Bulletin de santé

Depuis quelques mois, je parle très souvent des difficultés de plus en plus importantes que rencontrent les auteurs de Bande Dessinée pour vivre de leur travail.

Suite à quelques messages inquiets, je tiens à préciser à ma famille, mes amis et mes connaissances que je vais très bien ! Mais il est hors de question que, parce que je fais parti des hyper chanceux qui ont rencontré le succès, je ne soutienne pas totalement les plus démunis de mes confrères auteurs de BD. Surtout quand que les plus démunis, c’est maintenant la majorité d’entre eux !

J’ai connu cette misère, j’ai eu la chance d’en sortir en quelques années. Mais jamais je n’oublierai, et jamais je ne trouverai ça acceptable. Et merde à tous ceux qui ne le comprendraient pas, penseraient que c’est une pose ou me trouverait bien bête de penser aux autres…

Publié le Catégories
Partager LinkedIn

Jim Starlin & Joe Rubinstein

Joe Rubinstein m’a fait pleurer ce matin en postant cette planche sur Facebook. Cet “annual” avec Spiderman, la Chose, les Vengeurs, Warlock et Thanos fut le premier comics américains que j’ai possédé. Il avait été publié en grand format en France par Lug sous le titre “Au secours des Vengeurs”. Tout était si beau. J’étais âgé de 10 ans, et je l’ai lu et relu, observé et ré-observé tant de fois ! Ce livre a une place très spéciale dans ma vie. Il est l’un des rares qui ont fait de moi l’auteur et le dessinateur de bandes dessinées que je suis maintenant. Il est tellement important que j’en ai déjà parlé dans des interviews et des livres. Un milliard de mercis à Jim Starlin et Joe Rubinstein !

[ENGLISH] Joe Rubinstein made me cry this morning when he published this page on Facebook. This annual with Spiderman, the Thing, the Avengers, Warlock and Thanos was the first US comics I had. It was published in large size in France, and all looked so beautiful. I was 10 year old, and I have read it and read it again, observed and observed again so many time ! This book has a very special place in my life. It is one of the rare that have made me the comics artist and writer I’m now. It is so important that I have spoken of it in some interviews and books. One billion of thanks to Jim Starlin and Joe Rubinstein !

Pierre Wininger

Univers d’Okapi n°215 (1980)
© Bayard presse.

L’auteur de BD Pierre Wininger est décédé le jour de Noël.

Je ne le connaissais pas personnellement, mais j’éprouve une réelle tristesse. Déjà parce que j’adore ses albums, particulièrement les trois “Evergreen”. Mais surtout parce que, en tant qu’auteur, je lui dois la première étape décisive de ma compréhension de la Bande Dessinée. En effet, c’est en 1980, dans le journal Okapi que j’ai découvert que les BD ne se faisaient pas toutes seules. J’avais 10 ans, et j’ai lu et relu 1000 fois tous les conseils donnés par Pierre Wininger au très jeune auteur que j’étais. Ces 12 pages de l’Univers d’Okapi, je les ai toujours, et je les garde très précieusement, comme un fétiche porte bonheur.

Merci Monsieur Wininger, je ne vous oublierai jamais.

André Schiffrin

J’apprends avec tristesse le décès d’André Schiffrin. Grand éditeur américain puis petit éditeur indépendant, il avait une vision passionnante sur les dérives financières de l’édition. Nous avions eu le grand plaisir, avec Valérie, de l’écouter à Bruxelles il y a quelques années. Je ne saurais trop recommander à tous ceux qui s’interrogent sur le monde actuel de l’édition de lire L’édition sans éditeurs, écrit en 1999, une analyse visionnaire toujours d’actualité (et ses suites chez le même éditeur)

Le petit cirque ne jouera plus

Moins d’un mois après le décès de Comès, c’est au tour de Fred de nous quitter. Encore un auteur fondamental dans mon parcours artistique. Encore une triste journée, mais qui s’éclaire de merveilleux souvenirs.

Après être revenu à la Bande Dessinée franco-belge à la fin de mon adolescence grâce à la lecture de Peeters & Schuiten, Tardi & Forest et Comès, j’ai commencé à fouiller les

rayons des librairies d’occasion à la recherche d’auteurs au travail particulier. Je tombais assez rapidement sur Philhémon, que j’achetais dans la peu chère collection 16/22. Au début, je n’aimais pas le dessin, mais j’étais fasciné par son utilisation totalement libre de la structure de la planche. Et puis je fus conquis par sa poésie, par le sens de son non-sens. Et finalement par son dessin, le vecteur de toute cette merveille…

Fred, Denis Bajram et Philippe Marcel au domicile de Fred.

J’eus le grand plaisir et le grand privilège de l’interviewer en 1993 chez lui, au centre de Paris, en compagnie de Philippe Marcel et Johan Gauthier. C’était pour notre fanzine Le Goinfre. Ce fut un moment merveilleux, délicieux, malicieux et lumineux. De longues heures à évoquer son passé et son actualité (il venait de sortir le Corbac aux Baskets). Cela donna, après de longues heures de transcription, une belle interview, très riche, publiée dans le Goinfre n°13, le dernier numéro dont je me suis occupé. J’en profite pour remercier François Le Bescond, qui nous avait offert la chance de faire cet entretien. Un des plus précieux souvenirs de ma vie de lecteur.

Mes condoléances aux siens.

Un grand silence

À l’heure actuelle, je pourrais très bien être un auteur de comics aux USA. La rencontre avec Strange et les super héros Marvel dans mon adolescence avait été tellement intense que cela m’avait totalement éloigné de la BD franco-belge. Je ne relisais plus que mes vieux Tintin…

C’est quelques chefs d’œuvre qui m’ont ramené dans le “droit chemin”. Les deux premiers furent La Fièvre d’Urbicande et La Tour de Peeters & Schuiten. Enthousiaste, j’achetai alors les deux autres albums de la collection (À Suivre) disponibles dans ma maison de la presse de province. Le Ici-même de Forest & Tardi. Puis le Silence de Comès. Deux nouveaux chocs.

Trente-cinq ans plus tard, me voici chez Casterman. J’ai donc l’honneur et l’énorme plaisir de pouvoir discuter confraternellement avec ces auteurs qui ont bouleversé mon chemin créatif.

Au dernier festival d’Angoulême, Thierry Bellefroid m’a présenté à Didier Comès dont il assurait le commissariat d’exposition. Très impressionné, je lui ai dit toute l’importance qu’avait eu Silence pour la jeune tête remplie de super héros qu’avait été la mienne. Et je me suis enfui, en me disant que j’aurais bien d’autres occasions de discuter avec lui.Ce matin, j’apprends son décès. Je resterai donc sur cette courte rencontre, et sur la longue standing ovation que la BD lui a faite au théâtre d’Angoulême lors de la remise des prix.

Mes condoléances à toute sa famille. Moi, je me sens un peu orphelin.

Marie-Claire Alain

Je suis très triste ce soir : je viens d’apprendre le décès de Marie-Claire Alain à l’âge de 86 ans. C’est l’organiste qui a le plus bercé mon enfance, et j’écoute en boucle ses intégrales de Bach depuis sans doute plus de 30 ans. J’ai eu la chance de la voir en concert à Saint-Pierre de Caen il y a quelques années…

Madame Alain, je vous remercie.

Gerry Anderson

Dessin hommage réalisé pour le festival d'Amiens en 1999.
Dessin hommage réalisé pour le festival d’Amiens en 1999.

Cosmos 1999 est mon plus vieux souvenir de Science-fiction. Je la regardais dans les années 70, tout gosse, partagé entre la trouille et l’excitation. Je n’ai jamais oublié cette série : je travaille même tous les jours avec deux belles maquettes en métal des vaisseaux “eagle” posées devant moi.

Gerry Anderson, son génial créateur, vient de rejoindre les étoiles.

Avec tout mon respect, Mister Anderson.

Boris Strougatski

L’écrivain russe est décédé hier dans une certaine indifférence. Pourtant, avec son frère Arcadi, mort il y 20 ans, ils ont donné à la science-fiction quelques-uns de ses plus beaux romans. Au-delà du célèbre “Stalker”, je vous recommande de lire leur excellent “Il est difficile d’être un dieu”, sombre description de la montée d’un totalitarisme dans une société pseudo-médiévale.