sans Universal War qui se vend toujours bien et la « rente » du projet de film, il m’aurait été impossible de continuer ainsi. Je précise que je n’ai jamais touché la moindre indemnité et que j’ai juste accepté le remboursement de mes billets de trains pour aller en réunion.

M’exposer sur le terrain syndical a eu aussi des conséquences fortes sur mon moral. Déjà, ce n’est pas simple de porter au quotidien le malheur des collègues, comme je le disais plus haut. Mais s’y ajoutent les nombreuses discussions tendues qu’on a en permanence, ainsi que les mails et les coups de téléphones très agressifs de tous ceux qui semblent penser que rien ne doit changer dans la chaîne du livre.

Tout cela est épuisant. Toute cela se traduit en fatigue, en nervosité, et en problèmes de santé divers. Tout cela doit pourtant être caché en public. Il faut, chaque jour, faire semblant que tout va bien, qu’on avance, qu’on va gagner. Il faut chaque jour reprendre la pédagogie avec tout le monde, avec la même patience et avec la même conviction.

Il aurait sans doute fallu que j’arrête il y a plus d’un an, vu les signaux d’alerte que me donnait mon corps. Rien de très grave, mais l’estomac, les dents, les douleurs, tout m’alertait sur mon épuisement. Cela fait donc plus d’un an que je continue de foncer alors que je suis en « burn out ». Pourquoi ai-je malgré tout continué ? Hélas, nous sommes très peu aujourd’hui à maitriser, ou au moins comprendre, l‘ensemble des dossiers qui concernent les auteurs : droit d’auteur, social, fiscalité, sociologie de la création, connaissance de terrain des auteurs, connaissance interne de l’édition, de la librairie, des institutions… sans parler de la nécessité d’avoir un vaste réseau de relations parmi les auteurs, mais aussi les politiques, les organisations diverses, les maisons d’éditions… M’arrêter en plein milieu du chemin, c’était risquer de gâcher tout cela. C’était d’autant plus impossible vu le peu que nous sommes à pouvoir gérer tous ces dossiers. C’était donc inenvisageable et je ne l’ai même pas envisagé. La solution aurait pu être de confier une partie du travail à d’autres, même s’il n’est pas simple de trouver des remplaçants. Mais, hélas, j’ai appris depuis longtemps, que quand on laisse un bras dans les rouages, on finit toujours par se refaire happer entièrement.

Aujourd’hui, j’ai donc pris la décision de stopper quasiment tous mes engagements. Principalement parce que je ne suis plus en état de continuer. Mais aussi, je ne vais pas vous le cacher, à cause du comportement de quelques rares auteurs et autrices. En effet, certains ont l’air de considérer que leurs représentants sont des sacs de sables qu’ils peuvent boxer sans qu’ils ne cèdent jamais. Ajoutez-y quelques couteaux dans le dos de la part de confrères et consœurs que je pensais être des amis, et vous avez les gouttes d’eau qui ont fait déborder un vase déjà bien trop rempli. Je ne dis surtout pas ça pour que les auteurs cherchent des coupables dans leurs rangs. C’est plutôt un avertissement à tous : par pitié, épargnez vos représentants. Hélas, oui, nous ne sommes pas parfaits. Hélas, oui, nous faisons parfois des choix que vous ne comprenez pas ou que nous n’avons pas le temps d’expliquer assez. Hélas, oui, nous faisons aussi inévitablement des erreurs, malgré notre attention permanente à respecter les attentes de tous les auteurs et autrices. Mais n’oubliez jamais que nous sommes très peu, et que si nous affichons force et conviction en public pour défendre nos causes, nous ne sommes pas des colosses indestructibles, bien au contraire.

Je peux stopper aujourd’hui mon investissement sans culpabiliser totalement pour une raison : nous sommes arrivés à la fin d’un cycle, et au début d’un nouveau. Le rapport Bruno Racine est la conclusion du cycle de réflexion sur la situation des auteurs ouvert avec les États généraux de la Bande Dessinée en 2014. Ce rapport vient enfin acter la RÉALITÉ des auteurs et autrices. C’est un changement de paradigme complet : ce n’est enfin plus à nous de prouver nos problèmes. Au bout de toutes ces années, via différentes organisations, et finalement grâce à l’engagement de la Ligue des auteurs professionnels, nous avons obtenu une énorme victoire pour les auteurs et autrices. Mais le combat n’est pas fini, bien au contraire. Nous entrons dans un nouveau cycle, où tous ceux qui profitent de la situation actuelle vont s’opposer à tout changement. Le combat prend quelque part une toute autre dimension. Et il va falloir de nouveaux combattants pour le mener.

Je quitte donc aujourd’hui la présidence de Ligue des auteurs professionnels. J’ai tout de même accepté de rester au conseil d’administration, en tant que conseiller. Histoire que toutes les connaissances et l’expérience acquises toutes ces années ne soient pas perdues. Je reste en particulier pour accompagner la réflexion de Samantha Bailly, qui a accepté de reprendre la présidence de la Ligue. Vous le savez, c’est une jeune femme extraordinaire, qui depuis des années, à la Charte puis à la Ligue, a déplacé des montagnes pour nous. Au-delà de sa remarquable expertise sur tous les dossiers, elle fait preuve d’une solidité à toute épreuve pour défendre nos intérêts collectifs. Auteurs, autrices, je vous la confie : soutenez-la, épargnez-la, protégez-la, car elle est notre meilleur atout aujourd’hui.

Enfin, et surtout, ne déduisez pas de mon retrait qu’il ne faut pas vous engager, bien au contraire ! C’est le moment ou jamais de venir non seulement me remplacer, mais d’aller renforcer vos organisations. La Ligue des auteurs professionnels est votre force de frappe dans la lutte globale des auteurs et autrices. En apprenant mon retrait, certains risquent d’avoir envie de sabrer le champagne, j’espère que vous allez leur donner tort en vous engageant nombreux. Adhérez à la Ligue si ce n’est déjà fait ! Devenez bénévoles ! Aujourd’hui, nous avons le rapport Bruno Racine sur lequel nous appuyer, il va falloir le défendre bec et ongle et l’emmener le plus loin possible. Les deux prochaines années de cette législature sont donc un moment clef de notre histoire. Je compte sur vous pour ne pas le manquer.

Assemblée générale des auteurs et autrices de BD lors du dernier festival d’Angoulême. Samantha et moi y avons expliqué les enjeux du rapport Bruno Racine.

l’œuf et la poule

La fusion nucléaire, c’est ce qui fait briller le Soleil lui-même. C’est une énergie particulièrement propre, tout à l’opposée de la fission nucléaire, celle de nos actuelles centrales. Le projet ITER vise à démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire comme source d’énergie. Construit en France, cofinancé par l’Union européenne, la Russie, les États-Unis, l’Inde, le Japon, la Corée et la Chine, c’est le lieu d’une des plus grandes coopérations scientifiques au monde. Le réacteur sera terminé et devrait commencer ses premiers essais en 2025 : https://www.iter.org/

Les Chinois, membres du projet donc, font depuis quelques temps des déclarations fracassantes sur les progrès de leurs propres réacteurs à fusion de type tokamak. Je viens encore de voir passer sur Numerama un article enthousiaste. Mais il est bon de rappeler que cela fait déjà très longtemps qu’on travaille sur les tokamaks dans le monde, et que, pour l’instant, en tout cas, il n’y a rien de révolutionnaire dans ce que fait la Chine : https://www.futura-sciences.com/

Ce mot de “tokamak” doit dire quelque chose aux lecteurs d’Universal War one. En effet, c’est la fusion nucléaire qui rend tout possible dans ma série. Le problème du confinement des plasmas y est réglé par le maîtrise de l’antigravitation. Et le problème de l’énergie nécessaire à l’antigravité est, lui, réglé par la maîtrise de la fusion nucléaire. Cette série aurait dû s’appeler l’œuf et la poule 🙂

Un traitement équilibré de l’information ?

Ceci ce n’est pas un appel à manifester le 5 décembre comme le texte d’hier n’était pas un appel à ne pas manifester.

Même si je me tiens à une grande réserve sur les sujets politiques, comme je l’expliquais hier, j’avoue que c’est sidérant de voir à quel point les journaux télévisés escamotent les raisons de la grève de demain au profit de reportages sur les conséquences de cette grève. Ils ne parlent quasiment que de “comment s’organiser”, de “pays bloqué” laissant la parole uniquement à des personnes présentées comme “victimes” voire “otages” de la grève.

Quoi qu’on pense de cette grève, elle mériterait, ne serait-ce que par respect pour l’ampleur de cette mobilisation sociale, un traitement un peu plus équilibré… Donc, quoi que vous pensez de ce gouvernement ou de cette réforme, allez lire ce que disent les syndicats qui appellent à la grève, ne vous contentez surtout pas uniquement de ce seul discours anxiogène anti-grève.

À titre d’information, donc, pour les auteurs et autrices qui s’interrogeraient encore sur ce qu’ils feront ou pas demain, un collectif “Art en grève” s’est constitué, et semble devenir le point de convergence d’une partie des artistes-auteurs qui veulent manifester : www.artengreve.com

 

 

Manifester le 5 décembre en tant qu’auteur ?

Hier, je me suis rendu à Paris pour une réunion au Ministère de la Culture et pour un conseil d’administration de la Ligue des auteurs professionnels. Cette journée a été avancée vu les difficultés de transport qui s’annoncent dans les prochains jours. J’ai donc profité de ce trajet en train pour prendre le temps de vous expliquer pourquoi la Ligue n’a pas donné de consignes pour la grande journée de mobilisation du 5 décembre prochain. Et en quoi ce n’est pas non plus un appel à ne pas manifester.

En effet, ce jour-là, « Les organisations syndicales et de jeunesse s’engagent à construire un plan d’action contre le projet de réforme de retraites par points et pour gagner un renforcement, une amélioration du système actuel de retraites solidaire et intergénérationnel » comme le dit le communiqué de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNL et UNEF1.

Or il y a quelques mois la Ligue des auteurs professionnels et ses amis menaient la campagne Extinction Culturelle2 au sujet de cette même réforme des retraites. Une campagne plus qu’inquiète : le passage à un système de retraite à points promettait de tourner à la catastrophe pour les artistes-auteurs.

Pour rappel, depuis 1975 les artistes-auteurs sont rattachés au régime général de la Sécurité sociale comme n’importe quel salarié3. Dès le départ, vu que les artistes-auteurs n’ont pas d’employeur, le législateur avait remplacé la part patronale sur les cotisations par une contribution diffuseur4, payée, pour les auteurs de livres, par les maisons d’édition. Pourtant, aujourd’hui, elle n’a rien à voir en termes de montant avec les cotisations patronales, puisqu’elle n’est que de 1,1%. Avec le passage à la retraite à points, cette quasi inexistence des cotisations patronales allait se transformer soit en baisse cataclysmique des pensions des futurs artistes-auteurs retraités, soit, pour éviter cela, en nouvelles cotisations à payer par les auteurs, ou par les éditeurs, ce qui reviendrait au même vu qu’ils n’auraient sans doute pas manqué de la reporter sur leurs auteurs. On parlait d’une perte de revenus d’au moins 13% !5

 

Alors, pourquoi notre silence aujourd’hui ? En fait, en juillet, dans ses préconisations pour la future réforme universelle des retraites, le Haut-Commissaire, Jean-Paul Delevoye, a recommandé explicitement que l’État prenne à sa charge l’équivalent de la part patronale des artistes-auteurs. C’était ce que nous avions demandé. Nous avions réussi à convaincre non seulement le Haut-commissaire, mais aussi le gouvernement et la Sécurité sociale qu’il n’y avait pas d’autre solution. C’était donc une grande victoire pour les artistes-auteurs6.

Nous nous montrions tout de même prudents à l’époque : ce n’était que les recommandations, pas la réforme des retraites elle-même. On a vu depuis que cette prudence est plus que justifiée, les différents points de cette réforme ne sont tellement pas actés que plus personne ne sait vraiment à quelle sauce on propose de manger les Français.

Ceci dit, les organisations syndicales des auteurs ont du mal à croire que la préconisation Delevoye à leur sujet ne sera pas suivie. Nous pensons avoir convaincu les pouvoirs publics que c’était la seule solution pour éviter une catastrophe culturelle en France. Nous avons du mal à croire qu’ils puissent maintenant revenir en arrière pour de strictes raisons budgétaires. Ou alors, autant fermer tout de suite le ministère de la Culture vu l’avenir sans création que cela préparerait.

 

À partir du moment où nous avons, pour l’instant, une réforme des retraites qui nous épargne, il paraît donc contre-productif à une partie des organisations syndicales, dont la Ligue, d’appeler les artistes-auteurs à se mobiliser contre cette réforme le 5 décembre. Même si l’idée n’est pas de tomber dans une position strictement corporatiste, j’y reviendrai plus loin.

En plus, nous ne sommes pas non plus en conflit ouvert avec le gouvernement. L’actuel ministre de la Culture s’est montré des plus attentifs à nos demandes. Nous attendons dans les prochaines semaines le rapport de la Mission Bruno Racine et la manière dont le ministre va s’en emparer. Nous sommes donc aujourd’hui, contrairement à beaucoup d’autres, dans une phase de discussion et de concertation réelle.

Nous ne sommes pas dupes, nous savons que cela ne va pas être simple, et nous savons bien que nous pouvons nous faire croquer tout cru à la fin. Mais, en n’appelant pas à se mobiliser le 5 décembre, nous disons au gouvernement que nous voulons croire qu’il a bien compris les enjeux pour les artistes-auteurs.

 

Bien sûr, ce « non appel » de certaines de vos organisations artiste-auteurs ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller manifester, voire s’afficher un « en grève » (la grève passe inévitablement pour les artistes-auteurs par d’autres moyens que l’arrêt du travail). Vous pouvez, évidemment, le faire, à titre individuel où collectif, par solidarité avec des professions qui risquent, elles, de beaucoup perdre dans cette réforme, ou même simplement par opposition avec la politique du gouvernement. C’est bien à chacun d’entre nous de se décider selon ses convictions, en citoyen.

 

Je ne vous dirai pas ce que, moi, je ferai ce jour-là. Je commence à être un vieux militant politique et syndical, vous pouvez imaginer que je ne suis pas indifférent à ce qui se passe dans le pays. Mais il me paraît nécessaire, en tant que représentant des auteurs et autrices, de garder une grande réserve sur mes opinions personnelles. Je suis là pour les représenter tous équitablement, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord. De plus, je dois discuter avec les pouvoirs publics, souvent, ce qui m’oblige aussi à une vraie retenue sur mes opinions politiques. Convaincre est souvent plus simple que d’affronter, en tout cas tant qu’on veut bien nous écouter.

Je ne vais pas vous cacher que c’est vraiment pénible de devoir tout le temps cacher ses opinions, et pire, de devoir taire certaines de ses révoltes. Ceci dit, à une époque où tout le monde donne des leçons sociétales ou politiques à tout le monde sur les réseaux sociaux, cette cure de modestie n’a pas que du mauvais 🙂

 

Voilà, j’espère que j’ai réussi à éclaircir un peu la situation. Il ne me reste qu’à vous souhaiter un bon choix citoyen pour ce que vous ferez le 5 décembre.

Notes

1Cf. https://www.cgt.fr/comm-de-presse/jeudi-5-decembre-toutes-et-tous-en-greve-et-dans-laction-communique-intersyndical

2Cf. http://www.extinction-culturelle.fr/

3Loi n° 75-1348 du 31 décembre 1975 : JO1976-loi-75-1348.pdf

4Loi n° 75-1348 du 31 décembre 1975, article III :
« Le financement des charges incombant aux employeurs au titre des assurances sociales et des prestations familiales est assuré par le versement d’une contribution par toute personne physique ou morale, y compris l’État et les autres collectivités publiques, qui procède, à titre principal ou à titre accessoire, à la diffusion ou à l’exploitation commerciale d’œuvres originales relevant des arts visés par le présent titre.
Cette contribution est calculée selon un barème tenant compte notamment du chiffre d’affaires réalise par ces personnes à raison de la diffusion ou de l’exploitation commerciale des œuvres des auteurs, vivants ou morts, ou de la rémunération versée à l’auteur lorsque l’œuvre n’est pas vendue au public.
Elle est recouvrée comme en matière de sécurité sociale par l’intermédiaire d’organismes agréés par l’autorité administrative qui assument, en matière d’affiliation, les obligations de l’employeur à l’égard de la sécurité sociale.
Conformément aux dispositions du paragraphe VI ci-dessous, cette contribution permet de financer les dépenses du régime qui ne sont pas couvertes par les cotisations des personnes mentionnées à l’article L. 613-1. »

5Cf. http://www.extinction-culturelle.fr/retraite/

6Cf. https://ligue.auteurs.pro/2019/07/18/reforme-des-retraites-des-preconisations-en-faveur-des-auteurs/

Des nouvelles d’Universal War

Ceci est un long texte, je ne sais pas si vous aurez le courage de le lire jusqu’au bout, mais j’essaye d’y faire un point honnête et complet sur le retard du tome 4 d‘Universal War Two comme sur ma situation d’auteur aujourd’hui.

J’ai découvert qu’une partie des libraires en ligne annonçaient la sortie du tome 4 d’Universal War Two pour le 20 novembre dernier. C’est, hélas pour mes lecteurs, totalement faux. Je n’ai aucune idée de comment cette date a pu être donnée et par qui. À aucun moment je n’ai dit à qui que ce soit que je pourrais livrer mon album cette année, j’ai même bien dit le contraire. Et, d’ailleurs, personne n’aurait pu le croire chez mon éditeur vu que je ne leur ai envoyé ni couverture, ni même une seule page terminée.

J’imagine que cette mise au point est des plus inquiétantes pour des lecteurs qui attendent depuis trop longtemps la suite d’Universal War. Qu’ils se rassurent, je travaille bien sur le tome 4 d’UW2. Je prévois même bien de finir cette série en 6 tomes, comme UW1 et comme c’est prévu dans le synopsis écrit il y a plus de 20 ans. Ce n’est pas parce que mon éditeur n’a rien vu que ce tome 4 n’est pas en cours de réalisation.

Pourquoi suis-je en retard ? Pourquoi est-ce si long ? Il y a de multiples raisons à cela.

Pour commencer, je l’ai souvent dit, je suis assez insatisfait de mon travail. La reconnaissance du public comme de la critique n’y change rien : j’ai une idée initiale de ce que devraient être mes livres mais, hélas, je n’arrive pas à la concrétiser aussi bien que je le voudrais. Année après année, mes exigences augmentant, cette insatisfaction ne va pas en s’arrangeant. J’ai donc tendance à refaire et refaire mon story-board. Cette étape chez moi est fondamentale, elle tient à la fois de l’écriture concrète des scènes et de crayonné des planches. Quand ça se passe bien, ça me prend entre 3 et 6 mois. Et derrière, je n’ai plus qu’à finaliser des planches déjà bien avancées. Mais quand ça se passe mal, que je refais sans cesse ce story-board, ce n’est pas la méthode la plus économe en énergie créative et en temps, bien au contraire…

Il s’avère qu’arrivé à ce tome 4, je dois aussi préparer des scènes des deux tomes suivants, afin d’être sûr que la trame écrite en 1997 fonctionne jusqu’au bout. Il y a une différence entre dire « il va se passer ça, ça et ça » et réussir à le faire dans 46 petites pages de Bande Dessinée. J’arrive en plus au moment des révélations : je vais présenter dans cette seconde moitié d’UW2 une nouvelle théorie physique, qui va donner un nouvel éclairage sur ce qui était donné comme évident depuis le début d’UW1. Dans ce tome 4, ces révélations s’entremêlent avec les réactions des personnages à la catastrophe et à la plongée dans l’inconnu qui vient de leur arriver dans les trois premiers tomes. Mélanger grand spectacle et touches subtiles qui permettent de mieux comprendre le caractère des personnages est un exercice d’équilibriste. Toute cette matière, ces enjeux, cette physique, ces personnages, ces civilisations, tout ceci est d’une complexité abyssale, surtout quand on veut rendre tout cela clair et évident à l’arrivée.

Malheureusement, alors qu’il m’aurait fallu le calme absolu pour mener ce travail, c’est tout le contraire depuis trop longtemps. La plupart d’entre vous ne l’ignorent pas, je me suis engagé beaucoup plus qu’auparavant dans la défense des auteurs. Depuis 2014, je suis débordé par le bénévolat que je fais pour les États généraux de la Bande Dessinée et la Ligue des auteurs professionnels. Certains mois, c’est un plein temps voire plus. Parce que la réforme des retraites ou de la Sécurité sociale n’attendront pas qu’on s’en occupe. Parce que la dégradation continue des rémunérations et des conditions de vies des autrices et des auteurs non plus.

Cela me coûte beaucoup en termes de temps, mais cela me coûte aussi beaucoup en termes d’énergie et de créativité. Imaginez : je passe une bonne partie de la semaine à lire des travaux sociologiques ou économiques qui montrent à quel point la situation des auteurs et des artistes se dégrade, je discute sans arrêt de cette réalité un peu effrayante pour l’avenir avec mes confrères et consœurs, je me retrouve sans arrêt à expliquer cela aux autres acteurs de notre milieu, aux ministères, aux politiques, aux journalistes, mais il faudrait que, juste après, je redevienne le joyeux Denis Bajram qui fait de la BD dans l’enthousiasme voire l’inconscience de tous ces enjeux ? Ce n’est pas possible. Tout cela est bien trop souvent démotivant. Je ne vais pas vous cacher que ça m’a cassé les mains pendant bien trop de semaines. Heureusement, je travaille parfois à ces moments-là sur un projet collectif avec des amis qui me permet de me nourrir de leur dynamisme et de leurs envies. Ça m’a fait beaucoup de bien à chaque fois. Je vous en reparlerai bientôt.

Certains, autour de moi, s’inquiètent gentiment de savoir comment je m’en sors financièrement. Si je peux m’engager autant, c’est que j’ai la chance de vivre bien de mes droits d’auteurs. Mais la plupart des auteurs n’arrivent pas à gagner même un SMIC en faisant de la Bande Dessinée. Plus de la moitié des autrices sont même sous le seuil de pauvreté ! On ne peut pas leur demander de travailler moins pour aller faire du bénévolat de longue durée dans les associations et syndicats d’auteurs. Dont acte : à un moment c’est aux veinards de ces métiers de donner de leur temps. Même si ça aura de grosses conséquences sur leurs revenus. Franchement, je préfère ne pas compter combien cela m’a coûté, mais c’est sans doute de l’ordre de la moitié de mes revenus d’avant…

Il y a une sorte de paradoxe dans cette situation : Aujourd’hui, vous qui avez fait le le succès de la série, vous, lecteurs qui attendez impatiemment la suite d’UW2, c’est vous qui m’avez offert des revenus suffisants qui font que j’ai pu m’engager si longtemps de manière bénévole au service des auteurs qui ont moins de chance que moi. En fait, c’est vous qui financez mon engagement social. En fait, c’est vous qui, à travers moi, défendez tous les auteurs.

J’espère sincèrement que vous comprenez l’importance de tout cela. Qu’attendre ce tome 4 trop longtemps vaut le coup. Je pense sincèrement que nous sommes quasiment arrivés à un point de non-retour. Si, rapidement, nous n’arrivons pas à protéger nos métiers, ce cycle se terminera en déprofessionnalisation massive. La Bande Dessinée en sortira irrémédiablement changée. Sans professionnels à plein temps, les albums au dessin très riche et long à faire deviendront inévitablement de plus en plus rares. Sans professionnels à plein temps, les séries à parution annuelle qui assuraient pourtant la rentabilité tranquille des maisons d’édition, ces séries se feront tout aussi rares. Et je ne suis pas sûr que les éditeurs et les libraires spécialisés s’y retrouvent très longtemps. C’est toute une économie qui va être touchée…

J’ai mis une bonne partie de mon énergie depuis cinq ans dans ce combat parce que je pense que c’est maintenant ou jamais. Mais je ne continuerai pas indéfiniment. Soit cette année nous aurons enfin vraiment avancé, en particulier avec le Ministère de la Culture, soit il faudra bien acter de l’échec et en tirer les conséquences.

Voilà, c’était un petit point sur mon travail et ma situation d’auteur. Croyez-moi, je n’ai qu’une envie aujourd’hui : écrire et dessiner, 24 heures sur 24. Et que les lecteurs d’UW2 se rassurent : j’ai mis tellement de moi dans Universal War, ce travail représente tellement dans ma vie qu’il est hors de question que je ne vous raconte pas rapidement la fin de cette incroyable histoire.