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Des États Généraux du Livre bis… et sans les auteurs !

Ce matin, l’ensemble des organisations d’auteurs tombent des nues. On apprend que la Présidence de la République lance ses propres États Généraux du Livre, et qu’ils se tiendront la veille de ceux organisés par les auteurs !

Le CPE, qui regroupe toutes les organisations d’auteurs, avait annoncé le 15 mars, pendant le Salon du Livre de Paris, qu’il organiserait des États Généraux du Livre le 22 mai. Cette première séance allait être consacrée en particulier aux lourdes menaces qui pèsent sur le statut social des auteurs. Tous les acteurs de la chaîne du livre, les institutions et l’État étaient conviés à venir discuter des solutions.

Le 20 mars, on avait entendu Emmanuel Macron évoquer l’idée d'”États Généraux du livre en français” lors d’un discours prononcé à l’Académie française. Les auteurs s’étaient dit qu’ils étaient dans le vrai avec leurs propres États Généraux…  Et voilà que la presse nous apprend que ces “États Généraux du livre en français” voulus par le président se tiendront à Saint-Malo, pendant Étonnants Voyageurs, la veille et l’avant-veille des États Généraux du Livre organisés par les auteurs !

Déjà, faut-il rappeler que les États Généraux réunissaient sous l’Ancien Régime les représentants des trois ordres de la société : la noblesse, le clergé et le tiers état (qui regroupait la plus grande partie peuple). Organiser des États Généraux du livre sans contacter aucun des représentants des auteurs, c’est juste oublier le peuple des créateurs. C’est un contresens complet avec ce que doivent être des “États Généraux”. Bah, les livres, c’est important, mais les auteurs, franchement…

Ensuite, n’y a-t-il eu personne pour aller vérifier sur Google que les termes “États Généraux du Livre” n’étaient pas déjà utilisés ? Et réaliser qu’il allait falloir contacter les organisations d’auteurs à ce moment-là ?

Tout cela donne l’impression que le président ayant décrété, personne ne s’est soucié le moins du monde de ce qui pouvait déjà exister. Et que, quitte à parler du livre, il n’a pas semblé nécessaire de contacter les corps intermédiaires. Franchement, des syndicats représentatifs, des organisations de référence et des associations d’auteurs parfois vieilles de presque deux siècles, à quoi ça sert quand un président a parlé.

Cela fait plus de quatre ans que les organisations d’auteurs crient misère, depuis que leur retraite complémentaire leur a imposé des changements très douloureux. De très nombreux articles sont parus dans la presse nationale et culturelle sur le sujet. Le Ministère de la Culture comme le Centre National du Livre sont parfaitement au courant de cette situation, comme des États Généraux du Livre lancés par le CPE. Oser organiser d’autres “États Généraux du livre” sans contacter les organisations d’auteurs va au-delà de l’imaginable en terme de mépris de leurs difficultés actuelles.

Soit c’est volontaire, avec l’idée d’écraser sous le poids de la puissance publique les États Généraux du Livre créés à l’initiative des auteurs, et c’est, dans ce cas, une véritable déclaration de guerre aux créateurs du livre. Je n’ose le croire.

Soit, et c’est probable, c’est de l’oubli, de la maladresse, de l’ignorance. Dans ce cas, ce manque de professionnalisme retire toute crédibilité et légitimité aux organisateurs de cette manifestation.

Mais surtout, cela laisse entrevoir un profond mépris pour les auteurs du livre. Ce président de la République, qui se dit défenseur des arts et des lettres, ferait bien de prendre plus de précautions : là, il ne fait que leur marcher dessus d’un pas désinvolte.

Mon petit dessin pour les États Généraux du Livre montrant Marianne écrasant les auteurs était-il donc à ce point dans le vrai ?

 

[EDIT] Le Ministère de la Culture et le Centre National du Livre nous ont informés en fin de journée que l’événement allait être renommé en “Assises du livre en français” ? Après “oups”, “ouf” !

Video : Dans ma bulle

Depuis cinq ans qu’elle est parue chez Aire Libre, la trilogie Abymes semble toujours intriguer pas mal de nos lecteurs. La chaine Youtube Neuvième Art lui consacre un riche numéro, très illustré et documenté. Valérie Mangin et moi y parlons de notre travail, des plaisirs mais aussi des problèmes qu’ont posés les trois tomes d’Abymes. C’est aussi l’occasion de revenir sur la manière dont nous envisageons de faire de la BD, sur Trois Christs et sur la carrière de Valérie. Nous y terminons même sur le pourquoi et la situation actuelle des États Généraux de la Bande Dessinée.

Alors que j’ai plutôt du mal à me revoir en général, je me suis surpris à regarder tout jusqu’au bout, tellement c’est agréable. Bravo et merci à Ezeltoff Gzu, Reno et Julien 🙂

UNESCO, paye ton auteur !

L’UNESCO refuse de rémunérer les auteurs lors de sa Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ? Cherchez l’erreur !

L’UNESCO est l’organisation de l’ONU en charge de la culture et de l’éducation. Tous les 23 avril, elle organise la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Cette année, elle convie à cette occasion de nombreux auteurs et illustrateurs à venir animer des ateliers au siège de l’organisation à Paris. Mais son invitation est surprenante : « Nous fonctionnons uniquement sur la base du volontariat et ne pouvons rémunérer ce type de prestation. En échange, nous pouvons vous offrir une large visibilité sur notre site Internet et sur les réseaux sociaux. »

Une organisation qui a des centaines de millions d’euros de budget est-elle vraiment incapable de payer quelques auteurs ? Est-ce que les employés de l’UNESCO sont aussi  là sur le principe du bénévolat ? Est-ce que l’ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay qui est devenue directrice générale de l’organisation est bénévole aussi ? Est-ce qu’elle se contenterait de la publicité que ça lui ferait sur les réseaux sociaux ?

Quand il s’agit de financer la culture, on trouve des centaines de millions d’euros. Quand il s’agit de financer les créateurs, il n’y a plus rien dans les caisses. Le plus étonnant, c’est que ceux qui organisent la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ne comprennent pas que la plupart des auteurs ont beaucoup de mal à en vivre, et qu’un des premiers des droits que réclament les auteurs, c’est de pouvoir remplir leur réfrigérateur. Cherchez l’erreur.

L’UNESCO dépense des fortunes pour la défense du patrimoine. Faut-il qu’un auteur soit mort pour être enfin soutenu financièrement par l’organisation ? #payetonauteur tant qu’il encore en vie !

PS : Vous pouvez bien sûr, vous aussi, soutenir les auteurs avec le hastag #payetonauteur sur tous les réseaux sociaux.

Cher Apple, tu déconnes grave

Cher Apple, tu déconnes grave. Je suis un vieux militant de tes ordinateurs depuis les premiers Macintosh, j’ai fait basculer des dizaines d’utilisateurs de Windows à Mac OS. Mais, là, tu m’obliges à réfléchir. Vais-je devoir arrêter de te recommander ? Vais-je devoir te quitter ?

Il y a trois semaines, notre iMac 27″ i7 de 2012 a soudainement affiché un écran blanc. Après une extinction forcée, l’écran et ne s’est plus jamais rallumé. Problème de carte mère. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, en contactant le SAV, que ma machine, qui avait six ans, était déjà classée obsolète chez Apple et qu’on ne pouvait donc plus commander les pièces détachées pour la réparer.

Les pannes, c’est quand même bien plus embêtant sur une machine tout en un. Si le moindre de ses éléments est défectueux, on se retrouve à jeter à la fois son écran, sa carte mère, son alimentation, son boitier. Ça veut dire que quand on dépense plus de deux milles euros, c’est un investissement de type loterie. Que, passé cinq ans, chaque panne se transforme en désastre économique, mais aussi, et c’est grave, écologique.

Depuis 2013, on ne peut plus acheter de Mac au format “tour”, un Mac Pro sans écran, ouvrable, reconfigurable et réparable comme n’importe quel PC. Apple ne propose plus que des ordinateurs fermés. On pouvait espérer que cela irait avec un service après vente capable de réparer dans la durée ces machines fermées. Ce n’est pas le cas.

Nous avons donc dû racheter un iMac, en priant que lui dure au moins 10 ans, comme tous nos précédents ordinateurs Apple. J’ai digéré la déception, je me suis sans doute dit que c’était la faute à pas de chance… Et puis ce matin, je lis que, pour l’instant, on peut se faire refuser la réparation d’un iMac Pro NEUF. Une machine à plus de 5000 euros en configuration de base…

Le premium, c’est aussi au niveau des garanties et de la durabilité qu’il faut le proposer. Apple, j’en ai plus qu’assez que tu transformes mon outil de travail en smartphone hors de prix, trop vite vieillissant et irréparable.

Et crois-moi, si j’en suis là, moi, le vieux fan de la marque, moi le geek qui prend son pied à développer en C sous Linux mais qui adore aussi les produits clef en main quand ils fonctionnent, moi qui ne me pose pas de questions financières en achetant tes produits un peu trop chers… Crois-moi, si j’en suis là, ta clientèle pourrait redevenir aussi petite qu’elle l’était il y a 20 ans.

 

PS : on va éviter les trolls Mac/PC, on peut, hélas, en mettre aussi de sacrées couches à Windows, à Linux et à la plupart des fabricants de PC.

La jungle et le zoo

Vous savez, vous devez vraiment décider où vous voulez vivre, si vous voulez vivre dans la jungle ou dans le zoo.

Si vous désirez la beauté, si vous voulez la liberté, la jungle est votre monde. Mais bien sûr, vous y êtes en danger, vous devez vivre avec des serpents, des requins, des tigres, des putois, vous savez, des moustiques et des sangsues.

Si vous voulez être en sécurité, vous devez vivre dans le zoo. Vous y êtes protégé. Si vous êtes un agneau, vous savez que le tigre ne vous attaquera pas. Vous savez que vous aurez un petit quelque chose à manger tous les jours ; c’est très bien. Vous devez travailler dur, mais vous vivez à l’abri derrière les barreaux. Et ce qui est merveilleux, c’est que de derrière ces barreaux vous rêvez de la beauté de la jungle. […]

Vous serez surpris du nombre de personnes qui préfèrent vivre dans le zoo. Ils ne sont pas prêts à payer le prix de la liberté. Ils pensent que la liberté doit être, en quelque sorte, obtenue sans effort, et même offerte, ce qui n’est jamais le cas, jamais.

Miloš Forman

Citation extraite (et traduite comme je le pouvais) d’une passionnante interview de 1997 disponible sur le site de la George Washington University :

Amiens : journée pro : la rémunération des auteurs en festival

Table ronde d’importance lors la journée professionnelle des Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. Sujet brûlant : la rémunération des auteurs en festival et autres manifestations. Elle réunira Vincent Monadé, président du CNL (Centre National du Livre), Sam Bailly, présidente de La Charte des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse, Pascal Mériaux directeur du festival, ainsi que votre serviteur qui sera là pour les auteurs de BD ( États Généraux de la Bande Dessinée / Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) ) pour parler de la rémunération des auteurs en festival et autres manifestations.

On sait que La Charte a su imposer depuis longtemps le payement des interventions culturelles et éducatives des auteurs dans le secteur jeunesse, mais aussi bien au delà. On parle même des “tarifs Charte”. Le CNL a depuis deux ans rejoint le mouvement, liant ses subventions aux festivals à la rémunération des interventions des auteurs. Cette année, le Groupement des Auteurs de Bande dessinée (SNAC) a proposé d’aller plus loin : rémunérer tous les auteurs pour leur présence en festival, quelque soient leurs activités. En effet, la dédicace, qui est pourtant souvent l’activité le plus attractive pour le public, est exclue des rémunérations pour l’instant… Encore récemment on a vu que la question était cruciale avec #payetonauteur au Salon du Livre de Paris.

Pascal Mériaux, directeur du festival d’Amiens, est quelqu’un de très attentif aux auteurs, depuis toujours. Il m’a très vite proposé que la journée professionnelle du festival d’Amiens soit en partie consacrée à cette rémunération à la présence, question qui évidemment pose des problèmes financiers à un festival comme le sien. Et il a su y convier des acteurs de poids pour pouvoir mener une sérieuse discussion, merci à lui.

Auteurs, venez nombreux à cette journée professionnelle du vendredi 1er juin, car une partie de vos revenus de demain se joue sur cette question. La table ronde aura lieu de 13h30 à 14h45, suivi d’un long débat avec le public. Profitez-en pour venir aussi à la matinée qui sera consacrée à la place que peuvent tenir les auteurs dans le développement culturel.

Syndication

Beaucoup de gens quittent Facebook en ce moment. C’est dommage au moins sur un point : les réseaux sociaux sont d’excellents outils pour informer et fédérer. Pour les créateurs de Bande Dessinée, Facebook a joué un rôle fondamental depuis la mobilisation contre la réforme de leur retraite complémentaire, le RAAP jusqu’au récent #payetonauteur.

Collègues auteurs et autrices de BD, si vous voulez continuer à vous tenir au courant de l’actualité sociale qui vous concerne, j’ai rassemblé sur ce site les flux d’informations des principales organisations qui vous défendent. Une page à mettre dans vos favoris et à surveiller : nous pourrions bientôt avoir besoin de vous.

I want to believe

Photo Marshall Henrie / Wikipedia

Je découvre à l’instant l’étrange mystère de l’astronaute de la cathédrale de Salamanque. En effet, dans un des décors sculptés de cette cathédrale gothique tardive on trouve l’image très précise d’un homme en combinaison spatiale. Comment est-ce possible ? Les maîtres maçons du XVIe siècle connaissaient-ils des vérités cachées sur les extraterrestres ? Ou avaient-ils été contactés par des visiteurs venus du futur ?

En fait, cet étrange mystère s’explique très simplement : en 1992, lors d’une importante restauration, des petits détails du genre ont été ajoutés par les sculpteurs pour signer le fait que ces parties étaient de la reconstitution moderne. Dans le genre, on trouve aussi un démon mangeant une glace à la crème.

En 1992… On peut se demander, vu l’explosion des théories complotistes, des fake news et autres vérités alternatives si un conservateur des monuments historiques pourrait encore se risquer à autoriser ça aujourd’hui. Vu le nombre de gens qui défendent à cor et à cri sur internet le fait que c’est vraiment une sculpture d’astronaute datant du Moyen-Âge, la réponse paraît, hélas, toute trouvée.

Comment illustrer la question sociale ?

Ce n’est pas un secret, j’ai dessiné la petite Marianne écrasant par erreur les auteurs qui sert à la communication des États Généraux du Livre. Nous en avons eu l’idée pendant une des réunions préparatoires. Il fallait bien montrer que l’État nous avait déjà marché un peu dessus par inadvertance au moment de la hausse de la CSG, et que les réformes à venir pouvaient tourner au désastre si ce même État ne prenait pas la mesure de la précarité actuelle de la plupart des créateurs.

Rentré chez moi, j’ai réfléchi, il fallait que ce dessin soit à la fois très clair mais pas trop violent, afin de ne pas provoquer de rejet immédiat. C’est toujours très délicat de communiquer sur des problématiques sociales et professionnelles. Les auteurs ne veulent pas faire pleurer dans les chaumières, ils veulent juste pouvoir vivre de ce qui est pour beaucoup un travail à plein temps (et souvent plus). C’est pour ça que j’ai choisi de montrer une petite Marianne tout innocente, et de la traiter graphiquement tout aussi naïvement.

Je n’ai pas signé ce dessin pour ne pas perturber la communication avec une information visuelle en plus. J’ai aussi donné ce dessin au CPE pour qu’il en fasse ce qu’il faut comme il le veut dans le cadre de ces Etats Généraux du Livre.

Tout cela m’a pris un peu de temps, vous le devinez, alors j’espère que vous prendrez quelques petites minutes pour signer la pétition qui accompagne l’annonce de ces états généraux : https://www.change.org/p/pas-d-auteurs-pas-de-livres

Merci !

États Généraux du Livre #auteursencolere

Les nuages s’accumulent sur l’avenir des auteurs. Plusieurs réformes prévues ou en cours sont très inquiétantes : CSG, AGESSA, impôt à la source… C’est pourquoi les auteurs lancent cette année des États Généraux du Livre. Vous en saurez plus en visitant leur site :

Je vous encourage à signer aussi la pétition qui l’accompagne :

https://www.change.org/p/pas-d-auteurs-pas-de-livres

Les États Généraux de la Bande Dessinée sont heureux que leur initiative pour la BD ait pu nourrir l’ensemble des organisations d’auteurs du livre. Nous avons été consultés par le CPE, l’association qui les regroupe toutes, et nous avons participé à la définition de ces États Généraux du Livre. Nous avons rappelé l’importance de ne pas dégrader encore la situation des auteurs et de mettre en place rapidement des solutions pour combattre leur précarité grandissante.