Le camembert de Normandie en péril

[Ce statut risque de surprendre mes lecteurs BD]

Il y a presque deux ans, je parlais de la prise de contrôle de Graindorge par le groupe Lactalis. Je m’inquiétais de l’impact que ça aurait sur le Camembert AOP.

Les amoureux du vrai camembert peuvent être catastrophés. Le groupe Lactalis vient de racheter Graindorge, et donc l’excellente fromagerie de St-Loup de Fribois qui fabrique, entre autres, pour Levasseur, Domaine du Plessis, Graindorge… Rappelons que Lactalis est le groupe qui a transformé les fleurons AOP qu’étaient Lepetit et Lanquetot en camemberts industriels sans goût (et Jort, Carel, Orbec et compagnie ne s’en tirent pas tellement mieux sous sa tutelle). Allié à la coopérative industrielle Isigny, Lactalis avait même essayé de mettre fin à l’obligation d’utiliser du lait cru pour l’AOP camembert de Normandie.

Bref, on peut craindre le pire pour les camemberts de St Loup de Fribois. Restent donc Reaux (Lessay), Gillot (Saint-Hilaire-de-Briouze), Pré Saint-Jean (Gavray) et Durand (Camembert) si on veut échapper à l’ogre…

Je ne m’attarderai pas sur la récente contamination à l’Escherichia coli à la fromagerie Saint-Loup de Fribois, cela peut hélas arriver partout. Espérons juste que ce ne soit pas lié à des changements imposés par Lactalis, dont les manquements répétés dans l’affaire du lait infantile contaminé ne peuvent qu’inquiéter.

Aujourd’hui, on a confirmation qu’avec son allié d’Isigny, le poids du groupe Lactalis dans l’appellation d’origine contrôlée “camembert de Normandie” a fini par l’emporter. Fini le lait cru. Fini la louche. Petite compensation, l’AOP exige maintenant 30% de vaches de race normande, six mois de pâturage et l’interdiction totale des OGM, pratiques déjà bien majoritaires. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien une énorme baisse en exigence que d’abandonner le lait cru : il y aura avec ce changement dix fois plus de producteurs de lait compatibles avec l’appellation !

Quand au goût. Que dire. Comparer un fromage au lait pasteurisé (ou thermisé) à un fromage au lait cru revient à comparer un vin de table à un grand cru. Pour retrouver le goût du vrai camembert, il ne faudra donc plus se fier à la seule étiquette “AOP”, mais il faudra aussi vérifier qu’il est marqué “véritable”, “authentique” ou “traditionnel”, car c’est ainsi que seront nommés les vrais camemberts au lait cru dans la nouvelle appellation d’origine contrôlée. En multipliant les mots, l’AOP complique encore la vie du consommateur. Difficile de ne pas de penser que c’est fait pour totalement égarer les non spécialistes. Et pouvoir vendre du plâtre industriel camouflé en produit de terroir.

Des députés normands se sont mobilisés pour sauver le vrai camembert :

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La jungle et le zoo

Vous savez, vous devez vraiment décider où vous voulez vivre, si vous voulez vivre dans la jungle ou dans le zoo.

Si vous désirez la beauté, si vous voulez la liberté, la jungle est votre monde. Mais bien sûr, vous y êtes en danger, vous devez vivre avec des serpents, des requins, des tigres, des putois, vous savez, des moustiques et des sangsues.

Si vous voulez être en sécurité, vous devez vivre dans le zoo. Vous y êtes protégé. Si vous êtes un agneau, vous savez que le tigre ne vous attaquera pas. Vous savez que vous aurez un petit quelque chose à manger tous les jours ; c’est très bien. Vous devez travailler dur, mais vous vivez à l’abri derrière les barreaux. Et ce qui est merveilleux, c’est que de derrière ces barreaux vous rêvez de la beauté de la jungle. […]

Vous serez surpris du nombre de personnes qui préfèrent vivre dans le zoo. Ils ne sont pas prêts à payer le prix de la liberté. Ils pensent que la liberté doit être, en quelque sorte, obtenue sans effort, et même offerte, ce qui n’est jamais le cas, jamais.

Miloš Forman

Citation extraite (et traduite comme je le pouvais) d’une passionnante interview de 1997 disponible sur le site de la George Washington University :

I want to believe

Photo Marshall Henrie / Wikipedia

Je découvre à l’instant l’étrange mystère de l’astronaute de la cathédrale de Salamanque. En effet, dans un des décors sculptés de cette cathédrale gothique tardive on trouve l’image très précise d’un homme en combinaison spatiale. Comment est-ce possible ? Les maîtres maçons du XVIe siècle connaissaient-ils des vérités cachées sur les extraterrestres ? Ou avaient-ils été contactés par des visiteurs venus du futur ?

En fait, cet étrange mystère s’explique très simplement : en 1992, lors d’une importante restauration, des petits détails du genre ont été ajoutés par les sculpteurs pour signer le fait que ces parties étaient de la reconstitution moderne. Dans le genre, on trouve aussi un démon mangeant une glace à la crème.

En 1992… On peut se demander, vu l’explosion des théories complotistes, des fake news et autres vérités alternatives si un conservateur des monuments historiques pourrait encore se risquer à autoriser ça aujourd’hui. Vu le nombre de gens qui défendent à cor et à cri sur internet le fait que c’est vraiment une sculpture d’astronaute datant du Moyen-Âge, la réponse paraît, hélas, toute trouvée.

Internet sous le contrôle de trois géants ?

Amazon va atteindre cette année le chiffre ahurissant de 43.5% de l’e-commerce aux USA. Facebook et Google ont désormais une influence directe sur 70% du trafic Internet. Ces trois entreprises sont-elles en train de prendre le contrôle d’un réseau qui se voulait ouvert et multiple ?

Internet est mort, vive le Trinet ?

Google, Facebook et Amazon se sont accaparés le Web. Cette domination était loin d’être aussi écrasante il y a encore quatre ans, et semble non seulement bien partie pour durer, mais devrait signer la mort d’un Web fondé sur la diversité et la liberté, comme le démontre le développeur brésilien André Medeiros – dit André Staltz – dans un post publié sur Medium. Nous nous dirigeons, à ses yeux, vers l’avènement d’un « Trinet » aux allures de dystopie.

« J’ai inventé le Web, mais vous tous avez contribué à en faire ce qu’il est aujourd’hui », lançait en mars dernier Tim Berners-Lee. Le père du Web s’inquiétait alors de la triple menace pesant sur sa création, pointant la perte de contrôle de nos données personnelles, l’enjeu des fake news et l’industrie de la publicité politique en ligne. « Tim lui-même assure que le Web est en train de mourir », souligne André Staltz. Mais le développeur brésilien a, lui, daté très précisément le « début de la fin » : le Web est mort en 2014. […]

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Plus de vie privé au nom de la sécurité

Ceux qui suivent ce site savent que j’ai parlé dès les premiers jours d’un risque d’état d’urgence permanent. Cela fait presque deux ans qu’au nom de la lutte anti-terroriste, l’état de droit est partiellement suspendu dans notre pays. Pour en sortir, le gouvernement a décidé… de faire passer une bonne partie des mesures de l’état d’urgence dans la loi commune, et en plus d’en ajouter pas mal d’autres. Beau tour de magie : rendre définitif l’état d’urgence sous couvert de retour à l’état de droit.

Dans la série des atteintes aux liberté fondamentales, le fait d’exiger maintenant que nous livrions toutes les clefs d’accès à notre vie privée numérique est digne du pire des Patriot Act à la Bush. Comme si ces mesures n’allaient s’appliquer qu’aux pires des terroristes tueurs de bébé, comme si elles n’allaient pas aussi servir contre tous ceux qui déplairaient au pouvoir. La Commission nationale consultative des droits de l’homme dénonçait déjà il y un an « des détournements de l’état d’urgence, sans lien avec la lutte contre le terrorisme, pour entraver des manifestations d’écologistes, de syndicalistes, et pour lutter contre l’immigration clandestine. »

Il y a urgence à exiger l’abandon de toutes ces mesures d’exceptions. Elles n’offrent que l’illusion de sécurité. Elles n’offrent qu’un terreau où faire pousser le totalitarisme et la haine.

Les députés adoptent l’obligation de déclarer tous ses identifiants électroniques

Les députés ont voté hier soir les mesures de contrôle et de surveillance individuelles. Dans le lot, a été adoptée l’obligation pour une personne au comportement suspect de fournir l’intégralité de ses identifiants aux autorités administratives.

Le projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme poursuit sa route à l’Assemblée nationale. Les députés ont voté tard dans la nuit l’article 3 du projet de loi où se nichent les mesures de surveillance individuelle comme le port d’un bracelet électronique ou l’obligation de pointer une fois par jour au commissariat du coin, outre l’obligation de résider dans un périmètre déterminé. […]Lire al suitewww.nextinpact.com

La crétinisation des mieux éduqués

Le feuilleton du pessimisme continue sur mon site. C’est au tour d’Emmanuel Todd de nous promettre des lendemains sans démocratie. Avec, au centre des questionnements, la fracture éducative et la crétinisation des élites. Ou comment une éducation de masse qui n’aura été que partielle se retourne finalement contre la démocratie.

Je m’aperçois encore une fois que je suis définitivement plus optimiste qu’on pourrait le penser. Car si je fais partie de la confrérie des cassandres, des prophètes de mauvais augures et des annonceurs de catastrophes, c’est en espérant, sans doute un peu bêtement, que la prise de conscience suffira à ce que les humains fassent tout pour empêcher ces catastrophes d’arriver. Je veux être le plus mauvais prophète de tous les temps. Je veux croire que l’humanité me donnera tort. Je veux croire en nous !

Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire »

Pour l’historien Emmanuel Todd, la vraie fracture n’est aujourd’hui plus sociale, mais éducative. Et la démocratie est vouée à disparaître en Europe.

Il dit avoir voulu «revenir au plaisir de l’observation historique». Mais avec Où en sommes-nous ? (Seuil), l’historien et démographe Emmanuel Todd se fait aussi le chroniqueur – pessimiste – de notre actualité, qu’il entend replacer dans le temps long. «Notre modernité, écrit-il, ressemble fort à une marche vers la servitude.»

Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative…<

Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement – même les dominants et même la droite. On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation, l’esprit de Mai 68 finalement. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures, et dans la plupart d’entre eux leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. «En haut»,une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même : les diplômés du supérieur sont assez nombreux pour vivre entre eux. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement des élites et du peuple. La première occurrence de cet affrontement a eu lieu en France en 1992 lors du débat sur Maastricht. Les élites «savaient», et le peuple, lequel ne comprenait pas, avait voté «non». Ce phénomène de fracture éducative arrive à maturité. […]

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Une fin du monde

Le prochain qui me traite de pessimiste, je le renvoie à ce récent texte d’Yves Cochet, écologiste, ancien ministre de l’environnement, président de l’institut Momentum. Il verra ce que c’est qu’une vraie description angoissante du futur. Un texte à ne lire que si vous vous sentez en forme, parce que ce n’est pas impossible du tout que ça se passe comme ça. C’est dès demain. Et ça craint.

De la fin d’un monde à la renaissance en 2050

Il y a trente-trois ans naissaient Les Verts, première organisation unifiée de l’écologie politique en France. Jusqu’à aujourd’hui, les représentants de ce parti, puis ceux de son successeur EE-LV, ont rempli presque tous les types de mandats aux fonctions électives des institutions républicaines. Pour rien, à peu de choses près. Sous l’angle écologique de l’état géo-bio-physique de la France – de l’Europe et du monde – avouons que l’état de santé de ces territoires ne cesse de se dégrader par rapport à celui de 1984, comme le montrent à l’envie les rapports successifs du Giec, du PNUE, du Programme géosphère-biosphère et autres publications internationales alarmistes les plus récentes. Sous l’angle social et démocratique, le constat est du même ordre : creusement des inégalités, accroissement de la xénophobie, raidissement des régimes politiques. Initialement munis d’une immense générosité intellectuelle et porteurs de la seule alternative nouvelle à la vieille gauche et à la vieille droite, les écologistes politiques ont aujourd’hui presque tout perdu, même leurs sièges. Ils apparaissent périmés, faute d’être présents au réel. Celui-ci a beaucoup changé depuis trente-trois ans, particulièrement par le passage du point de bascule vers un effondrement global, systémique, inévitable. Jadis, inspirés par le rapport Meadows ou les écrits de Bernard Charbonneau, René Dumont et André Gorz, nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent.

Bien que la prudence politique invite à rester dans le flou, et que la mode intellectuelle soit celle de l’incertitude quant à l’avenir, j’estime au contraire que les trente-trois prochaines années sur Terre sont déjà écrites, grosso modo, et que l’honnêteté est de risquer un calendrier approximatif. La période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécue l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050).

L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens d’une rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement mondial dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin.

La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains restes de la civilisation thermo-industrielle, un peu de la même façon que, après 1348 en Europe et pendant des décennies, les survivants de la peste noire purent bénéficier, si l’on peut dire, des ressources non consommées par la moitié de la population qui mourut en cinq ans. Nous omettrons les descriptions atroces des rapports humains violents consécutifs à la cessation de tout service public et de toute autorité politique, partout dans le monde. Certains groupes de personnes auront eu la possibilité de s’établir près d’une source d’eau et de stocker quelques conserves alimentaires et médicamenteuses pour le moyen terme, en attendant de réapprendre les savoir-faire élémentaires de reconstruction d’une civilisation authentiquement humaine. Sans doute peut-on espérer que s’ensuive, autour des années 50 de ce siècle, une troisième étape de renaissance au cours de laquelle les groupes humains les plus résilients, désormais privés des reliques matérielles du passé, retrouvent tout à la fois les techniques initiales propres à la sustentation de la vie et de nouvelles formes de gouvernance interne et de politique extérieure susceptibles de garantir une assez longue stabilité structurelle, indispensable à tout processus de civilisation.

Ce type de sentences aussi brèves qu’un slogan peuvent entraîner une sensation de malaise chez le lecteur qui viendrait à se demander si la présente tribune n’est pas l’œuvre d’un psychopathe extrémiste qui se vautre dans la noirceur et le désespoir. Au contraire, débarrassés d’enjeux de pouvoir et de recherche d’effets, nous ne cessons d’agir pour tenter d’éviter la catastrophe et nous nous estimons trop rationnels pour être fascinés par la perspective de l’effondrement. Nous ne sommes pas pessimistes ou dépressifs, nous examinons les choses le plus froidement possible, nous croyons toujours à la politique. Les extrémistes qui s’ignorent se trouvent plutôt du côté de la pensée dominante – de la religion dominante – basée sur la croyance que l’innovation technologique et un retour de la croissance résoudront les problèmes actuels. Si notre prospective est la plus rationnelle et la plus probable, reste à en convaincre les militants d’EE-LV, les Français et tous nos frères et sœurs en humanité. La dissonance cognitive de nos sociétés empêche que ceci soit possible en temps voulu. Cependant, les orientations politiques déduites de cette analyse deviennent relativement faciles à décrire : minimiser les souffrances et le nombre de morts pendant les décennies à venir en proposant dès aujourd’hui un projet de décroissance rapide de l’empreinte écologique des pays riches, genre biorégionalisme basse-tech, pour la moitié survivante de l’humanité dans les années 40. Autrement dit, profiter de la disponibilité terminale des énergies puissantes et des métaux d’aujourd’hui pour forger les quelques outils, ustensiles et engins simples de demain (les années 30), avant que ces énergies et ces métaux ne soient plus accessibles. Sans surprise, hélas, notre perspective générale ne semble pas encore partagée par la majorité des écologistes qui tiennent leurs Journées d’été européennes à Dunkerque. Ainsi, la plénière finale du samedi 26 août est-elle en partie consacrée au «développement industriel» en Europe. Un élan vers le pire.
Libération du 23 août 2017 www.liberation.fr

Who watches the watchmen ?

Daily Stormer : le site de l’extrême droite américaine persona non grata sur le web

Société : Le site néonazi américain Daily Stormer s’est attiré les foudres du public après avoir publié un article moquant la victime de l’attaque à Charlottesville. Suite à cette publication, le site a été banni de plusieurs réseaux sociaux et même Cloudflare a pris la décision de le virer manu militari de son infrastructure.

Lire la suite surwww.zdnet.fr

Suite au drame de Charlottesville, les grandes entreprises américaines de l’Internet commencent à censurer les sites d’extrême droite. Instinctivement, on a envie d’applaudir. Enfin ! Que crève la bête immonde (il serait temps) ! Mais, en y réfléchissant, il y a de quoi s’inquiéter. Le premier amendement, qui protège la liberté d’expression aux USA, vient en effet de prendre un sérieux coup d’arrêt. Que le site censuré prône la haine la plus abjecte ne change rien aux questions que cela pose sur la manière dont des acteurs incontournables du net décident de qui peut parler ou pas, et de quoi. Et ce dans un pays qui a pourtant sacralisé la liberté d’expression.

Élargissons un peu ce questionnement. Quand la majorité des gens ne s’informent quasi plus que sur les réseaux sociaux, il est étonnant que les législateurs ou les juges américains n’aient pas réfléchi à imposer à ces réseaux sociaux de respecter les règles de liberté d’expression qui prévalent dans l’espace public. Ces questions sont tout autant valables pour nous en Europe. Par exemple, on ne peut pas poster un dessin de nu sur Facebook sans se faire censurer, et bannir en cas de tentatives répétées. Facebook nous impose donc la pudibonderie américaine, alors que les dessins de nus n’ont rien d’interdit en France tant qu’ils ne présentent pas d’acte sexuel (pour faire court). Que décideront demain les géants du net ? Quelle liberté de parole nous laisseront nos gardiens et leur morale ? Who watches the watchmen ?

Vax populi

Ça y est, comme Jupiter veut imposer une campagne de vaccination, en oubliant semble-t-il toute pédagogie, les anti-vaccination se déchaînent sur les réseaux sociaux.

Faut-il rappeler que la phobie anti vaccin est bien trop souvent basée sur des spéculations pseudo-scientifiques ? Qu’elle a été nourrie pendant des années par quelques beaux charlatans liés pour la plupart à l’extrême droite et à la manif pour tous ? Mais ce n’est pas un argument, même les crevures peuvent parfois avoir raison. Passons aux choses sérieuses :

Il y a de vraies raisons aux campagnes vaccinales massives. Avant tout, elles sont faites pour éradiquer des pathologies, qui autrement prolifèrent dans la population non vaccinée. Oui, accepter d’être vacciné, vacciner ses enfants,ce n’est pas que pour soi, c’est aussi pour participer à un acte de santé collectif et solidaire.

Oui certains vaccins peuvent provoquer dans de rares cas des réactions dures, voire très exceptionnellement ont provoqué des décès. Mais le risque encouru avec la vaccination est toujours beaucoup plus faible que les risques de la maladie ciblée. En se focalisant sur le risque du vaccin, on oublie le risque beaucoup plus grave de la maladie. Ne pas se vacciner, ce serait comme refuser de prendre l’avion parce que c’est dangereux, sans réaliser que c’est le moyen de transport le plus sûr, bien moins dangereux même qu’être piéton…

Après, que les labos se gavent, c’est possible et insupportable si c’est vrai. Mais il faut arrêter de boire du lait et de manger des yaourts dans ce cas, vu comment l’industrie agro-alimentaire fait fortune sur la misère des petits producteurs. Les arguments à double vitesse, ça va un temps. Combattre les bénéfices des labos qui seraient faits sur l’argent publique si ça s’avérait nécessaire, oui, combattre les bénéfices de la vaccination, sans moi.

Ah oui : ce n’est pas une invitation à discuter du pour et du contre. Si vous avez des arguments scientifiques nouveaux à apporter contre la vaccination, allez directement les présenter à l’Académie nationale de Médecine qui saura quoi en faire. Je suis un rationaliste, et je n’accepterai pas qu’on fasse campagne sur mon mur Facebook (à l’aide d’outils numériques forgés par une science que vous oseriez dénoncer en parallèle, rions un peu) dans le but de ramener notre médecine à la préhistoire et à ses 35 ans d’espérance de vie maximum.

Château de cartes

Décidément Emmanuel Macron est un aimant à chance.

Il aurait eu du mal à être au second tour face à un Manuel Valls candidat, qui aurait empêché le ralliement de l’aile droite du PS à EM ? Paf, c’est l’aile gauche du PS qui sort vainqueur de la primaire et c’est elle qui se fait vampiriser par Mélenchon.

Il ne pouvait pas gagner face à Juppé, qui aurait capté la majorité des centristes ? Paf, c’est Fillon qui sort vainqueur de la primaire. Jusque-là on peut encore se dire que c’était prévisible, les opinions s’étant radicalisées à droite comme à gauche. Mais, vrai miracle, Fillon s’avère être, contre tout attente, un canard boiteux dans une mare d’affaires, ce qui accélère la défection du centre droit vers EM.

À ce moment, Emmanuel Macron s’allie tactiquement au Modem, ce qui permet d’éviter se faire voler des voix par une candidature de Bayrou et de renforcer sa position de centriste de droite vis à vis des déçus de Fillon. Vrai problème, il va devoir supporter François Bayrou le temps qu’il faudra si la majorité d’EM à l’assemblée devait être trop juste. Paf, nouveau miracle, une nouvelle affaire emporte tout le Modem, poussant tous ces braves gens dehors sans qu’on ne puisse absolument rien rapprocher à EM.

Résultat, Emmanuel Macron est au pouvoir, tout seul, sans partage, avec une majorité solide, alors qu’il n’avait même pas de parti début avril 2016.

On se croirait dans la série House of Cards.