Boris Strougatski

L’écrivain russe est décédé hier dans une certaine indifférence. Pourtant, avec son frère Arcadi, mort il y 20 ans, ils ont donné à la science-fiction quelques-uns de ses plus beaux romans. Au-delà du célèbre “Stalker”, je vous recommande de lire leur excellent “Il est difficile d’être un dieu”, sombre description de la montée d’un totalitarisme dans une société pseudo-médiévale.

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Nicolas Atchine

A STAR IS DEAD

Je regardais comme à mon habitude la Nouvelle Star tout en calinant mon canard lorsque Philippe Manœuvre dédicaça un titre de Bob Dylan à la mémoire d’un des plus grands experts de Dylan qui venait justement de mourir : “Nicolas Atchine”.

Ce nom n’a sans doute pas dit grand chose à grand monde. Mais moi ça m’a fait un méchant choc. Je le connaissais bien, le petit Nicolas… On avait fait nos premières armes ensemble à la fin des années 80 à Scarce, un fanzine spécialisé dans les comics américains. Nicolas était très jeune à l’époque, mais avait déjà une culture pop encyclopédique. Il écrivait très bien, avec beaucoup d’aisance. Il avait un avis sur tout, et donc beaucoup d’ennemis. Moi je l’ai tout de suite apprécié : on devait se ressembler un peu.

On faisait de la musique tous les deux, et ne jurions que par les comics… Lui a finalement choisi de suivre plutôt la voie du rock que celle de la BD, et j’ai perdu contact avec lui, ne le recroisant qu’en de rares occasions, genre avec le fils de Jodorowsky. Nicolas Atchine était devenu Nikola Acin, traduisait moultes ouvrages, interviewait moultes gens pour le magazine Rock & Folk de Manœuvre, avait monté son groupe les Hellboys, et je devais ignorer les trois quarts de ses activités…

J’ai fouillé la toile à l’instant. Une seule confirmation de la mort : “Nikola est décédé de façon soudaine le dimanche 18 mai 2008 à l’âge de 34 ans.” C’est jeune, 34 ans. pour mourir. Merde.

On ne s’attend pas à apprendre la mort d’un vieux pote en regardant la Nouvelle Star. Merde.

Opportunité + instinct = profit

« Opportunité plus instinct égalent profit »… quelle jolie devise.

La grande qualité des séries TV Star Trek est d’avoir imposé une école “positiviste” dans la science-fiction. Là où souvent les auteurs de S.F. nous prédisent le pire pour essayer de nous l’éviter (j’en suis un parfait représentant avec UW1), Gene Roddenberry imagina un monde où les humains seraient devenus, si ce n’est parfaits, du moins franchement altruistes. Ils exploreraient l’univers pour le plaisir de la science et dans l’espoir de sympathiser avec toutes les races de l’univers. En 1966, alors que les USA connaissaient de terribles émeutes inter-raciales, que le Viet-nam tournait au cauchemar et que la guerre froide battait toujours son plein, c’est vers l’idéalisme que se tournait Star Trek.

Lorsque les scénaristes de Star Trek introduisirent les Ferengis dans la série 20 ans plus tard, tout laisse à penser que c’est les Américains des années 80 qu’ils avaient voulu caricaturer. La hiérarchie sociale des Ferengis est en effet celle qui prévaut aux USA : les plus riches en haut, les plus pauvres en bas. Pour s’assurer cette richesse, toute la société ferengie est basée sur le commerce et le profit, au point d’en avoir fait un code (a)moral auquel tous se réfèrent : les Règles d’Acquisition ferengies. Là où en France on croyait encore dans les années 80 à la valeur intellectuelle, culturelle ou personnelle des hommes, les USA de Reagan étaient eux déjà totalement vendus au profit.

Il y a quelque jours, en regardant un épisode de Star Trek DS9, j’ai entendu une règle d’acquisition ferengie qui résonnait particulièrement avec notre actualité : « Opportunité plus instinct égalent profit ». Opportunité et instinct. Voilà exactement la méthode de gouvernement de Nicolas Sarkozy. Cet homme sans culture intellectuelle, au point qu’il change d’opinion comme de chemise, sans culture classique, (jamais la France n’avait eu un président parlant aussi mal le français), à qui il ne reste qu’une forte personnalité, est en fait l’incarnation exacte de l’opportunisme et de l’instinct. Lorsqu’il s’impose dans la prise d’otage de Human Bomb à Neuilly. Lorsqu’il trahit Chirac pour le candidat donné gagnant Balladur. Lorsqu’il arrive à revenir en grâce auprès de Bernadette Chirac et se saisit finalement de l’UMP. Lorsqu’il se fait élire sur des promesses populistes. Lorsqu’il séduit les femmes les plus en vue. Un incroyable opportuniste, une bête d’instinct.

L’instinct n’étant pas raison, il fait d’incroyables bévues. Car, dès que se présente une opportunité, il ne peut s’empêcher de la saisir, quitte à détruire ce qu’il a construit la veille. Il ne connaît tellement que l’opportunisme et l’instinct qu’il les a imposés à son gouvernement comme méthode de gestion. Alors que la gestion, l’organisation, la planification que nécessite la “bonne gouvernance” sont l’exact opposé de l’opportunité et l’instinct… Prenons l’ouverture à gauche, par exemple : ce n’est pas une décision politique réfléchie, c’est juste des opportunités people à saisir. Voilà donc qui nous dirige. Et nous voyons où cela nous a en quelques mois amenés : au grand n’importe quoi, ou même la majorité ne comprend plus rien.

Ceci dit, je n’accuserai pas que Sarkozy. Il a été copieusement élu par les Français. Et c’est logique : nous nous américanisons jour après jour.

Nos enfants ne veulent plus devenir médecins, chercheurs ou ingénieurs comme dans les années 80 ; maintenant ils vont tous en école de commerce. Les seules classes de mathématiques dont on nous a parlé dans les medias depuis 20 ans sont celles de mathématiques financières. Les amis chartistes de ma femme sont tous en train de déprimer devant le désintérêt de plus en plus flagrant de la société pour la recherche universitaire et pour les vrais historiens. Mais, c’est vrai qu’il n’y a que peu d’opportunités à saisir dans le passé, juste des enseignements. Et même quand les medias nous parlent tous les matins de “développement durable”, c’est une preuve en soit : c’est qu’en vrai nous sommes tous devenus des opportunistes sans conscience des lendemains.

Pou finir : si j’en crois Star Trek, un Ferengi vendra son propre frère si l’opportunité est bonne, et si son instinct lui dit que c’est le bon jour. Alors, chers lecteurs, vous êtes prévenus : vous n’êtes plus qu’une source de profit potentiel pour les autres humains. Pour savoir à quelle sauce vos propres enfants vous mangeront, lisez donc les les Règles d’Acquisition Ferengies.