Je n’ai pas oublié

Libération m’apprend que le délégué général du FIBD d’Angoulême, Franck Bondoux, a déclaré dans sa conférence de presse de jeudi : « Denis Bajram a oublié que le festival a ouvert grand ses bras aux états généraux de la BD ».

Je n’ai pas oublié et les EGBD non plus. Encore merci, même. Mais, en 2015, je ne me rendais pas compte qu’utiliser la scène du théâtre d’Angoulême pendant le festival pour lancer les États Généraux de la Bande Dessinée voulait dire que je devenais un vassal du FIBD et que je ne pourrais plus jamais lui reprocher quoi que ce soit. Je croyais, innocemment, que le festival faisait ça pour aider les auteurs et autrices.

Je n’avais pas compris non plus qu’il faudrait aussi, après que l’association du FIBD et 9eArt+ aient réussit à provoquer leur boycott massif par les auteurs et les éditeurs, renier le juste combat de tous mes collègues, autrices en tête, pour aller m’immoler avec mes nouveaux maîtres.

Il aurait fallu me présenter un contrat à signer avec mon sang, j’aurais été plus prudent…

Coin coin !

En 30 ans de carrière, je n’avais jamais vu un carton de BD envoyé par un de nos éditeurs renforcé aux angles comme ça. C’est pourtant simple et peu coûteux en temps et en argent !

Pourtant, je ne sais pas combien de fois mes éditeurs ont dû me renvoyer mes exemplaires d’auteur parce que tous les coins de toute la pile d’albums étaient arrivés complètement défoncés par le transport. Au-delà du coût de l’opération, ce qui est le pire c’est le gâchis de tous ces livres. Voir arriver dans un triste état les exemplaires qu’on attendait avec impatience, c’est vraiment un crève-cœur. En plus, je sais que beaucoup trop de mes collègues n’osent pas en réclamer de nouveaux, et restent sur un sentiment hyper décevant à la parution…

Bref, je ne sais pas qui fait les paquets actuellement au Lombard, mais félicitations ! Je garde cette photo pour envoyer le mode d’emploi aux autres éditeurs à chaque fois que ce sera nécessaire 🙂

Bonne année 2026

Ce n’est pas facile de dessiner une carte de vœux aujourd’hui. Si, selon la tradition, elle est très joyeuse et pleine de promesses, elle donne l’impression d’être complètement déconnectée de ce qui se passe sur notre petite planète. Mais si on évoque tout ce qui ne va pas, ce n’est plus vraiment une carte de vœux, mais un passeport pour la déprime. Bref, l’année dernière, nous avions adopté une troisième solution : ne rien faire.

Hélas, cela n’a évidemment pas empêché cette année 2025 de tenir ses promesses en terme de folie humaine. Et comme 2026 a l’air de vouloir continuer sur cette lancée, nous avons finalement décidé d’illustrer une envie que nous devons partager avec beaucoup d’entre vous : éteindre la télé, la radio et Internet, se trouver un refuge douillet au calme et s’y enfermer avec des livres et surtout ceux qu’on aime.

Bonne année 2026 à tous, en souhaitant à la planète et à tous ses habitants de retrouver le plus possible la paix.

On en a gros #9 : crise au festival BD d’Angoulême !

Vous ne comprenez plus rien au Festival de la BD d’Angoulême ? Vous vous demandez pourquoi les auteurs et autrices ont boycotté l’édition 2026 ? Pourquoi les éditeurs ont suivi ? Vous vous demandez ce que sont ces « girlxcott » ou « grand off » qui vont avoir lieu fin janvier alors que les ruines du FIBD sont toujours fumantes ? Vous vous demandez enfin si le festival va ressusciter en 2027 ? Et pourquoi on parle d’un tout nouvel événement organisé par une mystérieuse ADBDA ?

On est d’accord, ce qui est arrivé est complètement fou et tout cela reste très compliqué à suivre. L’Atelier virtuel vous a donc organisé une nouvelle émission « On en a gros » avec des gens bien informés, à savoir des autrices et auteurs impliqués dans tous ces événements. Comme ça vous allez enfin y voir clair sur ce qui s’est passé et savoir exactement où on en est aujourd’hui.

Podcast : Dans l’atelier BD

Cela fait de longues années que Valérie et moi connaissons Paul Satis. Si mes souvenirs sont bons, nous nous sommes rencontrés la première fois il y a deux décennies lors d’un festival d’Amiens. Paul est journaliste pour France Télévision, vous pouvez, par exemple, le regarder tous les étés sur France Info, mais c’est avec sa casquette d’ultra fan de BD qu’il anime, entre autres, le podcast Dans l’atelier BD. C’est donc avec plaisir que nous lui avons ouvert les portes de notre grande pièce de travail.

Durant ces deux heures de podcast, nous explorons ensemble tout ce qu’on trouve dans cet atelier : c’est un bon moyen discuter de mes albums, comme de ceux réalisés en collaboration avec Valérie, et donc de méthode de création et de travail. On y parle aussi, bien sûr, de la Bande Dessinée en général, de ses crises et de nos engagements syndicaux.

Ah, oui, pour tous ceux qui se demandent ou j’en suis sur Universal War, on commence par là 😀.

Bref, bonne écoute !

Podcast : L’espace, objet de nos rêves

Si vous n’étiez pas présents lors des récentes Utopiales, la table ronde L’espace, objet de nos rêves a heureusement été enregistrée. Avec Lucie Castel, Floriane Soulas et David Meulemans, nous avons discuté de notre émerveillement sans cesse renouvelé pour le ciel étoilé, mais aussi de ce qui l’assombrit aujourd’hui. Et de constater à quel point nos imaginaires sur l’espace ont pu être totalement transformés en quelques petites décennies.

Merci à Actusf pour l’enregistrement et la diffusion des conférences des Utopiales !

Harcèlement

Ces derniers temps, je ne peux plus rien poster sur Facebook sans que des lecteurs viennent faire des commentaires plus ou moins perfides sur la suite très attendue (trop, j’en suis conscient) d’Universal War Two. J’ai déjà longuement parlé de mes errances créatives. Si certains, emportés par leur passion pour mon travail, croient que je suis une sorte de génie créatif, c’est bien mal me comprendre. En effet, je n’aurais pas écrit un récit aussi angoissant si je n’étais pas moi-même TRÈS angoissé par ce qui se passe sur notre petite planète, et ce depuis mon enfance dans les années 80. C’est ma force, j’ai beaucoup de raisonnements et d’émotions à faire passer sur le sujet, c’est ma faiblesse : ce travail artistique ne me fait pas toujours du bien. J’ai déjà raconté qu’après le 11 septembre 2001, j’avais failli arrêter la BD, me demandant à quoi jouait mon travail au milieu de tout ça, mais aussi en comprenant bien quelles allaient être les conséquences désastreuses sur le monde entier de ce moment, en comprenant bien à quel point cela allait participer à l’accélération de notre course vers l’autodestruction. En voyant aujourd’hui des milliardaires aux idéologies délirantes se battre pour transformer la conquête spatiale en business privé, vous imaginez bien à quel point j’ai l’impression de voir s’accomplir une des pires prédictions d’UW1. Bref, je suis un aimant à angoisse sociétale, c’est ma force comme auteur, c’est ma faiblesse comme homme.

Que pensez-vous que provoquent sur moi les messages de plus en plus insistants, culpabilisants, voire violents, que je reçois pour faire paraître la suite d’Universal War Two ? Croyez-vous vraiment que cela va m’aider à être dans l’état d’apaisement relatif dont j’ai besoin pour finir le story-board des trois derniers tomes d’UW2 ? Croyez-vous que ça va me faire gagner du temps ? Croyez-vous que ça va me convaincre que ça vaut le coup que je me torture pour ce genre de lecteurs ?

Et quelle est la prochaine étape ? Vous avez déjà pollué mon mur, les sites Internet un peu partout, y compris au sujet des livres que je réalise avec d’autres co-auteurs qui se retrouvent ainsi punis collectivement pour mon seul retard ? Qu’envisagez-vous maintenant ? Des lettres de menaces ? Est-ce que je dois redouter qu’on taggue les murs de ma maison avec des « Libérez Kalish ! » ? Qu’un excité plus énervé que les autres vienne m’agresser physiquement ? Parce que, oui, je finis par me demander si tout cela ne va pas arriver…

Avoir réussi à passionner mes lecteurs à ce point me fait à la fois plaisir et à la fois très peur. Mais, soyez-en sûrs, me harceler ne fait qu’alimenter mes angoisses. Si vous souhaitez voir paraître rapidement le tome 4 d’UW2, c’est la pire des choses à faire.

Voilà, c’est dit. Pour ma tranquillité mentale, j’effacerai à partir de maintenant tous les messages déplacés concernant UW2, et je bloquerai leurs auteurs. S’ils doivent en déduire de ne plus lire mon travail, tant pis, ou tant mieux, je ne sais plus…

Pour tous les autres lecteurs et lectrices qui ont la gentillesse de se montrer très très très patients, je leur donnerai des nouvelles de l’avancement de la suite d’Universal War Two dès que je commencerai à être un peu plus sûr des délais. Pour que ça avance, j’ai quitté tous mes mandats syndicaux, ne m’occupant plus que des EGBD, et j’ai déblayé tout ce que je pouvais pour être le plus possible sur UW2. Reste à espérer que j’en ai la force et surtout que mes angoisses sur mon métier, sur la BD en général, sur mon pays, sur ma planète restent contrôlables. Et je ne parle même pas de l’angoisse de ne pas être à la hauteur de cette longue attente, croyez-moi ce n’est pas rien. Mais j’ai bon espoir pour ces trois derniers tomes, que je travaille d’un bloc. En tout cas je m’amuse bien pour l’instant. Promis, je vous tiens au courant de l’avancement dès que je pourrai. Et, surtout, merci à tous et toutes pour votre patience et votre soutien.

 

Collector Goldorak 50 ans

En 2021 paraissait notre album Goldorak sous deux éditions différentes, une normale et une collector grand format. Une semaine après sa sortie, l’édition collector, pourtant imprimée à 10 000 exemplaires, était déjà totalement épuisée ! Il faut dire que l’édition courante s’est vendue ensuite à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires…

Cette année, pour fêter les 50 ans de la création du personnage au Japon, Kana a décidé de proposer un nouveau collector grand format. Avec ses 242 x 342 mm, c’est clairement le meilleur moyen de profiter pleinement du travail un peu fou que nous avons réalisé sur les planches avec Xavier Dorison, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo.

Cette édition contient aussi un cahier supplémentaire de 16 pages qui raconte, sous la plume des excellents Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé, les origines de la saga en 1975 et son arrivée très remarquée en France à l’été 1978, le tout illustré par des dessins inédits.

Enfin, ce collector est proposé à un prix serré, 31,90 €, que le plus possible de fans puissent en profiter.

Il est en librairie depuis ce week-end, ne tardez pas trop à aller acheter le vôtre, qui sait combien de temps il y en aura cette fois-ci !

 

Inquiétudes

Tandis que les données de l’enquête auteurs des États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD) sont en cours d’analyse, on apprend que L’Association, éditeur le plus connu des grandes heures de l’édition alternative, est en grande difficulté financière. On en parle trop peu, mais la crise économique est en train de faire de terribles dégâts dans la Bande Dessinée, que ce soit chez les éditeurs, les libraires ou les auteurs.

En fin de message, l’Association appelle les pouvoirs publics à donner enfin suite au rapport Racine. Rappelons que la mission Racine est née des demandes qu’avait réussi à porter la toute jeune Ligue des auteurs professionnels auprès du ministre de la Culture d’alors. Rappelons que la Ligue est clairement née de l’émoi provoqué par la première enquête des EGBD. On en revient donc au point de départ, 10 ans après, sans que le terrible constat de l’époque n’ait convaincu les pouvoirs publics de protéger enfin sérieusement la création BD.

Dans quelques mois, feront-ils de même avec les nouveaux résultats que les EGBD publieront ? Si c’est le cas, l’« exception culturelle francophone que le monde nous envie » dont parle l’Association n’aura sans doute pas grand avenir.

Bon courage à l’Association. Si vous souhaitez les aider et lire le texte dont je parle, c’est ici :

Utopiales 2025

Cette année, Valérie et moi, requis par d’autres obligations, ne ferons qu’une courte visite aux Utopiales de Nantes. Le plus dommage, c’est que nous ne croiserons même pas notre partenaire sur Tanis, Stéphane Perger. Heureusement nous y retrouverons beaucoup de nos autres amis, dont Stéphanie Hans, autrice de la magnifique affiche de cette année. Et puis, nous aurons, comme à chaque fois, le grand plaisir de pouvoir vous rencontrer, chers lecteurs et lectrices !

PROGRAMME

SÉANCE DE DÉDICACES :

Valérie Mangin & Denis Bajram en signature :

Vendredi 31 octobre de 11h30 à 12h30

Stéphane Perger au dessin :

Samedi 01 novembre de 17h à 18h
Dimanche 02 novembre de 10h30 à 11h30
Dimanche 02 novembre de 13h à 14h

TABLES RONDES :

Singulière Antiquité

Avec Valérie Mangin, Fabrizio Dori, Camille Mouflier, Laurence Suhner et Sylvie Lainé

Lorsque les échanges étaient complexes, rares, entre les sociétés, ils étaient aussi la rencontre entre des cultures singulières, des imaginaires parfois étranges l’un pour l’autre. Cette pluralité des expériences humaines nourrit tant d’œuvres, y compris de science-fiction, où l’espace oblige à retrouver le temps long entre les communautés. Comment l’étude de l’antiquité continue-t-elle à nous enrichir ?

Vendredi 31 octobre de 10h30 à 11h30 à l’Espace CIC Ouest

L’espace, objet de nos rêves

Avec Denis Bajram, Lucie Castel et Floriane Soulas et David Meulemans

Des légendes que nous nous racontions sur les constellations jusqu’à l’émerveillement d’une première fois dans un planétarium, tant d’entre nous connaissent cet amour joyeux et sincère pour l’espace. Qu’est-ce qui nous y attire ? Et que faire de ce désir ? De l’intérêt presque enfantin d’un œil dans une lunette à la bataille entre milliardaires, où s’arrêter ?

Vendredi 31 octobre de 15h à 16h à la Cité, salle 2001

Jésus comme personnage de fiction

Avec Valérie Mangin, Philippe Battaglia, Andreas Eschbach et Xavier Mauméjean

La SF et l’Imaginaire ont de tout temps adoré s’emparer de figures historiques pour en remodeler le parcours. Qu’en est-il de Jésus ? De Herbert à Farmer en passant par Moorcock, regardons le sort que la SF réserve au messie de la chrétienté.

Vendredi 31 octobre de 13h45 à 14h45 à l’Espace CIC Ouest

Inspirations singulières

Avec Stéphane Perger, Gwen De Bonneval, Yoann et Louise Legris

Si en littérature, il est courant qu’une carrière dans la science-fiction ne sorte pas du genre, en bande dessinée, les artistes débordent souvent vers le polar, le western, etc. Quelles sont les spécificités du genre dans ce média ? Qui sont les incontournables, au trait si singulier ?

Dimanche 2 novembre de 11h45 à 12h45 au Lieu Unique, salon de musique