Formation pro Angoulême 2017

Grande première cette année au festival d’Angoulême, nous avons obtenu qu’il y ait enfin des sessions de formation professionnelle gratuites pour nous, les auteurs ! Elles se tiendront le jeudi et le vendredi. Inscrivez-vous sans tarder !

– Comprendre son contrat d’édition:
– Le statut d’auteur
– Comprendre son relevé de droits
– Le scénario
– Comprendre et pratiquer la modélisation
– Animer un atelier
– Les droits sociaux pour les auteurs
– Auto-édition
– Atelier Turbomedia
– Crowfunding

RAAP : ce qui change

Amis auteurs, votre retraite complémentaire, le désormais fameux RAAP, change totalement cette année, dans un processus qui doit nous amener à cotiser non plus par classes, mais à hauteur de 8% de nos revenus (4% après SOFIA).

Le SNAC s’est battu, aux côtés d’autres organisations, pour obtenir que cette réforme ne soit pas adoptée sans concertation. Nous avons obtenu de vrais aménagements. Cela va permettre aux plus précaires de ne pas trop souffrir et autres de s’adapter plus ou moins progressivement.

Chers consœurs et confrères, lisez ce document ! Car vous allez devoir rapidement choisir à quelle sauce vous allez être mangés.

Sénat VS Auteurs ?

L’Assemblée nationale avait introduit dans la loi “création, architecture et patrimoine” actuellement en préparation un amendement visant à ce que le gouvernement lui remette un rapport sur les actuelles concertations auteurs éditeurs, entre autres autour de la transparence des comptes. Le Sénat vient d’effacer cet article 4B, qui pourtant n’imposait rien aux deux partis. Apparemment, la simple idée d’un rapport sur le sujet est problématique !

Vidéo des États Généraux de la BD 2016

La première des deux séances des États Généraux des la Bande Dessinée lors du festival d’Angoulême 2016 est en ligne. Cette version haute définition permet de bien voir les schémas.

N’hésitez pas à télécharger le PDF complet de l’étude auteurs ainsi que le sérieux cahier de doléances que nous a fourni le SNAC BD :

Avec un grand merci aux équipes de la webTV du FIBD.

Les auteurs oubliés par la loi Création

Le projet de loi Création sera discuté le 16 septembre prochain en Commission des Affaires culturelles. Un projet dans lequel le livre et les auteurs sont partie congrue…

Je cite mon confrère Maël, qui s’est très justement exprimé sur Facebook à ce sujet :

Quand nos représentants à l’Assemblée National se penchent sur les difficultés du secteur culturel, et sur les lois qui pourraient mieux soutenir les créateurs, et oublient totalement les auteurs du livre.

Terriblement accablant.

Nous (:-) SNAC BD) avons rencontré ces gens (:-) les députés), et continuons de le faire. Patrick Bloche, le rapporteur de la commission sur la Loi Création, connaît les difficultés des auteurs du livre.

Le fait est que, visiblement, ils s’en foutent.

Le secteur du livre joue un rôle crucial dans l’économie culturelle, mais ce n’est une priorité économique pour aucun gouvernement.

C’est vrai, nous n’avons pas de tracteurs, nous ne polluons pas, nous ne provoquons pas de fermetures d’usines, bref, nous, auteurs du livre, ne sommes un danger pour personne, dans nos chères démocraties occidentales.

Mais alors, pourquoi les dictatures de toutes sortes ont-elles pour priorité, depuis toujours, d’éliminer les gens comme nous, de les museler, de les réduire à néant ?

Laisser crever les auteurs n’est peut-être pas un problème immédiat, politiquement et économiquement parlant. Ça n’est pas une épine dans le mandat. Mais, un jour ou l’autre, la société entière risque d’en payer le prix, qui n’est pas celui qu’on croit.

Ce n’est pas grand chose, un livre. Un auteur, encore moins. Après tout, je peux disparaître, ou exercer un autre métier. C’est sans importance.

Jusqu’au jour où un livre, un auteur nous manque, parce qu’il pose le regard là où la conscience ne voulait pas. Avant, pendant, après.

Pas d’auteurs, pas de livres !

Important message SNAC BD :

A la veille du Salon du livre de Paris, le CPE , qui regroupe plusieurs organismes d’auteurs de l’écrit, dont le SNAC, vient de transmettre à la presse une lettre ouverte des auteurs du livre (pour voir la lettre et les noms des premiers signataires cliquez ici ) afin de rendre compte de la dégradation des conditions des auteurs, et des perspectives hélas peu réjouissantes qui nous attendent si nous ne faisons pas entendre notre voix :

Des revenus à la baisse, des réformes sociales pour le moins préoccupantes (RAAP-SECU), un droit d’auteur fragilisé par l’Europe…

Un rapport contre le droit d’auteur

Régime d’exceptions

Un petit courrier à la seule eurodéputée du Parti Pirate, à qui, sans se soucier de la provocation, le parlement européen a demandé un rapport sur le droit d’auteur. Comme attendu, ce rapport est une attaque en règle contre les ayant droits, auteurs inclus. Maintenant, face à la volée de bois vert, elle propose aux auteurs de lui écrire en direct. J’en profite.

Madame Reda,

Vous promotionnez beaucoup les exceptions au droit d’auteur. Difficile a priori d’être contre : qui ne voudrait pas aider les handicapés à accéder à la culture ou les plus pauvres à s’éduquer ?

Mais pourquoi ces exceptions doivent-elle être financées par les créateurs eux-mêmes ? Oserait-on imposer aux bouchers d’offrir leur viande aux familles dans le besoin ? Aux plombiers de faire gratuitement des chantiers pour adapter les salles de bain aux usages des handicapés ? Alors, pourquoi considérez-vous comme légitime de confisquer une part des revenus de leur travail aux créateurs pour ces mêmes raisons ? Si la société veut offrir l’accès nos œuvres à certains de ses citoyens, idée à laquelle on ne peut que souscrire, elle doit le financer elle-même. La solidarité collective doit reposer sur tous, et pas seulement sur quelques-uns.

C’est d’autant plus injuste que la plupart des créateurs tirent déjà de bien faibles revenus de leur travail et vivent dans des situations très précaires, sans contrat de travail, sans assurance sur leur avenir… Si vous pensez que la création et la culture font grandir les peuples, il faudrait soutenir les créateurs plutôt que de leur ôter le pain de la bouche.

J’attends votre réponse avec intérêt.

Cordialement.

PS : je n’ai jamais eu de réponse…

Retour d’Angoulême

Denis lors du point presse suivant les EGBD, photo de Benoît Peeters

Denis et moi venons de passer le festival d’Angoulême le plus intense depuis très longtemps.

La session d’ouverture des États Généraux de la Bande Dessinée, que nous avons portés avec Benoît Peeters, s’est passée au mieux. Quel bonheur de voir réunis institutionnels, éditeurs, libraires, auteurs autour de l’avenir de la bande dessinée ! Merci à tous ceux qui nous ont soutenus, n’oubliez pas de rendre visite de temps en temps au site des etatsgenerauxbd.org.

La marche des auteurs organisée par notre syndicat, le SNAC BD a été aussi un succès. La presse et les médias ont longuement rapporté les deux événements, mettant enfin en pleine lumière les nécessaires combats à mener pour que la Bande Dessinée soit plus forte demain.

Heureusement, ces intenses activités collectives nous ont tout de même laissé un peu de temps pour vous rencontrer lors de plusieurs séances de signatures et surtout, pour Denis, de conférences thématiques autour des métiers de la BD (et du sien précisément aussi).

Le seul bémol a été son absence forcée du concert de dessin auquel il devait participer ce dimanche: il a été retenu par un déjeuner de travail avec la Ministre de la Culture qui s’est prolongé bien au-delà de l’horaire prévu. Denis a passé ensuite l’après-midi à s’excuser auprès des autres concertistes. Mais moi qui étais dans la salle, je peux vous assurer que le spectacle était splendide, même sans lui. Comme quoi, nul n’est indispensable, même si nous sommes sûrs que tous les combats que nous menons pour la Bande Dessinée le sont, eux, aujourd’hui.

La Marche des auteurs

Modeste et courageuse

Une grande majorité des auteurs présents ont défilé ce samedi 31 janvier 2015 pendant le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Les célèbres avec les inconnus, les quelques auteurs de best-sellers apportant leur soutien aux plus pauvres, tous là pour dire stop à la précarisation de leurs métiers. Ils ont marché en compagnie de tous ceux qui le voulaient, lecteurs, éditeurs, libraires…

Photo © Chloé Vollmer-Lo

Ce fut souvent très drôle, le premier rang proposant aux nombreux journalistes présents un petit jeu sur la recherche d’un slogan. Nous affichions volontairement notre inexpérience dans la contestation sociale. Nous essayions sans doute aussi de dépasser notre gêne d’être là, pour la première fois de notre histoire, à déranger les gens avec nos problèmes. Car jamais les auteurs n’avaient manifesté. Jamais nous ne nous étions plaint en public. Jamais nous n’avions demandé un peu d’aide. Et encore, juste, de l’aide pour ne pas nous faire massacrer par un prélèvement social de plus… enfin, pas tout de suite… enfin, d’accord, mais avec un peu de modération en nous laissant le temps de nous y préparer…

Si vous aimez la Bande Dessinée, n’oubliez pas d’aimer ses auteurs. Surtout ceux qu’on n’entend jamais. Ce sont pour la plupart des gens modestes, qui ne demandent pas grand chose, et craignent souvent de déranger. Aujourd’hui, ils sont en colère car ils ont peur de disparaître, et pour la première fois de leur histoire ils osent contester ce qui leur arrive. Vous qui aimez la Bande Dessinée, répandez vous partout, parlez de la discrétion habituelle de ces gens qui ont souvent tant de mal à vivre de leur art, mais continuent parce qu’il croient que ce 9e Art en vaut le coup. Parlez de leur sens de la solidarité alors que peu sont épargnés par la crise. Et enfin, mouchez le nez des commentateurs et des trolls qui partout parlent comme si le petit peuple de la Bande Dessinée n’était constitué que de privilégiés. Faites-le pour eux, car ses auteurs ont hélas souvent trop de décence et pour le faire eux-mêmes.

Quant à nous, les auteurs qui ont du succès, ou qui ont accès aux médias, ou qui ont du courage à revendre, ou qui n’ont même que des grandes gueules à ouvrir, nous ne lâcherons pas. Nous ne sommes pas des survivors qui vont accepter qu’on écrase leurs amis plus modestes. Même si les ricaneurs ricanent, les persifleurs persiflent, les défaitistes défaitisent, les snobs snobisent et les jaloux jalousent. Nous montrerons à tous ces tristes sires qu’ils se trompent. En tout cas, moi, c’est en cette humanité modeste et courageuse à la fois que je crois.

Un grand merci au syndicat SNAC BD pour la superbe organisation de cette Marche des auteurs.

Si les artistes ne prennent plus de risques, qui s’en chargera ?

Le Vif (l’Express belge), m’a interrogé, avec d’autres, sur les attaques contre la culture en Belgique. Ayant habité Bruxelles longtemps, pensant que tout cela va au delà des frontières du plat pays, et étant très impliqué dans la défense de la Bande Dessinée, j’ai répondu avec plaisir. My two cents.

Denis Bajram : Si les artistes ne prennent plus de risques, qui s’en chargera ?

À la réduction des subventions, au délestage de la culture à la RTBF et à la précarisation du statut des artistes s’ajoute un climat délétère aux relents populistes qui tente de faire passer l’art pour une lubie d’aristos. Qu’en pensent les principaux intéressés? La parole à Denis Bajram, scénariste et dessinateur.
Année faste pour l’auteur de Universal War Two, avec un nouveau volume de sa saga SF et épique chez Casterman, mais aussi la mise sur pied et la coordination des États Généraux de la Bande Dessinée, une large association d’auteurs pour défendre un métier en danger.
Coupes budgétaires, précarisation du statut des artistes, réduction à la portion congrue de la culture sur la RTBF, censures… La culture est-elle en danger ?

Vu depuis la France, la disparition d’une émission comme 50 degrés Nord, qui proposait quotidiennement un regard amical mais précis sur tous les arts et toutes les littératures, est un signe assez inquiétant. La Belgique était une vraie terre d’accueil pour toutes les cultures. Cette richesse semble menacée. Quid du rayonnement international que ses artistes et ses acteurs culturels apportaient au pays ?

Pourquoi est-elle mal-aimée ou à tout le moins déconsidérée de nos jours ?

Est-ce le cas? Cela dépend de ce qu’on met sous le mot culture. Les gens passent des heures à regarder des séries télé, à écouter de la musique et à lire des BD. Une bonne partie de la population a même des pratiques créatives, fait de la musique, de la peinture ou écrit. A tel point qu’énormément de jeunes se dirigent vers des carrières artistiques, et que certaines professions sont même totalement en saturation: trop de créateurs, trop d’oeuvres et une visibilité pour chacun qui devient très difficile. Peut-on parler de “culture mal-aimée” alors qu’elle est souvent victime de son succès? En parallèle, il y a le problème des cultures plus élitistes, classiques ou avant-gardistes: du fait qu’elles sont souvent complexes et difficiles d’accès, leur existence reposait sur un système de subventions. Un modèle qui résiste évidemment mal à une crise financière et à la démagogie politique…

A qui la faute? Aux parents? Aux politiques? A l’école? A Internet ?

A tout le monde. On vit dans le triomphe du plaisir égoïste: consommation et autopromotion du moi. La culture la plus pointue ne sert ni l’un ni l’autre. Elle n’a de sens qu’à long terme. Mais quelqu’un s’intéresse-t-il encore au long terme ?

C’était mieux avant ?

Je ne suis pas sûr. Je me souviens quand j’étais jeune, dans les années 80, les produits culturels étaient bien plus rares. On était en pénurie. Aujourd’hui, nos tables de nuit et nos ordinateurs débordent de livres non lus, de films à voir et de séries TV en retard… Ceci dit, cette facilité d’accès à la culture, surtout à la culture populaire, ne saturerait-elle pas notre temps et finalement ne nous rendrait-elle pas plus paresseux et moins curieux ?

Si les artistes ne prennent plus de risques, qui s’en chargera ?

Quels arguments utiliseriez-vous pour convaincre les réticents que la culture doit être une priorité ?

Un des principaux rôles du créateur est de permettre à la société de prendre de la distance vis-à-vis d’elle-même: se représenter à elle-même, s’observer en changeant de point de vue. Ainsi, la culture est censée nous sortir la tête du guidon, et nous éviter de foncer dans le mur… Laisser la culture ne plus obéir qu’à un système totalement marchand, c’est très dangereux. Si les artistes ne prennent plus de risques, qui se chargera de tenir leur rôle? Qui dira: “Nous allons droit dans le mur” ?

Comment redonner le goût de la culture ?

Est-ce aux artistes à réfléchir à ça? Avec le danger de ne penser plus qu’en termes de public à conquérir au lieu de dire ce qu’ils doivent dire, au mépris de tous les risques?

Les révolutions technologiques ont de tout temps bouleversé les pratiques culturelles. N’est-ce pas un combat d’arrière-garde que de s’accrocher à une vision “classique”, immuable de la culture ?

La culture classique s’enfonce dans l’Histoire, c’est normal. Qui peut savourer Cicéron dans le texte aujourd’hui? Une nouvelle culture se dessine -très bien. Le problème n’est pas ce renouvellement: le problème est que les enjeux deviennent principalement économiques. Si les sociétés ne sont pas prêtes à financer leurs artistes, alors elles n’auront que des artistes marchands, ainsi que quelques riches qui s’amusent en créant et quelques fous inconscients et très pauvres. C’est déjà (ou encore) comme ça que fonctionne le système culturel américain, dans le plus pur libéralisme économique. C’est un vrai choix de société: si vous trouvez normal que l’Etat se retire de la culture, c’est que vous avez déjà décidé que notre modèle social européen est mort.

Et la bande dessinée dans tout ça ? On sait que la situation des auteurs est devenue particulièrement difficile, et qu’en France une certaine réaction collective est en train de se mettre en place. Qu’en espérez-vous, et à quoi faut-il s’attendre pour 2015 ?

La BD est victime de son succès: plein de lecteurs, plein de créateurs -tellement, en fait, qu’il y a trop d’albums publiés par an. Quand j’ai commencé dans les années 90, il y avait 700 sorties, aujourd’hui, on en est à 5000! Cette surabondance est signe d’une extraordinaire vitalité créatrice. Mais elle a une terrible conséquence: le chiffre d’affaires global n’ayant pas augmenté autant que les sorties, chaque album se vend moins bien en moyenne. Les revenus de la plupart des auteurs se sont dégradés année après année. On est arrivés à un niveau de précarisation inquiétant. C’est pour cette raison que quelques auteurs épargnés par cette crise ont proposé à l’ensemble de la profession d’organiser des États Généraux de la Bande Dessinée, pour faire un bilan économique et sociologique de la situation, donner la parole à tous, et essayer de trouver des solutions pour l’avenir. Première session en janvier 2015 pendant le festival d’Angoulême.

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