Le marché de la BD se porte bien, pas les auteurs

Un papier de l’AFP La bande dessinée, secteur en plein essor, repris par de très nombreux sites de la grande presse, a énervé pas mal d’auteurs la semaine dernière. Nous avions été nombreux à faire remarquer qu’on ne pouvait pas se contenter du seul discours du SNE, syndicat des éditeurs, et que la situation des créateurs de BD était loin d’être triomphale, elle. Notre énervement sur les réseaux sociaux n’est pas passé inaperçu. Merci à Francis Forget de Culturebox / France Télévision d’avoir pris le sujet en main et d’avoir donné la parole aux auteurs.

Entretien avec André Schiffrin

La Fabrique venait de publier ‘L’édition sans éditeurs’ lorsque j’ai entendu la première fois André Schiffrin parler en public pendant un Autarcic Comix à Bruxelles. Je m’étais jeter sur l’ouvrage. Dès 1999, en se basant sur son expérience au USA, André Schiffrin y prédisait ce qui allait se passer en France dans la décennie suivante. Suivirent les tout autant passionnants ‘Le contrôle de la parole’ et ‘L’argent et les mots’.

du9 publie la transcription d’une table ronde avec William Henne et Xavier Guilbert de 2011, qui, comme toujours avec André Schiffrin, mais aussi Xavier, semble parler de ce que nous vivons précisément aujourd’hui. Passionnant !

La BD, un secteur en plein essor ?

LA BD VA SUPER BIEN ! SI ! Car ce qui est bien avec l’Agence France-Presse, c’est que ses articles sont repris partout. Donc, c’est officiel “la bande dessinée est un secteur en plein essor” puisque Libération, Le Figaro, L’Express, Le Point et consorts le disent tous en même temps…

Bon, bien sûr, l’AFP n’a interrogé que les gros éditeurs. Mais pourquoi aurait-elle demandé leur avis aux auteurs, par exemple ? Non, non, ces auteurs ne sont définitivement bons qu’à faire des livres et qu’à se précariser dans leur coin en silence…

Bref merci l’AFP. Vous devriez aussi faire un article sur la presse qui va super bien, en n’interrogeant que les patrons des groupes et surtout aucun journaliste…

[EDIT] Le texte de l’article, qui a disparu du site de l’AFP depuis :

La bande dessinée, secteur en plein essor

Dans un marché de l’édition morose, le secteur de la bande dessinée affiche une forme éclatante avec une croissance de 20% de son chiffre d’affaires au cours des dix dernières années, selon un rapport du Syndicat national de l’édition (SNE) divulgué mardi. Le signe le plus visible de ce dynamisme est la sortie jeudi, à un total de 5 millions d’exemplaires (dont 2 millions en français), du 37e album des aventures d’Astérix, “Astérix et la Transitalique”.

Avant Astérix, il y a eu Titeuf dont le 15e album, publié fin août, a été tiré à 550.000 exemplaires ou encore Largo Winch (350.000 exemplaires), Le Chat (300.000), Corto Maltese (250.000). D’ici la fin de l’année d’autres “locomotives” sont attendues en librairie dont la suite du Chat du rabbin (100.000 exemplaires prévus), les Tuniques bleues (110.000), les Cahiers d’Esther (100.000), les Vieux fourneaux (200.000) et Lou! (320.000). Aujourd’hui, 8,4 millions de Français achètent de la BD, soit 15,5% de la population âgée de plus de 10 ans, indique le rapport du SNE. Le secteur de la BD se situe au 3e rang de l’édition française (derrière la littérature générale et l’édition jeunesse) avec 14% de parts de marché.

L’étude du SNE montre également que l’acheteur de BD est relativement jeune (41 ans en moyenne contre 44 ans pour un acheteur de littérature générale), féminin (53% des acheteurs de BD sont des femmes) et appartient plutôt aux catégories socio-professionnels supérieures. Si la BD franco-belge (Astérix, Lucky Luke, Corto Maltese…) attire encore le plus grand nombre d’acheteurs (près de 7 millions), l’étude relève que l’achat de mangas (environ 5 millions d’acheteurs) se renforce régulièrement.

Lire ou élire ?

En un an le marché du livre s’effondre de 9%

Le livre va mal. Après une relative stabilisation du marché entre 2015 et 2016, l’année écoulée est de mauvaise augure pour le secteur.

Le marché du livre a accusé une baisse de 9% en euros courants et de 9,3% en volume, tous circuits confondus, par rapport à avril 2016, selon l’étude menée par Livres Hebdo avec l’institut I+C. […]

Lire la suite surculturebox.francetvinfo.fr

Dans le milieu du livre, les années électorales ont la réputation d’être mauvaises pour la librairie. Des lecteurs moins attentifs, plus angoissés par l’avenir, trop occupés à discuter pour lire, les explications étaient multiples.

Mais, aujourd’hui, force est de constater que de plus en plus d’éditeurs retardent la sortie des livres sur lesquels il y a des enjeux économiques, préférant en tirer tout le profit possible un peu plus tard. Cette année, beaucoup de libraires disent ouvertement s’être retrouvés en manque de nouveautés importantes, et ce depuis des mois. On sait que cela durera jusqu’à la fin de la séquence électorale, donc jusqu’à la rentrée littéraire, qui elle va se retrouver probablement saturée de ces nouveautés à enjeux commerciaux, qui vont donc se marcher les unes sur les autres…

Il y avait sans doute un phénomène année électorale en librairie, mais la trouille et les tactiques à court terme de trop d’éditeurs va-t-elle finir par transformer, tous les cinq ans, cette difficulté en vraie catastrophe ?

Ego comme x

Le premier numéro d’Ego comme X en 1994

Je viens d’apprendre qu’Ego comme x ferme ses portes. Quelle tristesse.

Ego comme x fait partie de la poignée de maisons d’édition qui ont marqué la Bande Dessinée dans les années 90. Créée à Angoulême par Fabrice Neaud, Xavier Mussat et Loïc Néhou autour de la revue éponyme, elle est principalement connue pour avoir quasi inventé l’autobiographie en bande dessinée. Pendant 23 ans, Ego comme x n’a été que pertinence et exigence, se renouvelant sans cesse sans jamais tomber dans les modes ni les facilités. Depuis 10 ans, elle s’était ouverte à la littérature avec la même sagacité. Cette tenue dans le temps, on la devait à Loïc Néhou et à son sens du sacerdoce.

J’habitais à Angoulême au milieu des années 90, et j’ai bien connu les débuts de cette aventure. Je trouvais la revue excellente, j’ai cherché à les rencontrer, et ses trois fondateurs sont devenus des amis. Au delà de cette amitié, je garde le plus grand respect pour tout ce qu’ils ont créé. Je savais les difficultés de Loïc, il s’en était ouvert à moi. Oublié par les financiers culturels locaux, en particulier le CRL Poitou-Charentes et Magelis, il n’arrivait même plus à se verser un salaire depuis cinq ans. Il jette donc finalement l’éponge. Et Angoulême perd sa plus ancienne et prestigieuse maison d’édition.

Comment est-ce possible dans cette ville, ce département et cette région ou tant de politiques et décideurs revendiquent leur action pour la Bande Dessinée ? On ne parle pas de millions de subvention, mais de quoi financer une petite structure construite pour être la plus économe possible. Heureusement que tous ces acteurs locaux sont censés défendre la Culture. Comment mieux qu’avec Ego comme X pouvaient-ils le faire ? Franchement, c’est lamentable.

Je te fais une grosse bise, Loïc.

Un album sans droits d’auteur

Quand je disais il y a quelques jours que « un des plus gros éditeurs de France va publier un album sans payer un seul centime de droits d’auteur » c’est de Pepper & Carrot que je parlais. Bon papier de Xavier Guilbert qui pointe bien la zone de conflit.

Avouons-le : après un été sans histoire, on se préparait à une rentrée qui ne l’était pas moins. Sauf que. Le 30 août, soit juste avant la reprise du chemin de l’école, Calimaq (aka Lionel Maurel, « juriste & bibliothécaire » comme il l’indique sur son site) décide d’attirer l’attention sur Pepper & Carrot, projet atypique s’il en est. L’info était passée inaperçue en juillet — magie des réseaux sociaux, la voilà qui se répand comme une traînée de poudre en septembre.

Commençons par résumer les faits, le plus simplement possible :
En mai 2014, David Revoy (auteur français de son état) publie sur son site le premier épisode de son webcomic, Pepper & Carrot. Cet épisode, ainsi que les 17 autres parus à ce jour, est réalisé uniquement à l’aide de logiciels libres, et proposé gratuitement sous licence « Creative Commons Attribution » (aussi appelée, pour aller vite, « CC-BY »). La seule rémunération de l’auteur pour cette oeuvre provient du mécénat, par le biais des sites Patreon (pour les utilisateurs de dollars) et Tippee (pour ceux qui sont en euros) […]Lire la suitewww.du9.org

Adieu au Préambule

Malgré les efforts de tous, la librairie de Bayeux, Le Préambule, va hélas fermer ses portes. Valérie et moi souhaitons chance et bonheur à Patricia, Maryline et Charles pour leurs vies prochaines.

En octobre, c’est deux jeunes qui tenteront l’aventure folle de faire et aimer et de vendre des livres dans les mêmes murs. Bonne chance à eux aussi !

Google Bubble Zoom

Je n’aimerai pas qu’on applique ça à mes planches, la taille et la forme des bulles faisant parti de la composition graphique (je passe un temps certain à équilibrer tout ça). Si on doit faire de la BD pour petit écran, il faut la penser directement pour ça, pas utiliser des outils automatisés qui bricoleront une transposition lisible de planches prévues pour d’autres supports et formats. Mais peut-être ai-je la mauvaise idée de penser que la BD est un Art, pas seulement un loisir de consommation. 🙂

La nouvelle application de Google, Bubble Zoom, permet d’augmenter automatiquement la taille des bulles durant la lecture de comics grâce à une intelligence artificielle.

Que seraient les comics sans leur lot d’onomatopées? Essentiels au rythme de lecture, ces “paf”, “boom” et autres “AAAaaarg” sont la clé de voûte de toute bonne bande dessinée. Et aujourd’hui, Google met à l’honneur les phylactères grâce à une nouvelle application de lecture dynamique : Bubble Zoom.

Dévoilée à l’occasion de la Comic Con de San Diego, la nouvelle fonctionnalité permet de zoomer sur une bulle simplement en appuyant dessus, puis de passer à la suivante, et ce sans jamais quitter la page entière des yeux. Beaucoup plus simple que de zoomer manuellement sur la page, et risquer ainsi de perdre une partie de la planche en cours de route. Comment ça marche? Grâce à un algorithme d’intelligence artificielle, évidemment, qui se charge de détecter les différentes bulles de la BD et de les rendre interactives. […]Lire l’article www.konbini.com

ReLIRE devant la Cour de Justice l’UE

ReLIRE, le Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique, était une belle idée : on ne pouvait que se réjouir de voir republier numériquement des livres que leurs éditeurs originaux avaient délaissés. Mais ce projet, dès le début, a eu la mauvaise idée de décider qu’il pouvait se passer de l’autorisation de auteurs pour les republier. Le collectif Le Droit du serf avait donc pris la décision d’acter en justice pour combattre cette dangereuse exception aux droits des créateurs.

Après le Conseil d’État, le dossier est maintenant devant la Cour de Justice de l’Union Européenne. Vues les conclusions de l’avocat général, il serait urgent que la Ministère de la Culture suspende le projet ReLIRE jusqu’à ce jugement qui pourrait bien lui être défavorable.

Merci en particulier à Sara Doke pour son engagement envers les auteurs depuis toutes ces années.

ReLIRE : “L’auteur et l’auteur seul décide de ce qui va être fait de son œuvre”

La numérisation de livres indisponibles, telle que la loi française l’a envisagée, ne répondrait pas à une directive européenne sur le droit d’auteur. Les conclusions de l’avocat général remises à la Cour de Justice de l’UE vont dans le sens des plaignants : sans l’accord préalable des auteurs, le registre ReLIRE représente une violation de la propriété intellectuelle. Sara Doke, qui fut à l’origine avec Ayerdhal, son conjoint, du recours porté devant le Conseil d’État revient avec nous sur cette première étape dans le processus européen.

« Ce que j’en retiens, c’est qu’étonnamment, l’avocat général, relisant la Convention de Berne, est en accord avec nos propres convictions : l’auteur et l’auteur seul décide de ce qui va être fait de son œuvre. » Et d’ajouter : « Il n’est pas possible de sortir d’un chapeau une exception qui spolierait l’auteur de ses droits sur sa création. Que l’avocat général insiste sur ce point devrait être salué par l’ensemble des sociétés d’auteurs. »

Sara Doke et Ayerdhal, aujourd’hui décédé, sont engagés dans un collectif, Le Droit du serf, « qui a travaillé sur la question numérique depuis son apparition. Que ce soit au Sénat ou au Ministère de la Culture, nous avons fait connaître notre sentiment et notre position. Et cela avant même que la loi ne soit présentée devant les chambres ».Lire l’article www.actualitte.com

Abonnements illimités BD

Les abonnements illimités s’attaquent à la BD. Pour offrir leur catalogue sur le site BD Buzz, les Humanos n’ont ni prévenu tous leurs auteurs, ni demandé leur autorisation. Pourtant, une formule par abonnement modifie totalement la donne par rapport à une vente au titre, et cela sans doute aux dépens des revenus des auteurs…

J’y ai évidemment découvert les deux  albums que j’ai scénarisés il y a longtemps pour les Humanos., Voilà qui vient s’ajouter à une longue liste de désillusions avec cette maison d’édition…