Entretien : La situation économique des auteurs de BD

Cet entretien a été diffusé en direct depuis les Utopiales à Nantes. Le début est rigolo, mais ça ne dure pas longtemps car on y parle de la situation économique des auteurs de bande dessinée.

Je dois préciser que pendant ces Utopiales, au delà de cette interview, ça a vraiment beaucoup discuté entre auteurs de romans et auteurs de BD de tous leurs problèmes communs. Tous les autres acteurs de la “chaîne du livre” auraient sans doute été un peu effrayés de la teneur de ces échanges, y compris entre auteurs de best-sellers. Les hausses du RAAP ou de la CSG ne vont pas pénaliser que les créateurs, car en déstabilisant une profession déjà très éprouvée par les différentes “surproduction”, ces hausses font monter la défiance des auteurs envers tout le système actuel. S’il ne peut plus les nourrir, beaucoup se disent qu’il faudra bien en créer un autre…

Bref, on ne saurait trop recommander aux autres maillons de la chaîne du livre de comprendre et de soutenir un peu plus les revendications du premier maillon. Et, par exemple, d’user de leur pouvoir d’influence pour vite convaincre les services du Ministère de la Culture de trouver le moyen de compenser l’augmentation de la CSG pour les auteurs et artistes comme elle l’a été pour tous les autres actifs.

 

Entretien enregistré par Yaneck Chareyre pour Gnapp.

Tribune de Pierre Lungheretti

Dans le journal Le Monde, une voix qui porte pour défendre la cause des auteurs. Merci à Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.

« La bande dessinée connaît en France un nouvel âge d’or », pas ses auteurs

Dans une tribune au « Monde », le directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, Pierre Lungheretti, constate que 53 % des auteurs ont un revenu inférieur au smic. Cela compromet l’avenir de la filière, et la BD a besoin d’un accompagnement nouveau, adapté et coordonné.

Tribune. Depuis plus d’une quinzaine d’années, la bande dessinée connaît en France un nouvel âge d’or. Le secteur s’est imposé comme l’un des plus créatifs et dynamiques du paysage culturel, avec un chiffre d’affaires multiplié par quatre entre 1991 et 2016. Le nombre d’ouvrages publiés est passé de 1 137 publications annuelles, en 2000, à 5 305 en 2016, chiffre qui témoigne d’un dynamisme éditorial, avec plusieurs éditeurs inventifs et défricheurs. […]Lire la suite www.lemonde.fr

Le marché de la BD se porte bien, pas les auteurs

Un papier de l’AFP La bande dessinée, secteur en plein essor, repris par de très nombreux sites de la grande presse, a énervé pas mal d’auteurs la semaine dernière. Nous avions été nombreux à faire remarquer qu’on ne pouvait pas se contenter du seul discours du SNE, syndicat des éditeurs, et que la situation des créateurs de BD était loin d’être triomphale, elle. Notre énervement sur les réseaux sociaux n’est pas passé inaperçu. Merci à Francis Forget de Culturebox / France Télévision d’avoir pris le sujet en main et d’avoir donné la parole aux auteurs.

Entretien avec André Schiffrin

La Fabrique venait de publier ‘L’édition sans éditeurs’ lorsque j’ai entendu la première fois André Schiffrin parler en public pendant un Autarcic Comix à Bruxelles. Je m’étais jeter sur l’ouvrage. Dès 1999, en se basant sur son expérience au USA, André Schiffrin y prédisait ce qui allait se passer en France dans la décennie suivante. Suivirent les tout autant passionnants ‘Le contrôle de la parole’ et ‘L’argent et les mots’.

du9 publie la transcription d’une table ronde avec William Henne et Xavier Guilbert de 2011, qui, comme toujours avec André Schiffrin, mais aussi Xavier, semble parler de ce que nous vivons précisément aujourd’hui. Passionnant !

La BD, un secteur en plein essor ?

LA BD VA SUPER BIEN ! SI ! Car ce qui est bien avec l’Agence France-Presse, c’est que ses articles sont repris partout. Donc, c’est officiel “la bande dessinée est un secteur en plein essor” puisque Libération, Le Figaro, L’Express, Le Point et consorts le disent tous en même temps…

Bon, bien sûr, l’AFP n’a interrogé que les gros éditeurs. Mais pourquoi aurait-elle demandé leur avis aux auteurs, par exemple ? Non, non, ces auteurs ne sont définitivement bons qu’à faire des livres et qu’à se précariser dans leur coin en silence…

Bref merci l’AFP. Vous devriez aussi faire un article sur la presse qui va super bien, en n’interrogeant que les patrons des groupes et surtout aucun journaliste…

[EDIT] Le texte de l’article, qui a disparu du site de l’AFP depuis :

La bande dessinée, secteur en plein essor

Dans un marché de l’édition morose, le secteur de la bande dessinée affiche une forme éclatante avec une croissance de 20% de son chiffre d’affaires au cours des dix dernières années, selon un rapport du Syndicat national de l’édition (SNE) divulgué mardi. Le signe le plus visible de ce dynamisme est la sortie jeudi, à un total de 5 millions d’exemplaires (dont 2 millions en français), du 37e album des aventures d’Astérix, “Astérix et la Transitalique”.

Avant Astérix, il y a eu Titeuf dont le 15e album, publié fin août, a été tiré à 550.000 exemplaires ou encore Largo Winch (350.000 exemplaires), Le Chat (300.000), Corto Maltese (250.000). D’ici la fin de l’année d’autres “locomotives” sont attendues en librairie dont la suite du Chat du rabbin (100.000 exemplaires prévus), les Tuniques bleues (110.000), les Cahiers d’Esther (100.000), les Vieux fourneaux (200.000) et Lou! (320.000). Aujourd’hui, 8,4 millions de Français achètent de la BD, soit 15,5% de la population âgée de plus de 10 ans, indique le rapport du SNE. Le secteur de la BD se situe au 3e rang de l’édition française (derrière la littérature générale et l’édition jeunesse) avec 14% de parts de marché.

L’étude du SNE montre également que l’acheteur de BD est relativement jeune (41 ans en moyenne contre 44 ans pour un acheteur de littérature générale), féminin (53% des acheteurs de BD sont des femmes) et appartient plutôt aux catégories socio-professionnels supérieures. Si la BD franco-belge (Astérix, Lucky Luke, Corto Maltese…) attire encore le plus grand nombre d’acheteurs (près de 7 millions), l’étude relève que l’achat de mangas (environ 5 millions d’acheteurs) se renforce régulièrement.

Se défendre, c’est collectivement

Suite à mon message sur la rencontre avec la Ministre de la Culture, un confrère auteur de BD écrit « Si Denis arrête, je ne vois pas qui s’investira autant pour les auteurs. »

C’est totalement faux. Ce n’est parce que je parfois je me retrouve très (trop) visible en première ligne du combat pour les auteurs que je suis le seul à le mener, bien au contraire. Déjà, Benoit Peeters et Valérie Mangin portent tout autant que moi la charge des États Généraux de la Bande Dessinée, sans oublier tous ceux qui se sont impliqués à nos côtés.

Mais, et surtout, n’oubliez jamais qu’il y a des dizaines d’auteurs qui consacrent plusieurs mois de leur temps de travail tous les ans au SNAC BD, dans le secret des nombreuses institutions ou nous siégeons, dans les négociations destinées à protéger les auteurs, et dans l’organisation de nos activités syndicales Un énorme salut respectueux aux bourreaux de travail du moment : Marc-Antoine Boidin, Christelle Pécout, Elvire DeCock, Gérard Guéro, Marc Lizano, Christian Lerolle, Antoine Ozanam, Gaelle Hersent, Gilles Corre et Alexis Sentenac.

Et, pour finir, je pense à tous ceux qui, un peu partout, travaillent là ou ils sont à aider les auteurs. Merci à eux !

CSG des auteurs : rencontre avec la Ministre de la Culture

La semaine dernière, j’ai rencontré rapidement la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen. En apprenant qu’elle venait aux Rencontres Nationales de la Bande Dessinée à Angoulême, plusieurs associations et syndicats d’auteurs m’avaient demandé de lui transmettre leurs très vives inquiétudes.

En effet, à l’instant où j’écris, l’augmentation de la CSG n’est toujours pas compensée pour les artistes et auteurs, alors qu’elle l’est chez les salariés et indépendants. Si rien ne change, ce sera 1.7% de perte de revenus pour les créateurs, ce qui sera insoutenable aujourd’hui. Je rappelle qu’en BD, plus de moitiés des auteurs professionnels gagnent moins qu’un SMIC, que plus d’un tiers sont sous le seuil de pauvreté et que ce chiffre est constante augmentation. La situation n’est pas meilleure dans d’autres branches, voire pire, à commencer pour nos cousins de la littérature jeunesse.

Cette augmentation de la CSG est censée rendre du pouvoir d’achat aux travailleurs, par des baisses de cotisations sociales coordonnées. Il serait scandaleux qu’artistes et auteurs en soient eux les victimes, alors que la plupart font déjà partie des travailleurs les plus pauvres de notre pays.

La Ministre de la Culture s’est montré très concernée, et m’a demandé de rassurer les créateurs sur le fait que cette hausse devait être compensée, qu’il ne pouvait pas en être autrement. Mais sans me donner plus de précision sur les modalités.

L’ensemble des associations et syndicats d’auteurs continuent de suivre de très près ce dossier et de multiplier les contacts politiques (J’y ai un peu passé la journée d’hier). Il y a urgence, la survie de très nombreux créateurs, et donc de l’avenir culturel de notre pays, se décide en ce moment même à l’Assemblée nationale.

Merci à Pierre Lungheretti pour son aide.

Photo Frédéric Bosser.

Assises de la littérature jeunesse ?

J’ai une pensée émue pour Sam Bailly, présidente de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse qui est en train de participer aux Assises de la littérature jeunesse organisées par le SNE jeunesse. Que des “assises” de la littérature jeunesse ne soient montées que par le syndicat des éditeurs du secteur est déjà très étrange en soi. Pourquoi n’ont-ils pas proposé à la Charte, qui représente sans conteste les auteurs, de coorganiser cette journée ?

Et on en voit immédiatement les conséquences : le programme n’évoque nulle part les difficultés économiques des auteurs jeunesse. Quand on sait la grande précarité qui est la leur, c’est juste insultant. Et, pire, la table ronde à laquelle participe Samantha est intitulée “à la table ronde “Relation auteur-éditeur : création et prise de risque”, sous-entendant que les auteurs s’éclatent bien alors que les éditeurs prennent les risques. Comme si l’auteur ne risquait pas tout pour son art, avec pour la grande majorité la pauvreté ou l’échec à la clef.

Je suis bien heureux que les États Généraux de la Bande Dessinée aient été organisés en partenariat avec toute la profession. C’est en parlant de sa réalité, et non d’une illusion corporatiste, que notre secteur pourra se construire un avenir.

[EDIT] Pour compléter ce sujet, une très intéressante interview  :

IIe Rencontres Nationales de la BD

Ces IIe Rencontres Nationales de la Bande Dessinée organisées le 5 et 6 octobre 2017 par la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image promettent d’être tout aussi passionnantes que celles de l’année dernière. Ce sera aussi l’occasion de venir discuter avec Valérie et moi-même, qui y représenterons les États Généraux de la Bande Dessinée. On vous attend !

IIe Rencontres Nationales : Éducation et Bande Dessinée

Sous le titre Éducation et Bande Dessinée, la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’Image organise jeudi 5 et vendredi 6 octobre 2017 la deuxième édition de ses Rencontres Nationales de la Bande Dessinée.

Réunissant différents acteurs du secteur invités à débattre des problématiques professionnelles en cours, les rencontres visent à proposer un espace de débat et d’analyse pour l’ensemble de la profession, avec des éclairages issus des réflexions d’acteurs de la chaîne éditoriale ainsi que de grands témoins, permettant de restituer les enjeux de la bande dessinée dans un contexte plus large.

« Véritable observatoire du neuvième art, la Cité a choisi de s’intéresser aux relations qui relient l’enseignement et la bande dessinée. Officiellement étudiée en classe depuis la mise en œuvre de l’Histoire des Arts revalorisant les arts visuels (2008-2009), la bande dessinée semble avoir conquis des milieux qui lui ont longtemps résisté, à savoir, les programmes des premiers cycles d’enseignement, voire les études universitaires.

On ne compte plus les cas d’utilisation de la bande dessinée comme support d’enseignement. Ici et là naissent des initiatives telles que les classes BD, les séminaires pour les enseignants, les résidences d’auteurs en milieu scolaire, les projets de recherches pluridisciplinaires ayant en commun la bande dessinée…

S’adaptant à ce qui peut s’apparenter à un mouvement de fond, les éditeurs spécialisés se sont aussi emparés du thème, multipliant les collections à visée « pédagogique » (La Petite Bédéthèque des Savoirs, Sociorama, Cases d’histoires…).

Spécialiste du domaine, Nicolas Rouvière s’interrogeait récemment sur cette intégration de la bande dessinée en classe. Notre chercheur la jugeait « en trompe-l’œil », pointant, notamment, l’utilisation de la bande dessinée pour enseigner autre chose qu’elle-même, soulignant le manque de formation des enseignants et l’absence, encore aujourd’hui, d’un vrai consensus des parents d’élèves et du monde éducatif en faveur du neuvième art.

Le moment est donc venu de faire le point sur les relations entre éducation et bande dessinée ; d’envisager tous les aspects d’une vraie réflexion sur les pistes pédagogiques et didactiques que tracent l’enseignement et la pratique du neuvième art, ainsi que les méthodologies à appliquer en classe et sur les temps périscolaires. »

Ces rencontres bénéficient du partenariat du réseau Canopé du Ministère de la Culture et de la Communication, du Ministère de l’Éducation Nationale, des États Généraux de la Bande Dessinée, de GrandAngoulême, du Pôle Image Magelis et de la région Nouvelle-Aquitaine.

Renseignements, programme et inscriptions sur www.citebd.orgSourcewww.etatsgenerauxbd.org

Anal plus

Les organismes de gestion collective des auteurs ont l’outrecuidance de trainer Canal + devant les tribunaux ? Tout ça juste pour que la chaine paye les droits d’auteurs qu’elle doit par contrat aux créateurs de ses séries ? Paf, Canal+ réclame des audits sur ces même organismes, les accusant de fait de mauvaise gestion voire de malversation. Alors qu’ils sont contrôlés annuellement par la cours des comptes, eux. Le débiteur accuse donc ses créanciers pour masquer son forfait : on ne peut pas faire plus cynique !

Inversons à notre tour l’accusation et avec autant de vulgarité insultante : De quand peuvent bien dater les derniers contrôles fiscaux de Canal +, du groupe Bolloré et de Vincent Bolloré lui-même ?