Le Blog

Antonov 225

Hier soir, j’entraperçois un reportage sur le « plus gros avion du monde » qui apporte huit millions de masques en France. À l’écran, un avion cargo Antonov avec six réacteurs contre quatre habituellement… Il a en plus d’étranges protubérances à l’endroit où les ailes rejoignent la carlingue.

Tout cela me titille l’hippocampe, mais c’est ce matin que je connecte : c’est l’avion qui transportait la navette spatiale russe Bourane dans les années 80 !

 

Antonov An-225 transportant la navette spatiale Bourane au Bourget en 1989. © Master Sgt. Dave Casey - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonov_An-225
An-225 et Bourane au Bourget en 1989
Antonov An-225 et Bourane en vol. © Ralf Manteufel - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonov_An-225
An-225 et Bourane en vol

Mais n’était-ce pas un modèle unique ? Wikipedia me confirme que oui. Et c’est bien lui qui est revenu se poser en France plus de 30 après !

Développé à partir de l’An-124, l’appareil avait pour but premier le transport de la navette spatiale russe Bourane, cependant ses capacités militaires étaient évidentes. Le seul exemplaire achevé de l’An-225 prit l’air pour la première fois à Kiev le 21 décembre 1988. Au cours d’un vol de 3 h 30 min le 22 mars 1989, l’An-225 battit 106 records du monde dont : celui de la masse maximale au décollage avec 508 200 kg, de la charge utile avec 156 300 kg et de l’altitude maximale avec charge en atteignant 12 340 m2. Quelques jours plus tard, le 13 mai 1989, il décolla avec la navette spatiale Bourane et participa au salon du Bourget en juin 1989.

Avec l’effondrement de l’Union soviétique et l’arrêt du programme spatial, la mission initiale de cet appareil fut abandonnée et l’appareil fut remisé en 1994, et ses 6 réacteurs furent démontés pour être réutilisés sur des Antonov 124. La construction du second appareil fut alors arrêtée.

Il reprit du service au printemps 2001 et apparut au salon du Bourget cette même année. Par la suite, il a été exploité par la compagnie ukrainienne Antonov Airlines pour des vols cargos à la demande. Après un chantier de modernisation de 18 mois où il reçoit, entre-autres, un système de gestion des réacteurs conçu en Ukraine, il effectue un vol d’essais le 25 mars 2020.https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonov_An-225

Et pour ceux qui voudraient encore plus d’informations :

 

© Clem Tillier (clem AT tillier.net) - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonov_An-225
Comparaison des tailles des avions géants

Juan Gimenez

Juan Gimenez vient de décéder du COVID-19 à l’âge de 76 ans.

Je me souviens très bien des premières fois où j’ai vu son travail. On était bien avant l’ère informatique et il était un des seuls qui savaient, à la peinture, faire les effets de lumières propres à la science-fiction. À commencer par les lasers.

C’est idiot comment on s’attache parfois à ce genre de détails dans un travail avant de remarquer tout le reste. Car l’art de Juan Gimenez n’était pas avare en talents et en morceaux de bravoure. Grâce à cette profusion, Il était un des rares à parfaitement réussir à combiner la SF d’aspect technologique et l’épique le plus baroque. En ça, il était le maître du space opera en BD. Je me suis souvent dit qu’il aurait été l’illustrateur parfait du Dune de Frank Herbert…

Je cherche un peu mes mots, pris par l’émotion. Vous l’aurez compris, c’est un monument de la bande dessinée de science-fiction qui vient de disparaitre.

Toutes mes condoléances les plus sincères aux siens.

Albert Uderzo

J’apprends le décès d’Albert Uderzo. C’est un extraordinaire dessinateur qui vient de nous quitter. On ne l’imagine sans doute pas en voyant mes BD de science-fiction réaliste, mais J’ai toujours regardé de très près son travail. Albert Uderzo m’a donc beaucoup aidé à progresser, comme il a dû aider beaucoup d’autres dessinateurs et dessinatrices j’imagine. Hélas, je ne l’ai jamais croisé dans des circonstances un peu calmes. Je n’aurai donc jamais eu l’occasion de lui dire toute mon admiration, mais surtout de le remercier pour tout ce qu’il nous a offert.

Avec mes plus sincères condoléances aux siens.

En illustration, un dessin que j’avais posté sur les réseaux sociaux pour ses 90 ans.

 

Être responsables pour ne pas être coupables

Selon qu’on est désinvolte ou paranoïaque, l’actuel coronavirus passe pour une grippette ou pour une maladie mortelle… En fait, tout le monde a raison.

Le principal problème avec le COVID-19, c’est que pour les plus fragiles (mais pas que), il peut vite tourner au « syndrome respiratoire aigu ». Les poumons ne fonctionnent plus correctement et les gens n’arrivent plus à respirer. On peut s’en sortir en étant mis sous assistance respiratoire extra-corporelle dans un service de réanimation hospitalier : en gros, on met en place un circuit externe pour oxygéner directement votre sang.

Dans toutes les autres situations, c’est en effet une simple « grippette ». Mais si cette grippette circule librement, le nombre de cas aigus ne peut qu’augmenter. Et là est le second problème : il n’y a pas du tout assez d’équipements hospitaliers pour mettre en même temps des dizaines de milliers de patients sous assistance respiratoire extra-corporelle. Et c’est à ce moment que risque d’exploser la surmortalité…

Pour résumer, c’est une grippette, très contagieuse mais peu dangereuse. Mais comme elle est très contagieuse, il y a vite beaucoup de cas, et les cas graves ne peuvent plus être tous traités correctement par les hôpitaux. La grippette devient alors tristement mortelle.

Que faire alors ? Être très prudent, pour ralentir au maximum la pandémie. Moins il y aura de cas en même temps, plus les cas aigus auront de chance de s’en sortir.

Personnellement, je ne me sens pas vraiment menacé, mais je ne voudrais pas que quelqu’un de mon entourage meure parce que je lui ai fait la bise, parce que je ne me suis pas lavé les mains ou parce que j’ai voulu continuer à sortir comme si de rien n’était… Espérons que tout le monde comprendra que l’heure est venue de tous nous protéger les uns les autres.

 

PS : Cette réflexion vient après une longue discussion sur Skype avec des amis italiens enfermés chez eux, qui regrettent bien de ne pas avoir été, collectivement, plus prudents plus tôt.

 

Le mot « professionnel » fait toujours peur

Ce matin, je lis une tribune qui s’en prend au rapport Bruno Racine et à la Ligue des auteurs professionnels sous la plume du président de la SGDL. Voilà qui s’ajoute aux récents propos peu confraternels du SNAC. On comprend mieux les tensions qui ont poussé la Ligue à quitter le CPE.

Aujourd’hui, l’attaque porte sur la notion même de « professionnel ». Clairement, un gros mot.

Rappelons-le : la Ligue se bat pour que le plus d’artistes-auteurs possible aient accès à un solide statut professionnel. Étonnement, ce mot de « professionnel », certains nous le reprochent sans arrêt, depuis le début, comme s’il était excluant, comme s’ils avaient peur de ne pas en faire partie, de se retrouver classer dans une catégorie « amateur ». Rappelons bien de quoi nous parlons : de protection sociale, pas d’autre chose ! Pas de savoir qui fait bien ou mal ses livres ! Notre principal sujet est de mieux protéger les auteurs et autrices qui n’ont pas d’autres moyen d’avoir une protection sociale par ailleurs, parce qu’ils n’ont pas d’autre métier en fait. C’est exactement ce que nous disons dans le document que nous avons remis à la mission Bruno Racine, en proposant de mettre en place un « statut à points » qui permette, en multipliant les critères autres que les revenus, de rattraper le maximum de gens, bien en dessous des seuils actuels, et dans des pratiques bien plus ouvertes, dont l’auto-édition.

Bref, depuis des semaines, c’est l’attaque en règle contre la Ligue des auteurs professionnels, quitte à raconter n’importe quoi, quitte à tordre le bras à la réalité ou à nos propos. À les lire, on a l’impression qu’ils paniquent à l’idée qu’on change le statut des artistes-auteurs. Comme s’ils pensaient que la situation actuelle n’était pas si mal, qu’il n’y avait pas de gros problèmes, qu’il n’y avait pas d’urgence, qu’il n’y avait pas de crises grave pour les artistes-auteurs. De fait, si on évacue les immenses difficultés que rencontrent les auteurs et autrices professionnels aujourd’hui, en effet, la situation ne va pas si mal, on continue à publier des livres et ils continuent à être lus. Bref, en effet, continuons à laisser disparaître tous les professionnels, comme ça il n’y aura plus de problème.

La panique de tous ces gens est multipliée par le fait que, si les choses changent, en plus ce n’est pas du tout de leur fait. Car, oui, en un peu plus d’an d’existence, c’est la Ligue des auteurs professionnels qui a énormément fait bouger les choses. Elle est à la base de toute la séquence qui a amené au rapport Bruno Racine. Elle a longuement travaillé pour apporter une très riche contribution, là où ceux qui pleurent aujourd’hui ont fait les choses, disons, avec beaucoup moins de conviction. Notre faute est donc d’avoir osé faire bouger les choses et d’avoir travaillé pour cela ! Et trop vite, apparemment ! En effet, on nous reproche d’imposer un rythme fou, impossible à suivre. Sacrée Ligue, qui irait trop vite alors qu’elle n’est composée que d’auteurs et autrices bénévoles. Surtout, comment peut-on nous dire que nous allons trop vite ? Comment, ça, il n’y aurait pas d’urgence ? Bref, continuons à laisser disparaître tous les professionnels, comme ça il n’y aura plus d’urgence du tout.

On reproche enfin à la Ligue d’être récente, d’être bien jeune. C’est oublier qu’elle a en partie était fondée par des organisations plus anciennes, dont la Charte et ses 45 ans d’existence. C’est oublier, aussi que ces fondateurs sont des auteurs et autrices bénévoles engagés pour certains depuis 20 ans dans la défense et la représentation de leurs collègues. C’est surtout très maladroit : la Ligue a le bon goût, elle, de ne pas traiter les autres de vieillard ou d’impotent…

Tous ces gens ont fait leur possible pour que le rapport Bruno Racine soit enterré, ou ait le moins de conséquences possibles. Tous ces gens sont en particulier opposés à la création d’élections professionnelles. C’est pour ça qu’il faut s’en prendre à la notion de professionnel. Mais, et surtout, il ne faudrait surtout pas que les artistes auteurs puissent dire qui parlera en leur nom demain pour la gestion de leur statut social. À la Ligue, depuis le début, nous sommes pour cette démocratie professionnelle. Parce qu’il n’y a que les créateurs et créatrices pour savoir qui défend vraiment leurs intérêts réels, qui se bat pour régler leurs problèmes de tous les jours, qui leur offre un avenir. Bref, qui ne fait pas comme s’il n’y avait pas de graves problèmes, de vraies urgences, qui refuse que disparaissent tous les professionnels.

Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui veulent que rien ne change pour une chose : vos attaques sont tellement maladroites que vous êtes en train de faire une formidable publicité à la Ligue. Grâce à vous, les auteurs et autrices commencent à bien mieux voir qui est pour que rien ne change et qui est pour que notre statut se renforce enfin sérieusement !

Bref, auteurs, autrices, laissez tomber ceux qui vous disent que « professionnel » est un gros mot. Si vous voulez rester professionnel, ou le devenir, ou les soutenir, adhérez à la Ligue des auteurs professionnels !

Des neurones pour agrandir nos images

Ce matin, en utilisant Waifu2x, et je me suis dit qu’il pourrait rendre service à plus d’un ami, en particulier aux dessinateurs et dessinatrices.

À l’origine, Waifu2x était un outil qui permettait d’agrandir proprement des images issues de mangas et d’animes. Depuis, il a fait ses preuves sur tout type de dessins, d’images graphiques mais aussi de photos.

Au lieu de zoomer bêtement dans les pixels, avec le résultat imprécis et flou que l’on connait, Waifu2x recalcule l’image par le biais d’un réseau de neurones convolutifs. Cette branche de ce qu’on appelle l’intelligence artificielle imite les processus biologiques, dans ce cas précis, ce qui se passe avec la vue dans un cerveau : filtrer, différencier, reconnaitre, apprendre, comprendre1 .

Le résultat est le plus souvent bluffant. Par exemple,  en repartant d’une photo très peu définie de Valérie et moi trouvée sur Internet :

 

Cliquez pour agrandir

 

J’ai évidemment aussi testé Waifu2x sur mes dessins. J’ai volontairement abimé mon fichier original, et la « restauration » est plus que correcte :

 

Animation des deux versions

 

Il y a plusieurs versions de cet outil disponibles, mais le plus simple, pour commencer, est d’utiliser le site web :

Notes

Pourquoi je me mets en retrait de l’action syndicale

Ce texte n’est vraiment pas facile à écrire. Mais, aujourd’hui, je n’ai d’autre choix que de me mettre en retrait de l’action syndicale.

Comme beaucoup d’entre vous le savent, je suis depuis de nombreuses années très impliqué dans la défense collective des auteurs et autrices. C’est un long parcours, et une part importante de ma vie. J’ai été syndicaliste étudiant dès les années 90 aux Arts décos de Paris, puis j’ai participé à la création en 2000 de l’association des auteurs de BD, en 2007 du syndicat SNAC BD, en 2014 des États généraux de la Bande Dessinée et enfin en 2018 de la Ligue des auteurs professionnels. Chacune de ces organisations répondait aux nécessités du moment. Chacune m’a pris plus de temps que la précédente.

Ces dernières années, j’ai plus été syndicaliste qu’auteur de BD. Cela a mis en péril mon travail, cela a provoqué un report continu de la publication de nouveaux tomes d’Universal War comme de mes autres projets. Déjà parce que j’ai fini par passer un vrai plein temps sur les activités syndicales comme sur celles de lobbyiste en faveur des artistes-auteurs de la BD et aujourd’hui de l’ensemble du livre. Mais aussi parce que vivre avec tous les témoignages et les problèmes des créateurs et créatrices est quelque chose d’extrêmement difficile à supporter si on a un minimum d’empathie.

Ne plus écrire et dessiner est un enfer pour moi. Je n’ai pas choisi ce métier pour passer mon temps à lire les projets de loi de finance de la Sécurité Sociale ou à écrire des synthèses en langage administratif. Je n’ai pas choisi ce métier pour que mon mur Facebook ne soit quasiment plus qu’un fil d’information syndical.

Ne pas publier de livre a évidemment eu des conséquences réelles sur mes revenus : je gagne aujourd’hui deux fois moins qu’il y a quelques années. Sans Universal War qui se vend toujours bien et la « rente » du projet de film, il m’aurait été impossible de continuer ainsi. Je précise que je n’ai jamais touché la moindre indemnité et que j’ai juste accepté le remboursement de mes billets de trains pour aller en réunion.

M’exposer sur le terrain syndical a eu aussi des conséquences fortes sur mon moral. Déjà, ce n’est pas simple de porter au quotidien le malheur des collègues, comme je le disais plus haut. Mais s’y ajoutent les nombreuses discussions tendues qu’on a en permanence, ainsi que les mails et les coups de téléphones très agressifs de tous ceux qui semblent penser que rien ne doit changer dans la chaîne du livre.

Tout cela est épuisant. Toute cela se traduit en fatigue, en nervosité, et en problèmes de santé divers. Tout cela doit pourtant être caché en public. Il faut, chaque jour, faire semblant que tout va bien, qu’on avance, qu’on va gagner. Il faut chaque jour reprendre la pédagogie avec tout le monde, avec la même patience et avec la même conviction.

Il aurait sans doute fallu que j’arrête il y a plus d’un an, vu les signaux d’alerte que me donnait mon corps. Rien de très grave, mais l’estomac, les dents, les douleurs, tout m’alertait sur mon épuisement. Cela fait donc plus d’un an que je continue de foncer alors que je suis en « burn out ». Pourquoi ai-je malgré tout continué ? Hélas, nous sommes très peu aujourd’hui à maitriser, ou au moins comprendre, l‘ensemble des dossiers qui concernent les auteurs : droit d’auteur, social, fiscalité, sociologie de la création, connaissance de terrain des auteurs, connaissance interne de l’édition, de la librairie, des institutions… sans parler de la nécessité d’avoir un vaste réseau de relations parmi les auteurs, mais aussi les politiques, les organisations diverses, les maisons d’éditions… M’arrêter en plein milieu du chemin, c’était risquer de gâcher tout cela. C’était d’autant plus impossible vu le peu que nous sommes à pouvoir gérer tous ces dossiers. C’était donc inenvisageable et je ne l’ai même pas envisagé. La solution aurait pu être de confier une partie du travail à d’autres, même s’il n’est pas simple de trouver des remplaçants. Mais, hélas, j’ai appris depuis longtemps, que quand on laisse un bras dans les rouages, on finit toujours par se refaire happer entièrement.

Aujourd’hui, j’ai donc pris la décision de stopper quasiment tous mes engagements. Principalement parce que je ne suis plus en état de continuer. Mais aussi, je ne vais pas vous le cacher, à cause du comportement de quelques rares auteurs et autrices. En effet, certains ont l’air de considérer que leurs représentants sont des sacs de sables qu’ils peuvent boxer sans qu’ils ne cèdent jamais. Ajoutez-y quelques couteaux dans le dos de la part de confrères et consœurs que je pensais être des amis, et vous avez les gouttes d’eau qui ont fait déborder un vase déjà bien trop rempli. Je ne dis surtout pas ça pour que les auteurs cherchent des coupables dans leurs rangs. C’est plutôt un avertissement à tous : par pitié, épargnez vos représentants. Hélas, oui, nous ne sommes pas parfaits. Hélas, oui, nous faisons parfois des choix que vous ne comprenez pas ou que nous n’avons pas le temps d’expliquer assez. Hélas, oui, nous faisons aussi inévitablement des erreurs, malgré notre attention permanente à respecter les attentes de tous les auteurs et autrices. Mais n’oubliez jamais que nous sommes très peu, et que si nous affichons force et conviction en public pour défendre nos causes, nous ne sommes pas des colosses indestructibles, bien au contraire.

Je peux stopper aujourd’hui mon investissement sans culpabiliser totalement pour une raison : nous sommes arrivés à la fin d’un cycle, et au début d’un nouveau. Le rapport Bruno Racine est la conclusion du cycle de réflexion sur la situation des auteurs ouvert avec les États généraux de la Bande Dessinée en 2014. Ce rapport vient enfin acter la RÉALITÉ des auteurs et autrices. C’est un changement de paradigme complet : ce n’est enfin plus à nous de prouver nos problèmes. Au bout de toutes ces années, via différentes organisations, et finalement grâce à l’engagement de la Ligue des auteurs professionnels, nous avons obtenu une énorme victoire pour les auteurs et autrices. Mais le combat n’est pas fini, bien au contraire. Nous entrons dans un nouveau cycle, où tous ceux qui profitent de la situation actuelle vont s’opposer à tout changement. Le combat prend quelque part une toute autre dimension. Et il va falloir de nouveaux combattants pour le mener.

Je quitte donc aujourd’hui la présidence de Ligue des auteurs professionnels. J’ai tout de même accepté de rester au conseil d’administration, en tant que conseiller. Histoire que toutes les connaissances et l’expérience acquises toutes ces années ne soient pas perdues. Je reste en particulier pour accompagner la réflexion de Samantha Bailly, qui a accepté de reprendre la présidence de la Ligue. Vous le savez, c’est une jeune femme extraordinaire, qui depuis des années, à la Charte puis à la Ligue, a déplacé des montagnes pour nous. Au-delà de sa remarquable expertise sur tous les dossiers, elle fait preuve d’une solidité à toute épreuve pour défendre nos intérêts collectifs. Auteurs, autrices, je vous la confie : soutenez-la, épargnez-la, protégez-la, car elle est notre meilleur atout aujourd’hui.

Enfin, et surtout, ne déduisez pas de mon retrait qu’il ne faut pas vous engager, bien au contraire ! C’est le moment ou jamais de venir non seulement me remplacer, mais d’aller renforcer vos organisations. La Ligue des auteurs professionnels est votre force de frappe dans la lutte globale des auteurs et autrices. En apprenant mon retrait, certains risquent d’avoir envie de sabrer le champagne, j’espère que vous allez leur donner tort en vous engageant nombreux. Adhérez à la Ligue si ce n’est déjà fait ! Devenez bénévoles ! Aujourd’hui, nous avons le rapport Bruno Racine sur lequel nous appuyer, il va falloir le défendre bec et ongle et l’emmener le plus loin possible. Les deux prochaines années de cette législature sont donc un moment clef de notre histoire. Je compte sur vous pour ne pas le manquer.

Assemblée générale des auteurs et autrices de BD lors du dernier festival d’Angoulême. Samantha et moi y avons expliqué les enjeux du rapport Bruno Racine.

l’œuf et la poule

La fusion nucléaire, c’est ce qui fait briller le Soleil lui-même. C’est une énergie particulièrement propre, tout à l’opposée de la fission nucléaire, celle de nos actuelles centrales. Le projet ITER vise à démontrer la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire comme source d’énergie. Construit en France, cofinancé par l’Union européenne, la Russie, les États-Unis, l’Inde, le Japon, la Corée et la Chine, c’est le lieu d’une des plus grandes coopérations scientifiques au monde. Le réacteur sera terminé et devrait commencer ses premiers essais en 2025 : https://www.iter.org/

Les Chinois, membres du projet donc, font depuis quelques temps des déclarations fracassantes sur les progrès de leurs propres réacteurs à fusion de type tokamak. Je viens encore de voir passer sur Numerama un article enthousiaste. Mais il est bon de rappeler que cela fait déjà très longtemps qu’on travaille sur les tokamaks dans le monde, et que, pour l’instant, en tout cas, il n’y a rien de révolutionnaire dans ce que fait la Chine : https://www.futura-sciences.com/

Ce mot de « tokamak » doit dire quelque chose aux lecteurs d’Universal War one. En effet, c’est la fusion nucléaire qui rend tout possible dans ma série. Le problème du confinement des plasmas y est réglé par le maîtrise de l’antigravitation. Et le problème de l’énergie nécessaire à l’antigravité est, lui, réglé par la maîtrise de la fusion nucléaire. Cette série aurait dû s’appeler l’œuf et la poule 🙂

Un traitement équilibré de l’information ?

Ceci ce n’est pas un appel à manifester le 5 décembre comme le texte d’hier n’était pas un appel à ne pas manifester.

Même si je me tiens à une grande réserve sur les sujets politiques, comme je l’expliquais hier, j’avoue que c’est sidérant de voir à quel point les journaux télévisés escamotent les raisons de la grève de demain au profit de reportages sur les conséquences de cette grève. Ils ne parlent quasiment que de « comment s’organiser », de « pays bloqué » laissant la parole uniquement à des personnes présentées comme « victimes » voire « otages » de la grève.

Quoi qu’on pense de cette grève, elle mériterait, ne serait-ce que par respect pour l’ampleur de cette mobilisation sociale, un traitement un peu plus équilibré… Donc, quoi que vous pensez de ce gouvernement ou de cette réforme, allez lire ce que disent les syndicats qui appellent à la grève, ne vous contentez surtout pas uniquement de ce seul discours anxiogène anti-grève.

À titre d’information, donc, pour les auteurs et autrices qui s’interrogeraient encore sur ce qu’ils feront ou pas demain, un collectif « Art en grève » s’est constitué, et semble devenir le point de convergence d’une partie des artistes-auteurs qui veulent manifester : www.artengreve.com