payetonauteur.com

Le site payetonauteur.com vient d’être lancé conjointement par La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse et le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) pour prolonger la solidarité de la campagne #PayeTonAuteur. C’est une très bonne nouvelle de voir les deux organisations d’auteurs se rapprocher ainsi pour mieux défendre les auteurs jeunesse et bande dessinée !

Paye ton auteur

Le salon Livre Paris se fait prier pour payer les auteurs en intervention. Et pas qu’un peu.

Ce sont les adhérents de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse qui avaient lancé l’alerte : cette année, le salon du livre ne voulait pas les rémunérer. C’était s’en prendre à un symbole, car La Charte a su obtenir depuis longtemps le paiement des interventions des auteurs et autrices jeunesse. Cette bonne pratique a même été imposée par le Centre National du Livre à tous les festivals qui touchent ses subventions.

Mais voilà, Livre Paris est un salon, c’est à dire une organisation à but lucratif, contrairement à un festival. Comme il ne touche pas de subventions du CNL, il s’est donc senti libre d’imposer la gratuité aux auteurs. Au mépris des usages, au mépris surtout du travail qu’il leur demande de fournir.

Détail plus que croustillant, c’est le SNE, le syndicat des éditeurs, qui organise ce salon, même s’il est délégué à un prestataire, Reed Expositions. C’est donc, très symboliquement, le syndicat des éditeurs qui affiche par ce biais qu’un auteur ça ne se rémunère pas.

Aujourd’hui, suite à une première bronca des auteurs de La Charte, Livre Paris a accepté de payer… enfin, pas exactement toute le monde… enfin, c’est compliqué, vous comprenez…

Chers éditeurs, il serait peut-être temps d’appeler vos élus au SNE pour râler, non ? Acceptez-vous vraiment, que le seul salon organisé par votre syndicat affiche aussi ostensiblement son mépris des auteurs ?

#PayeTonAuteur

L’auteur de BD de demain

Voici la vidéo de la table ronde que j’ai modérée lors du dernier festival d’Angoulême. Elle peut tout à fait s’écouter en mode radio.

Avec Maliki et Boulet (auteurs), Becky (Maliki.com), Emmanuel de Rengervé (SNAC) et Elodie Goncalves (ULULE)., nous nous sommes interrogés sur l’auteur et l’autrice de bande dessinée de demain. Quelles sont les tendances et mutation de nos métiers ? Quelles perspectives pour l’édition, l’auto édition, le financement participatif et les activités annexes ?

Je ne peux que vous recommander d’écouter aussi les deux autres tables rondes organisées par le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC), qui sont tout autant riches en informations :

Mission BD ministérielle

Françoise Nyssen confie à Pierre Lungheretti une mission de réflexion sur la politique nationale en faveur de la bande dessinée

A l’occasion de son déplacement au festival d’Angoulême, le 25 janvier, Françoise Nyssen a fait part de sa décision de confier à Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image, une mission de réflexion ayant pour objectif la refondation de la politique nationale en faveur de la bande dessinée.

A l’occasion de son déplacement au festival d’Angoulême, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a fait part de sa décision de confier à Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image, une mission de réflexion ayant pour objectif la refondation de la politique nationale en faveur de la bande dessinée.

La bande dessinée est une pratique culturelle majeure1; elle occupe une place de premier plan dans la création contemporaine et sa diffusion connaît une forte croissance. Elle représente près de 10 % du chiffre d’affaires de l’édition. Alors qu’elle a connu un nouvel essor, les politiques publiques ont manqué d’une nouvelle ambition. La vitalité et l’importance de ce secteur justifient sa reconnaissance pleine et entière dans le cadre d’une politique publique d’ensemble.

Une réflexion sur les politiques en faveur de la bande dessinée gagnerait à s’interroger sur : la préservation du patrimoine de ce secteur et la régulation du marché de l’art ; l’exposition et la diffusion publique de la bande dessinée dans les territoires et à Paris, son apport à l’éducation artistique et culturelle ; la formation des auteurs, les différents secteurs de l’image où ils peuvent s’insérer, l’accompagnement de leur carrière par les différentes aides publiques.

La mission, qui sera menée en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, vise donc à proposer des orientations stratégiques et concrètes sur ces axes, de nature à structurer l’action des acteurs publics à l’égard de la bande dessinée.

La remise du rapport de cette mission est attendu pour le mois de septembre.

Directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image à Angoulême, Pierre Lungheretti a été choisi pour sa grande connaissance des politiques culturelles et du secteur de la bande dessinée. Il a notamment été directeur du cabinet de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, adjoint au directeur général de la création artistique puis directeur régional des affaires culturelles de Poitou-Charentes.

www.culturecommunication.gouv.fr

Pierre Lungheretti, a été nommé à la tête de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image juste avant le festival d’Angoulême 2016. Je me souviens qu’il avait immédiatement commencé par rencontrer tous les acteurs de la Bande Dessinée, profitant de notre pèlerinage annuel en Charente. Je me souviens qu’il avait, dans ce cadre, pris rendez-vous avec les auteurs et leurs organisations représentatives. Une démarche qui n’avait pas semblé, jusque là, une nécessité pour bien d’autres acteurs institutionnels (c’est vrai, quoi, les auteurs, à quoi ça sert). Je me souviens de quelqu’un de très attentif dès notre premier rendez-vous, qui a dû avoir lieu quelques heures après que nous ayons remis les résultats de l’étude auteur des États Généraux de la Bande Dessinée. Cette attention ne s’est jamais démentie, et s’est depuis traduite en actions. Les EGBD n’ont pas signé une convention de partenariat avec la CIBDI par hasard…

C’est une très bonne nouvelle que le Ministère de la Culture ait compris l’ampleur des problématiques propres à la Bande Dessinée, et qu’il lance une mission de réflexion sur la politique nationale en sa faveur. Je peux imaginer que Pierre n’est pas pour rien dans cette idée, et je suis très heureux que ce soit lui qui s’en occupe. Je lui souhaite bon courage, j’ai appris avec le temps que le milieu de la Bande Dessinée, (auteurs, éditeurs, libraires, institutions, etc etc) est d’une complexité redoutable, qu’il tire à hue et à dia, et qu’il n’est pas simple d’y obtenir des consensus. Mais si quelqu’un peut réussir à le faire, c’est bien Pierre.

Non, non, je ne lui mets pas du tout la pression. 🙂

Angoulême 2018

Affiche de CoseyMon programme pour le festival d’Angoulême 2018, du 25 au 28 janvier :

Pour le public

Je serai sur le stand de Casterman pour trois séances de signatures (sans dessin) :

– le jeudi de 15h à 16h
– le vendredi de 15h30 à 16h30
– le samedi de 18h à 19h

Venez avec vos questions et vos sujets de discussions 🙂

Pour les auteurs

Je serai présent aux “P’tit Dej” organisés par le SNAC jeudi, vendredi et samedi matin. Ces tables ronde se tiendront dans le Magic Mirror, cour de l’Hôtel de ville d’Angoulême, à partir de 9h30. Une boisson chaude et des viennoiseries vous seront offerts. Ces “P’tit Dej” sont réservés aux auteurs et aux étudiants en cycle de bande dessinée sur présentation de leur badge ou carte d’étudiant.

J’animerai en particulier, le vendredi, la table ronde « Quel sera l’auteur, l’autrice de bande dessinée de demain ? Quelles sont les tendances et mutation de nos métiers ? Quelles perspectives pour l’édition, l’auto édition, le financement participatif et les activités annexes ? » Avec Maliki et Boulet (auteurs), Becky (Maliki.com), Emmanuel de Rengervé (SNAC), Elodie Goncalves (ULULE). Modération : Denis Bajram (EGBD).

Pour conclure

En vérifiant mon planning, je vois qu’il ne me reste qu’une heure de libre jeudi après-midi. Autrement c’est rendez-vous sur rendez-vous de 9h30 à 19h30, et ce tous les jours. En effet, le festival BD d’Angoulême, au delà de tout ce qui est public, c’est aussi un salon professionnel. Depuis des années j’y viens aussi pour rencontrer éditeurs, libraires, représentants, journalistes, institutionnels, auteurs voire amis, tous venus du monde entier. Tout cela dans les salons feutrés des hôtels charentais, dans les arrière-boutiques surchauffées des stands d’éditeurs, dans les restaurants, les bars et autres magic mirrors… On règle souvent en quatre jours ce qui aurait pris des mois à organiser. Épuisant mais passionnant !

Bon festival à tous !

RAAP : résultat des élections

Élection RAAP : renouvellement profond du conseil d’administration ! Ce résultat est très significatif du désaccord des auteurs et des artistes avec la gestion de leur régime de retraite complémentaire. Frédéric Buxin, le président emblématique de la si détestée réforme des “8%” ne sera plus que suppléant. Les candidats soutenus par le SNAC ont, eux, tous été élus.

Félicitation en particulier à mon camarade d’atelier virtuel, Alexis Sentenac, qui va se charger de porter la voix des auteur de BD au conseil d’administration !

CSG des auteurs : la compensation

Très bonne nouvelle ce matin au sujet de la compensation de la hausse de la CSG pour les auteurs et artistes ! La pression que les organisations de créateurs ont mis sur le Ministère de la Culture, en direct ou via les parlementaires et personnalités que nous avons contactés, a enfin obtenu l’effet escompté. Nous restons vigilants, mais l’engagement de ce matin est politiquement franc et pragmatiquement clair.

On regrettera tout de même que ce soit au Ministère de la Culture de financer cela sur son budget, et non une compensation interne à la Sécurité Sociale comme pour les salariés. Il faudra aussi veiller que ce dispositif soit bien pour tous les artistes auteurs, et non seulement pour les affiliés (c’était le problème de l’amendement passé au Sénat), nous attendons avec impatience de voir le projet réglementaire. Enfin, si tout devait être résolu pour 2018, il va falloir très vite que le Ministère nous explique la manière dont cela fonctionnera à partir de la grand réforme AGESSA MDA de 2019.

La ministre de la Culture s’est mobilisée pour trouver une solution permettant de garantir aux artistes auteurs un maintien de leur pouvoir d’achat dans le contexte de hausse de la CSG.

Afin de sécuriser le dispositif, le Gouvernement a choisi par voie réglementaire un mécanisme de compensation qui sera mis en œuvre par les organismes agréés gérant le régime de sécurité sociale des artistes auteurs (Agessa et Maison des Artistes) et qui sera financé sur le budget du Ministère de la Culture en 2018.

Ce dispositif ne sera pas une subvention destinée à s’acquitter de la cotisation vieillesse de base, mais bien une mesure de garantie du pouvoir d’achat.Le communiqué complet www.culturecommunication.gouv.fr

La BD est-elle encore populaire ?

Ça parle beaucoup ces derniers jours de ce que devrait être le métier ou le statut d'”auteur de BD”, du fait qu’il n’aurait jamais existé, du fait qu’il serait à créer ou du fait au contraire qu’il serait en train de disparaître. Puisqu’on parle de perspective historique, je vais vous en proposer une. Mais elle n’a rien des lendemains économiques qui chantent.

“Auteur de BD” n’a jamais été autant un “métier” que pendant les 30 Glorieuses, l’âge d’or de la BD populaire. Les auteurs étaient payés à la pige ou étaient salariés des journaux, certains même avaient la carte de presse. Personne ne roulait sur l’or, mais peu étaient pauvres. Quelques-uns gagnaient très bien leur vie, ceux qui avaient droit en plus à des “albums” qui collectaient les aventures parues dans les journaux, ou les quelques vedettes de presse (Gillon me disait qu’il gagnait des fortunes à France Soir, par exemple). Bref, la plupart gagnait décemment leur vie parce qu’ils livraient chaque semaine ou chaque mois un travail régulier à un employeur régulier pour un revenu fixe. C’était tout sauf des droits d’auteurs d’un livre, il y avait, de fait, une péréquation des revenus au sein des rédactions : l’argent gagné par le journal étai, de fait, redistribué de manière relativement homogène entre les auteurs (une fois les bénéfices patronaux pris, bien sûr, et à de rares exception près). Car il y avait de l’argent, malgré les faibles prix des périodiques, tout simplement parce que le public était beaucoup plus nombreux. La BD n’a jamais eu autant de lecteurs qu’à l’époque. Des millions de jeunes allaient acheter des tonnes de revues toutes les semaines, dont beaucoup tiraient à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Tintin, Spirou, Pif, Mickey et des centaines d’autres…

Il faut dire qu’à l’époque, il n’y avait pas ou peu de télévision et que le cinéma n’était pas très accessibles en dehors des centres villes ou du patronage catholique le jeudi après-midi. La BD était quasiment le seul art narratif visuel à diffusion de masse. Elle occupait tout l’espace occupé aujourd’hui par la télévision, le jeu video et les contenus internet… Il ne faudrait vraiment pas sous-estimer l’impact négatif sur nos métiers de l’entrée en masse dans les foyers de la télévision à la toute fin des années 70 et l’explosion des programmes pour la jeunesse avec l’apparition des chaines privées. Le grand public, au fur et à mesure qu’il a pu occuper son temps libre et ses envies de fictions visuelles devant le petit écran, a délaissé les journaux.

Mais, par dessus, il y a eu un phénomène concomitant qu’on ignore trop souvent dans l’équation : au même moment, les nouvelles générations d’auteurs, pourtant biberonnés au populaire, ont voulu sortir de la seule BD pour la jeunesse et obtenir une reconnaissance culturelle. A partir des années 80, la simultanéité de l’abandon du populaire/jeunesse par les auteurs les plus prometteurs au profit d’une BD plus adulte et de l’arrivée de la télévision jeunesse de masse ont ravagé et presque totalement détruit la presse. Le public conquis pendant les 30 Glorieuses est passé à l’album, dont l’âge d’or sera les années 80 et 90.

On a donc basculé d’un produit peu cher et de grande diffusion à un produit de plus en plus cher et de bien plus faible diffusion (à de rares exceptions près). Ce repli du lectorat sur les seules classes moyennes éduquées est un effondrement économique dont on ne parle pas du tout assez. L’arbre des millions d’Asterix masque la forêt des albums à 14.50 euros ou plus (14.50 euros !!) vendus à seulement quelques milliers exemplaires. Et si un certain public jeune et populaire a continué à entrer en librairie pour des nouveautés BD, c’est parce qu’il a trouvé avec les mangas une périodicité de presse, des tarifs accessibles mais surtout des auteurs qui s’intéressaient encore à lui.

On va me dire “mais les centaines de milliers d’Arabe du futur, c’est pas un succès grand public ?” Non, c’est un colossal succès chez les CSPP+. C’est aux classes moyennes supérieures ce qu’Asterix est au Français moyen : tout le monde l’achète. Bon, c’est dommage, malgré ce succès fou, un lectorat sociologiquement plus resserré fait que ça vendra toujours 10 fois moins. Donc que l’édition y gagnera toujours 10 fois moins à injecter dans le financement des autres créations. On voit le le phénomène de resserrement du public très clairement si on regarde la timeline : Décennies 1950/1970 : des millions de lecteurs toutes les semaines avec la presse => Décennies 1980/1990 : des millions de lecteurs sur plusieurs titres, et une longue traine de séries à plus de cent mille exemplaires => Décennies 2000/2010 : à l’exception d’Asterix, plus que quelques best-sellers aux centaines de milliers de lecteurs…

Tous les phénomènes transitoires qui ont marqué la fin des périodiques sont toujours à l’œuvre. La péréquation des revenus qu’il y avait au sein des rédactions a été définitivement remplacée par l’individualisation des revenus : un auteur, son livre, son argent, avec une avance sur droit en correspondant plus au travail, mais aux faibles espoirs de vente. Chaque génération d’auteurs semble aussi vouloir encore plus de reconnaissance culturelle. Sans doute déjà parce que les succès grand public semblent devenir inaccessibles et que, quitte à mourir de faim, autant le faire avec classe. Mais surtout, beaucoup des jeunes auteurs ne veulent pas passer pour un crétin, parce que c’est l’image que tout le monde renvoie de la BD populaire. Et puis, la voie royale est devenue l’école de BD. Mais pour pouvoir s’offrir une école privée (elles le sont quasi toutes), il faut venir d’un milieu favorisé. C’est avec tout cela qu’on est passé d’un milieu d’auteurs majoritairement issus des classes populaires à un recrutement dans les classes bourgeoisies et moyennes éduquées. Et comme un auteur parle naturellement à sa classe sociale d’origine… C’est comme ça qu’on s’est mis à dire “livre” à la place d'”albums”, et à vouloir faire du “roman graphique” à la place de la “BD”. En plus, les auteurs de demain sont les jeunes lecteurs d’aujourd’hui : le cycle suivant aura toujours tendance à accentuer les phénomènes en cours dans le précédent.

Bref, cycle après cycle, le public se raréfie, se concentrant toujours plus vers des classes moyennes supérieures de plus en plus éduquées, capables de se payer (et d’apprécier) des romans graphiques à plus de 20 euros. Et comme, cycle après cycle, les auteurs s’éloignent aussi de plus en plus du grand public…

De moins en moins de public, compensé par des livres de plus en plus chers : combien de temps est-ce tenable ? Est-ce que la BD est condamnée à devenir aussi grand public que la musique classique ?

Je ne mets évidemment aucun jugement esthétique dans tout ça. Je suis moi-même un pur produit de la bourgeoisie culturelle. J’ai moi-même milité pour la reconnaissance culturelle de la Bande Dessinée. Mais quand on me dit qu’Universal War, dans toute sa complexité, est “grand public” ou “populaire”, je suis toujours inquiet : le milieu de la BD semble avoir vraiment oublié ce que c’est que la BD populaire, de la BD accessible à toute la population en âge de lire…

Ah, oui, vous remarquerez aussi que je n’ai pas parlé de surproduction. On lui a quand même un peu facilement collé toutes les problématiques économiques sur le dos.

PS: ceci est au départ un statut facebook, pas un livre de sociologie de 300 pages, il contient bien sûr pas mal de raccourcis et d’approximations volontaires.

Grève ou pas grève ?

Certains demandent aux organisations d’auteurs de s’exprimer sur l’appel à la grève à Montreuil et à Angoulême lancé par le CAA, Collectif Artistes Auteurs. En tant que “figure” de la lutte en faveur des auteurs, on me somme même dans plusieurs groupes Facebook de donner mon opinion sur le sujet.

Petite analyse personnelle, et je précise bien je ne m’exprime ici qu’en mon nom : Si les différentes organisations d’auteurs avaient pensé qu’il était possible de réussir des grèves significatives et que, une fois réussies, ces grèves pouvaient obtenir des résultats significatifs, elles auraient appelé à la grève depuis longtemps. D’autres modes d’action ont donc été choisis, adaptés à chaque fois aux revendications, aux capacités à mobiliser et aux cibles de ses revendications. Pour le cas précis de la CSG, par exemple, elles ont plutôt opté pour la discussion directe avec le Ministère de la Culture et avec les députés et les sénateurs (et j’ai donc travaillé longuement dans ce sens). Croyez-moi, les amendements parlementaires sur le sujet ne sont pas sortis tout seuls d’un chapeau de magicien.

Certains auteurs et artistes décident de ne pas suivre les choix tactiques des organisations représentatives et d’appeler unilatéralement à la grève. Que peuvent dire ces organisations ? Soutenir cette action, alors qu’elles avaient décidé que ce n’était pas la bonne solution, pourrait ressembler à un retournement de veste ou à une récupération du plus mauvais goût. À l’inverse, s’y opposer reviendrait à nier le droit des auteurs à lancer ce genre d’initiatives, ce qui serait évidemment illégitime. Ne rien faire et ne pas donner de consigne est donc, hélas, la solution la plus neutre. Je pense que c’est sans doute ce que vont décider la plupart des organisations.

On me somme aussi de m’exprimer personnellement. J’ai pas mal d’amis parmi ceux qui lancent cet appel, et j’ai plus qu’un profond respect pour leurs engagements sociaux et politiques. J’en comprends pleinement les motivations et j’aimerai bien qu’ils arrivent à prouver l’efficacité de ce genre de mobilisations chez les auteurs. Et je suis donc le premier embêté de devoir me résoudre à ne pas prendre parti. Mais je suis trop impliqué dans les structures collectives pour pouvoir m’exprimer totalement personnellement (même si c’est ce que je fais ici). Je ne donnerai donc aucun avis sur ce sujet. Le Collectif Artistes Auteurs a décidé d’y aller, tant mieux, tant pis. C’est bien personnellement que chacun va devoir se faire une opinion et décider s’il veut se joindre ou pas à cet appel à la grève.


PS : J’en profite pour relayer l’appel à manifester de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont les actions sont soutenues depuis longtemps par le SNAC BD :

CSG des auteurs : enfin compensée ?

Enfin une bonne nouvelle sur le front de la compensation de la CSG pour les auteurs et artistes. Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, a ENFIN officialisé ce qu’elle m’avait dit en direct il y a quelques semaines à Angoulême. Elle l’a fait dans le cadre d’une audition à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de finances pour 2018 qui s’est tenue ce mardi 7 novembre. Je cite le communiqué du Ministère : « La compensation de la hausse de la CSG pour les artistes-auteurs : le principe est acquis, et la solution technique retenue sera précisée rapidement ».

Cette promesse enfin officielle est rassurante. Reste qu’aucune solution viable ne semble avoir été pour l’instant trouvée du côté du gouvernement, ce que nous confirment nos sources ministérielles. Les organisations d’auteurs et tous ceux qui se sont impliqués sur ce dossier resteront donc très attentifs dans les jours et semaines à venir.