Nous n’oublions pas le rapport Racine

Il y a un peu plus d’un an paraissait le rapport de la mission Racine. Depuis, il a clairement été enterré par les pouvoirs publics. J’ai signé avec 1700 autres artistes-auteurs une tribune dans Télérama rappelant que, nous, nous n’oublions pas.
Nous mettons notre pays face à ses responsabilités : la France assume-t-elle de reléguer ses artistes-auteurs et autrices dans l’angle mort de sa politique culturelle ?
Comme le disait Bruno Racine lui-même, nous ne demandons pas la lune. Nous demandons, à devoirs égaux, les mêmes droits que les autres professionnels de la culture.
Pour lire cette tribune :
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Socialisation, formation, trajectoires et conditions de vie des auteurs de BD en Charente

Je viens de parcourir la riche étude sociologique que Sylvain Aquatias (sociologue) et Alain François (chercheur en histoire visuelle contemporaine) ont consacré aux auteurs et autrices de Bande Dessinée en Charente.

Si vous n’avez pas le temps de la lire en entier, je vous en recommande la conclusion, qui commence page 382. Petit extrait :

Pas de champ, pas d’habitus, peu de véritable structuration professionnelle, il faut le dire clairement : les auteurs de bande dessinée ne sont quasiment jamais uniquement des auteurs de bande dessinée. Cette profession est une invention qui a permis, en son temps, de faire reconnaître la bande dessinée. Cette légitimation a été partiellement au moins la cause de la précarisation des auteurs. Ce n’est pas là un effet habituel de la légitimation d’un art, on l’admettra. Mais il n’y a pas non plus d’École Nationale ou de Conservatoire de la Bande dessinée, de Scène Actuelle de la bande dessinée, de labels nationaux distinguant un atelier, une maison d’édition, etc. C’est la conséquence d’une légitimation qui n’a pas été à son terme, quoi qu’on puisse en dire, en laissant le marché seul diriger le destin des auteurs, sans régulation aucune.

Vous pouvez télécharger l’étude complète sur le site de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image :

PS : je suis aussi heureux de voir que les travaux des États Généraux de la Bande Dessinée continuent à nourrir en profondeur la recherche sur les auteurs et autrices de Bande Dessinée.

Confinement sanitaire : et nos ateliers ?

Auteurs, autrices, pouvons-nous nous rendre à notre atelier pour travailler ? Il est évident que pour que le confinement sanitaire soit le plus efficace possible, ceux qui le peuvent doivent rester chez eux. Mais le manque de certains matériels ou de place à domicile peuvent imposer de devoir aller travailler à son atelier.

Heureusement, si on lit le décret1 qui régit le confinement sanitaire actuel, il semble tout à fait possible de continuer à s’y rendre, et ce sans limite de temps ni de distance. Je vous renvoie à ce sujet l’analyse juridique2 du syndicat CAAP, qui est comme toujours des plus justes

Cependant on sait que pendant le premier confinement certains représentants des forces de l’ordre se sont montrés très inquisitoriaux. Il ne faut donc surtout pas hésiter à abuser des documents prouvant à la fois que vous êtes auteur et que vous avez un atelier professionnel.

Voici une petite liste de documents à présenter en cas de contrôle :

Attestation de déplacement dérogatoire :

  • Case cochée : « déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle ».

Attestations que vous êtes artiste-auteur :

  • attestation Urssaf artiste-auteurs
  • avis de situation SIREN (si vous avez un SIREN)
  • copie de relevé récent de droits d’auteur
  • copie de contrat d’édition
  • tout simplement un de vos livres les plus récents

Document prouvant l’existence du local professionnel :

  • copie du bail de location
  • copie de l’avis de taxe foncière
  • attestation d’assurance
  • facture téléphone, EDF etc. récente
  • pourquoi pas copie d’un article de journal présentant l’atelier

N’hésitez pas à multiplier les pièces, au cas où vous tomberiez sur un contrôleur exagérément tatillon.

Voilà, bon courage à tous !

Notes

1Décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042475143

2Statut Facebook du CAAP, Comité Pluridisciplinaire des Artistes-Auteurs·trices : https://www.facebook.com/caapartsvisuels/posts/1566750660179920

Un minimum de sérieux ?

Quand même, ça fait un peu peur de voir le grand n’importe quoi avec lequel Amazon.fr traite nos livres.

Je découvre que la plateforme de vente en ligne a attribué notre prochain livre, Inhumain, à une certaine Geneviève Mangin au lieu de Valérie Mangin, et ce comme illustratrice au lieu de scénariste. Bon, heureusement, Thibaud De Rochebrune et moi n’avons pas été virés. En fait, si, mais sur l’édition spéciale, qui n’a plus d’auteur du tout. Toujours plus fort, elle est classée, accrochez-vous, en « Livres › Sciences, Techniques et Médecine › Personnages scientifiques ». Enfin, les deux éditions sont marquées comme brochées au lieu de reliées…

On se demande qui indexe les livres chez Amazon. Si c’est même fait en France, voire par un humain. Franchement, Amazon, histoire de sauver au moins les apparences, embauchez un vrai libraire formé pour ce poste-là.

Précisons que d’autres librairies en ligne ne font souvent pas beaucoup mieux. N’est-ce pas étrange pour ces commerçants de se montrer aussi incompétents et depuis aussi longtemps sur ce qui est pourtant la vitrine de leur activité ? Imaginerait-on un marchand de fruits et légumes marquer fraises sur des framboises ?

Pas de pénalité URSSAF, ou presque…

Chers confrères et consœurs, si à cause des nombreux bugs vous n’arrivez pas à déclarer vos revenus sur le site de l’URSSAF avant le 1er septembre, ne paniquez plus : il n’y aura pas de pénalité de retard. L’URSSAF vient en effet enfin d’admettre par un tweet la panade dans laquelle elle a mis les artistes-auteurs.

Ceci dit, c’est la moindre des choses ! Les auteurs et autrices ne sont pour rien dans tout ça, il aurait été hallucinant de les pénaliser ! On aimerait maintenant que l’URSSAF leur présente des excuses, vu les heures de travail perdues à remplir un site dysfonctionnel et les angoisses que ça a provoquées chez beaucoup d’artistes-auteurs. En fait, les pénalités, nous les avons déjà payées, en temps et en stress…

Ces problèmes, nous les avions vu venir à la Ligue des auteurs professionnels. Il y a un an, avec d’autres, nous avions dit aux ministères de tutelle que la réforme ne serait pas prête à temps, que c’était trop risqué, qu’il fallait la reporter d’une année. En vain.

Ce n’est pas la première fois que nous avons raison, hélas. Va-t-on enfin nous écouter ? Va-t-on enfin se rendre compte que nous sommes juste des auteurs et autrices au courant de comment ça se passe pour nous en vrai ? Que nous connaissons mieux les problèmes du terrain que tous ceux qui fantasment de loin sur ce que serait la vie des créateurs et créatrices ? Les pouvoirs publics et leurs mauvais conseilleurs chercheraient à faire couler les plus précaires des artistes-auteurs, ils ne s’y prendraient pas autrement. Mais ce n’est pas un complot, c’est juste la conjonction de l’incompétence et du cause-toujours-tu-m’intéresses.

En clair : il est vraiment urgent que les pouvoirs publics arrêtent de pénaliser les artistes-auteurs au lieu de les aider !

UK Comics Creators research report 2020

Je découvre par un confrère et ami qui habite à Londres la publication du rapport de l’UK Comics Creator Survey, un projet monté par l’autrice Hannah Berry.

623 créateurs de comics du Royaume-Uni ont répondu à une enquête réalisée entre le 18 avril et le 19 mai 2020. Les données ont été collectées, anonymisées et analysées par une société spécialisée, Audience Agency, qui a ensuite rédigé un sérieux rapport. Le tout a été financé par the Arts Council England, the British Council and the University of Dundee.

C’est un instantané très précis de la scène BD britannique qui offre un passionnant parallèle avec l’étude auteurs des États Généraux de la Bande Dessinée (France, Belgique, Suisse, entre autres). Pour ceux qui sont intéressés de découvrir nos ressemblances comme nos différences, et qui lisent l’anglais, c’est ici :

Auteur de BD, une profession à succès ?

Crédit photo : Rudy Waks / Canal+

Antoine de Caunes présentera à la rentrée sur Canal+ une émission nommée Profession. Le premier numéro sera consacré aux auteurs de Bande Dessinée. Invités, Nine Antico, Pénélope Bagieu, Christophe Blain, Catherine Meurisse, Cyril Pedrosa et Riad Sattouf.

Étrange liste. Vouloir parler d’une profession en n’invitant quasiment que des auteurs à succès, c’est d’office ne parler que de l’aristocratie de ce métier. Un travers confirmé sur le plan culturel par la focalisation sur la seule bande dessinée de type Télérama-France-Inter.

Nine Antico aère un peu ce panel, mais on aurait aimé y voir un auteur de genre, si possible bien méprisé par le tout Paris, mais aussi un vieux qui ne s’en sort plus, une très jeune qui commence, un ou une scénariste, mieux un ou une coloriste… la liste des professionnels oubliés est très vaste.

Je ne reproche surtout pas aux auteurs et autrices invités dans cette émission leur réussite, bien au contraire, c’est assez rare dans nos métiers pour qu’on se réjouisse pour eux. Le reproche, c’est aux producteurs et à l’animateur de cette émission qu’il faut le faire. Si les autres numéros sont aussi peu représentatifs des métiers abordés, c’est Success Stories plus que Profession qu’il faudrait l’appeler…

Pour ceux qui veulent avoir une idée de la variété, et souvent de la précarité des auteurs et autrices de Bande Dessinée, on ne peut que leur recommander de parcourir l’enquête des États Généraux de la Bande Dessinée que nous avions réalisée en 2016 :

La chaîne du livre comprend-elle la gravité de la situation… pour elle ?

Ces derniers jours, on a pu constater que le SNE, Syndicat national de l’édition, a décidé de traiter la Ligue des auteurs professionnels comme un ennemi. En assemblée générale, son président lui reproche de ne pas être raisonnable, d’avoir des positions excessives, de rendre toute discussion impossible. Jusqu’à proposer d’influencer d’éventuelles élections professionnelles pour écarter les syndicats d’auteurs qui leur déplairaient, au mépris de la démocratie sociale1. Pourtant, pour ce qui est de rendre toute discussion impossible, le SNE a pris plus que sa part dans les dernières années.

Quand nous avions créé les États Généraux de la Bande Dessinée en 2015, c’était dans l’idée de rassembler le plus d’acteurs possible de la BD pour constater la situation et chercher des solutions. Beaucoup accueillirent favorablement la proposition, et acceptèrent d’y participer, dont en particulier le SNE, Syndicat national de l’édition2. Nous étions plein d’espoir.

 

Les partenaires des États Génaraux de la Bande Dessinée en 2015

Mais dès que nous avons publié l’étude auteurs, avec ses constats effrayants, nous avons senti que l’ambiance changeait. Au lieu de dire « il va falloir prendre ce problème à bras le corps », le reste de la chaîne du livre, dans sa très grande majorité, a détourné le regard et bouché ses oreilles. Pire, beaucoup ont nié la situation dévoilée par les réponses de 1500 auteurs et autrices de BD. Encore pire, des éditeurs ont accusé cette enquête statistique, pourtant des plus solides, d’être totalement fausse.

La grande majorité de la chaîne du livre a donc mis fin, de facto, à la discussion : comment travailler ensemble à une amélioration quand on nie l’ampleur voire l’existence d’un problème ? Pour moi qui suis un négociateur dans l’âme, moi qui suis persuadé, peut-être naïvement, que la plupart des humains veulent plutôt arranger les choses, ce fut une grande déception.

Nous, auteurs, autrices, n’avons donc pas eu d’autre choix que de constater cette situation de blocage et de passer à une revendication plus frontale pour essayer de stopper la dégradation de notre situation sociale et économique.

Ce qui s’est passé depuis cinq ans vient confirmer les pires pronostics pour les auteurs et autrices. Pourtant, ceux qui niaient le problème, et refusaient donc de changer quoi que ce soit, ceux-là viennent maintenant nous expliquer que nous sommes de dangereux syndicalistes qui menacent la gentille cohérence de la chaîne du livre…

Il n’est donc pas difficile de prévoir l’avenir si rien ne change. Dans 10 ou 20 ans, la fracture entre les créateurs et créatrices et le reste de l’industrie du livre sera totalement ouverte. Majoritairement, pragmatiquement, les auteurs et autrices feront le choix de se passer de la chaîne du livre pour accéder à leurs lecteurs. C’est à ce moment qu’on entendra tous ceux qui niaient la situation des auteurs, et en particulier le SNE, pleurer sur leur business perdu.

Si les membres du SNE veulent échapper à ce destin, c’est maintenant qu’il faut négocier. Et pas avec ceux qui ont peur d’eux ou les flattent, mais avec ceux qui leur disent la terrible vérité sur la situation. C’est maintenant, pas quand il sera trop tard pour toute la chaîne du livre.

Notes

Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens 2020

Distribution de la revue Le Festival s’invite chez vous à Amiens
Les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens est un des tous meilleurs festivals de France. Mais, cette année, il n’était évidemment pas question de réunir 30 000 personnes en pleine crise sanitaire. Comme l’équipe n’a pas voulu ne rien faire, elle a trouvé de bonnes idées pour nous donner tout de même rendez-vous.
Des directs

De nombreux directs live seront proposés sur la page Facebook du festival. Entre autres avec votre serviteur, samedi matin.

Vendredi 5 juin
– 18h : introduction par Thierry Cavalié, président de l’association On a marché sur la bulle
– battle de dessin en direct avec Greg Blondin, Olivier Frasier, Hardoc et David Périmony

Samedi 6 juin
– 11h15 : table ronde « Quel statut pour les auteurs ? » avec Valérie Mangin et Denis Bajram
– 13h : le coup de cœur bénévole
– 14h : fabrique de la Bande Dessinée avec Laurent Lefeuvre
– 15h : dessin live avec Aude Mermilliod
– 16h : petite fabrique de la Bande Dessinée avec Dav
– 17h : interview avec Cyril Pedrosa

Une revue

L’équipe propose aussi  une revue spéciale Le Festival s’invite chez vous. C’est 86 auteurs et autrices qui ont répondu à l’invitation.

Malgré mon amitié pour les Rendez-vous d’Amiens, j’avoue que je n’ai pas réussi à trouver une idée assez originale pour participer. Il faut dire qu’en plein confinement, ce n’était pas simple de rester positif. Et je ne me voyais pas plomber encore plus l’ambiance…

Bref la revue est dores et déjà distribuée dans Amiens et  lisible en ligne :

Et plus

Enfin, pendant tout le mois de juin, vous pourrez retrouver sur sa page Facebook des vidéos de dessinateurs et dessinatrices, des interviews interactives et bien plus encore…  Bref, un Rendez-vous à ne pas manquer !

Enfin, je tiens à remercier les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens, et en particulier Pascal Mériaux, d’avoir dès le début de la crise sanitaire travaillé à ce que les auteurs et autrices invitées soient payées malgré l’annulation. La plupart ont déjà des revenus très précaires en temps normal et il est donc plus important que jamais de les soutenir. Merci au festival et à ses financeurs d’avoir pris cet engagement.

Vivre de son Art

Le dernier numéro de Casemate a mis en avant dans son courrier des lecteurs la lettre d’un certain Guy. Pour résumer, Guy pense que les auteurs de Bande Dessinée qui n’arrivent pas à gagner leur vie avec devraient changer de métier au lieu de se plaindre. Cela a évidemment provoqué pas mal de réactions chez les auteurs et autrices. Mais Guy pose une question à laquelle il faut bien aujourd’hui se décider à répondre.

Casemate 135, juin 2020
Casemate 135, juin 2020

Depuis des années, des gens, parfois très gentils, venaient m’expliquer régulièrement, comme Guy, que les auteurs et autrices qui ne s’en sortent pas devraient chercher un autre métier, que c’est la vie, que c’est comme ça.

Je répondais à chaque fois en leur demandant pourquoi, à leur avis, je militais pour défendre ces auteurs sans succès, moi qui en avais. Et pourquoi plein d’autres auteurs très installés le faisaient aussi. Ça provoquait en général un grand blanc. Je leur expliquais qu’avant d’atteindre la reconnaissance, la plupart des auteurs devaient passer par de longues années de galère. Que pour qu’il y ait un succès, il faut hélas souvent 100 auteurs qui triment. Donc que dire à tous ceux qui ne s’en sortent pas, ou mal, de passer à autre chose, c’est juste dire à la BD d’arrêter de générer de nouveaux succès à très court terme. C’est donc dire, dans le fond, à tous les auteurs de disparaître.

De fait, l’explosion du nombre d’auteurs et d’autrices de BD depuis deux décennies change profondément ce fonctionnement. Aujourd’hui, de plus en plus d’éditeurs attendent un succès rapide voire immédiat et n’insistent plus si ce n’est pas le cas. Il faut dire qu’il y tellement d’auteurs qui attendent à leur porte qu’il peut paraître plus simple de passer au suivant pour voir si ça marchera mieux… Il faut l’admettre, avec cette méthode, de nouveaux succès apparaissent bien, même s’ils sont souvent moins gros qu’auparavant. Et tant qu’il y aura de la chair à canon, ça continuera.

 

Que répondre aujourd’hui à ceux qui pensent comme notre Guy si beaucoup d’éditeurs eux-mêmes émettent ce message dans leur comportement ?

Pour commencer, que c’est en train de tuer une bonne partie de la bande dessinée, celle qui nécessite beaucoup de temps, un travail long et continu. Si les gens ne peuvent plus dessiner que le week-end et le soir, cela les pousse à adopter un dessin plus rapide, à l’antithèse de qui s’était développé auparavant avec la professionnalisation. Ce n’est pas qu’un changement économique, c’est aussi inévitablement un changement esthétique majeur. Et il a commencé très évidemment depuis des années (il faudrait que je revienne sérieusement sur ce sujet un jour, il y une toute histoire de notre Art  par le prisme économique et social qui reste à écrire).

Il faut aussi craindre qu’il faille toujours plus de chair à canon pour alimenter cette bataille. Or si les perspectives d’en vivre deviennent évidemment bouchées, que se passera-t-il ? Qui acceptera de payer des études de BD à 20 000 € ou plus s’il est quasiment sûr de ne jamais en faire son métier ? Qui va se lancer sur un chemin aussi difficile si l’espoir d’atteindre ne serait-ce qu’une première étape s’éloigne plus vite qu’on arrive à marcher ?

Enfin, si les éditeurs n’offrent plus des conditions professionnelles, voire simplement plus des revenus permettant aux auteurs au moins de survivre, s’ils continuent à utiliser l’argent économisé ainsi pour augmenter la production, tout cela pour tester de plus en plus de livres, et d’auteurs, si les livres, trop nombreux, continuent de se vendre à cause de cela de moins en moins, pourquoi les auteurs continueraient-ils à aller voir un éditeur ?

 

En observateur de ce milieu éditorial depuis trois décennies, je me demande quand les auteurs et autrices vont vraiment craquer. L’amour de la Bande Dessinée a fait faire à des milliers d’entre eux des sacrifices délirants. Combien de temps cela va-t-il durer ? J’ai l’intime conviction qu’à un moment, les chances d’être seulement un peu visible vont devenir trop faibles, et qu’une génération complète de nouveaux auteurs potentiels va décider de ne pas y aller.

Ce jour-là, les Guy de la BD comprendront en quoi leur vision était à très court terme.